A propos du 37e congrès du Parti communiste français

Pour le Parti communiste français, sa direction, ses courants, ses militants, le 37e congrès, congrès qui s'est tenu à Aubervilliers du 2 au 5 juin, était un congrès difficile, voire à haut risque.

Le fait que, de manière tout à fait inédite, le texte défendu par la direction n'ait été majoritaire que de justesse était le révélateur, et le possible accélérateur, des contradictions qui travaillent le parti.

Parce que le PCF est affaibli suite aux lourdes pertes électorales qu’il a subies ces dernières années. Quant au Front de gauche, dont il fut le principal initiateur, il n'a pas tenu les promesses qu'il semblait devoir porter : enrayer le déclin du PCF, ouvrir à une recomposition politique d'ampleur dont les communistes seraient la force centrale. Ce même Front de gauche est aujourd'hui en mauvais état, ravagé par les erreurs commises par la direction du PCF et les polémiques entre lui et avec Jean-Luc Mélenchon, et aux yeux de certains il n'est plus qu'un champ de ruines, voire un empoisonnement permanent.

Du coup les divisions existant au sein du PCF cristallisent en options politiques assez radicalement divergentes.

Des options politiques divergentes

L'une, traditionnelle, qui est de maintenir la possibilité d'alliances avec le PS, s'est faite discrète compte tenu de la vigueur de l'hostilité au Parti socialiste au sein du parti. Elle s'est malgré tout fait entendre, la perspective des futures élections législatives et municipales interdisant de lui dénier toute influence.

A l'inverse, la non moins traditionnelle position « identitaire », se fait entendre fortement, même si c'est à travers des textes différents. De congrès en congrès, il s'agit de réaffirmer qu'il ne saurait exister de salut hors du PC et de défendre « l'identité communiste », en fonction de la conviction que tous les malheurs du parti résultent de l'acharnement de la direction à s'écarter de cette voie pour glisser inéluctablement sur celle du « renoncement ».

La nouveauté de ce congrès a résidé dans l’autonomisation de courants issus de la majorité précédente, y compris du noyau de direction. Avec d'une part une option se prononçant en faveur de la candidature de Jean-Luc Mélechon, à partir de l'idée que ce qui fut possible, et positif, en 2012 ne saurait être écarté pour 2017. Une vision que traversent des variantes, allant des plus prudentes (un réalisme qui oblige à considérer qu'il n’existe pas d'autre possibilité) aux plus enthousiastes (J.-L. Mélenchon présenté comme pouvant permettre à la gauche d’être présente au second tour).
Et surtout, dans le cadre de la préparation du congrès, le texte « Ambition communiste », qui a rassemblé le quart des votes des militants. Ce courant inclut la position favorable à la candidature de J.-L. Mélenchon, sans s'y réduire. L’aspiration principale qui s'est cristallisée sur ce texte fut le souci de rester fidèle à la logique qui fut celle du Front de gauche en la rénovant, alors que Pierre Laurent est apparu vouloir aller vers le PS. L'approche positive prônée par ce dernier lors du lancement du projet de « primaire de toute la gauche » a été perçue contre toute évidence comme une volonté d'opérer un tournant en direction du PS, l'espoir de réinventer une nouvelle formule d'Union de la gauche. Ce dont Pierre Laurent se défend, mais sans parvenir à liquider le traumatisme installé. Car, même si la page était officiellement tournée dès le Conseil national d'avril, la défiance à l’égard de la direction n'en a pas été totalement surmontée pour autant.

Un « parti rassemblé » ?

Dans cette situation et un tel jeu de forces le congrès était pour cette même direction un passage délicat à franchir. Ce fut fait grâce sans doute au travail fourni avant et au cours même du congrès, et des efforts de Pierre Laurent lui-même pour convaincre le délégués. Le Secrétaire national nouvellement réélu a salué dans son discours de clôture un « parti rassemblé ». Ne s'agit-il pas de ce parti qui, malgré des divisions fortes et appelées à perdurer, est parvenu à franchir l'obstacle de juin. Quitte à renvoyer le rendez-vous décisif au 5 novembre prochain.

Donc, quelques mois pour mettre en œuvre l’orientation du texte « Pour la France, un projet politique de gauche porté par un Front populaire et citoyen », qui a été adopté par 441 voix pour, 179 contre et 20 abstentions.

Pour arriver à ce résultat il a fallu obtenir que les délégués s'étant reconnus dans le texte « Ambition communiste » jugent satisfaisantes les réponses données à leurs préoccupations et valides les garanties apportées : réaffirmation de la fidélité à l'ambition qui était celle du Front de gauche, et insistance sur la démarcation nette avec un PS dont le ralliement au néolibéralisme est acté.

Par ailleurs, les efforts ne furent pas ménagés pour assumer un « esprit de parti » qui demeure fort. D'où le rappel qu'en ces temps difficiles, le PCF n'est pas sur le point de perdre son âme. Reste que la commémoration à l'occasion de ce congrès du Front populaire de 1936 et l'annnonce qu'il fêtera comme il se doit son centième anniversaire ne sauraient suffire à conforter un projet politique commun.

Le défi principal était de lever les doutes quant à la capacité de mettre en œuvre, « avec audace », l’orientation ainsi adoptée, qui est de chercher à rassembler très largement à gauche pour un « pacte d'engagement commun », sur la base duquel il deviendra possible de désigner des candidatures aux élections, présidentielle et principalement législatives. Démarche qui est expliquée, non pas comme guidée par une hostilité à l'égard de J.-L. Mélenchon, mais par la volonté d'apporter des réponses aux défis de la situation. Ce qui est jugé comme non fait à l'heure actuelle par J.-L. Mélenchon engagé dans une logique par trop personnelle et étrangère au large rassemblement pluraliste qu'il faut rechercher.

Ce pourquoi, contre l'avis de certains délégués majoritaires, Pierre Laurent a maintenu le terme « primaire » pour désigner une des modalités envisageables, comme « tout autre modèle possible », du « processus citoyen » de désignation des candidatures. Et aussi le terme « réformistes » pour désigner certaines forces qui, à côté des « courants transformateurs », sont prêtes à agir en vue des mêmes objectifs. Le message était ainsi clairement envoyé en direction des socialistes critiques, dont une délégation représentative était présente, soulignant le rôle qui pourrait être le leur pour un déblocage de la situation.

Il est en effet apparu que, dans ce congrès, le problème ne relevait pas principalement d'un désaccord fondamental avec cette orientation, mais renvoyait à des doutes forts quant à la possibilité qu’elle aboutisse positivement.

C'est sur cela que Pierre Laurent a concentré sa pédagogie, expliquant que le possible peut être déterminé par la capacité à ne pas céder à ces doutes.

La tâche était difficile d'arracher cette conviction dans le cadre de ce congrès. Peut-être la sera-t-elle plus encore sur le terrain de l'intervention pour changer la donne... Avant le 5 novembre prochain.

Francis Sitel

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