A propos du référendum pour les régionales...

Une pseudo-consultation pour masquer le désaveu populaire

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la proposition d’un référendum pour l’union à gauche lancée par Christophe Cambadélis ne fait pas fortune. Le terme même de « référendum » apparaît abusif, sinon usurpé, pour ce qui relève plus d’un vote en Assemblée générale qu’à une véritable consultation démocratique.

Pire, l’initiative divise la gauche au lieu de la rassembler. Et pour cause !

M. Cambadélis vise par-là à interdire l’expression du pluralisme politique en demandant à toutes les forces de gauche de se rallier à la politique sociale-libérale du Parti socialiste. Autrement dit, il vise à priver les électeurs de leur choix au premier tour des régionales et à interdire aux formations de la gauche anti-austérité d’offrir une alternative à l’impasse actuelle.

Plusieurs dirigeants socialistes parmi les plus droitiers envisagent en effet d’un parti unique sur le modèle du parti démocrate américain ou italien. Ce parti unique signifierait l’éradication de toute autre formation à gauche, mais surtout la dissolution du Parti socialiste au sein d’une nébuleuse centriste. Tel est le dessein poursuivi par Manuel Valls après 2017.

Par ailleurs, je ne peux que m’étonner de la volonté du PS de passer au-dessus des partis politiques et des corps constitués dont le rôle central dans notre démocratie est garanti par notre Constitution. Ne doit-on pas y voir une forme de bonapartisme ?

La France ne souffre pas du pluralisme, mais de l’absence de débat contradictoire. La camisole imposée par la Vème République asphyxie notre démocratie. La menace, bien réelle, du FN ne peut continuer à être instrumentalisée pour éviter tout débat, précisément car cette chape de plomb constitue le principal ressort de l’extrême-droite.

Oui, il est nécessaire que les forces de gauche s’unissent, mais ce ne peut se faire que sur un projet émancipateur et progressiste pour la société, qui redonne espoir au peuple. Sauf à tomber dans de pures combinaisons électoralistes qui écœurent à juste titre les citoyens. 

Force est de constater que l’orientation du Gouvernement fait obstacle à toute union à gauche. De la réforme des retraites à la baisse des dotations publiques en passant par les provocations du ministre Macron sur la suppression du statut des fonctionnaires, deux visions différentes s’expriment. L’une, solidaire et progressiste, veut le partage des richesses, un Etat fort garant de l’égalité et la fin de l’austérité. L’autre, résignée au cadre du capitalisme financier, espère faire mieux que les libéraux en utilisant leurs armes et leurs concepts pour infléchir le système, avec les résultats que l’on connaît…

Alors, chiche, si M. Cambadélis souhaite consulter le peuple de gauche, pourquoi ne pas organiser des référendums d’initiative citoyenne sur la mise en place de la proportionnelle, sur le droit de vote des étrangers ou encore le maintien de la retraite à 60 ans ? Autant de sujets sur lesquels le Gouvernement socialiste a renoncé à ses engagements de 2012.

Mieux encore, pourquoi ne pas proposer un référendum autour d’une question simple : « Pensez-vous que la politique du Gouvernement Valls est une bonne politique pour la gauche et pour la France ? ». Car mieux que de consulter, il s’agit d’entendre les Français et leur colère.

François Asensi, député du Front de gauche. Tribune publiée dans l'Humanité.

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