Quand arrive le Covid-19, le roi est déjà bien nu

Après les deux prises de parole du Président de la République et du Premier ministre, le brouillard n’est pas dissipé. Le plan de production et le scénario de déconfinement semblent encore de bric et de broc, reposant principalement sur la discipline individuelle. Vous noterez que ces moments d’information ne sont jamais ouverts à la presse, ce qui permet au pouvoir d’éviter les questions précises ou dérangeantes. La crise sanitaire requiert pourtant un haut niveau d’exigence démocratique.

La carte de l’humilité est brandie mais elle apparaît comme le masque des manquements de l’État. Le refrain du changement est entonné pour la énième fois par un Président qui, déjà candidat, promettait la « Révolution » (titre de son livre de campagne… si, si !). Derrière la répétition de communication, les actes se trouvent conformes aux vieilles recettes.

Je ne dis pas qu’il est simple de faire face à la pandémie pour le pouvoir en place, qui hérite en partie du démantèlement de nos lits et personnels dans les hôpitaux ou des difficultés de production – nous le savons, c’est sous l’ère Hollande que le stock de masques a été détruit. Pour autant, la macronie a poursuivi et même accéléré, depuis le début du quinquennat, la recherche de rentabilité du monde de la santé, les délocalisations de nos capacités productives et l’application dogmatique de l’austérité budgétaire qui broie les biens communs.

Quand arrive le Covid19, le roi est déjà bien nu. Et le temps de réaction du pouvoir a marqué un retard coupable. Nous le savons, le gouvernement n’a pas su anticiper, organiser la fabrication du matériel indispensables, des tests aux masques, en passant par les respirateurs ou les gants. Que des entreprises comme Luxfar, Farmar ou Peter surgical, qui produisent du matériel nécessaire, ne soient toujours pas nationalisées ou soutenues pour une reprise est proprement hallucinant La France est passée en trois mois de quatre à huit millions de masques. Pas de quoi pavoiser ! Je reste abasourdie qu’une puissance économique comme la France puisse se retrouver dans une telle situation.

Tout ça pour dire que nous avons en France non seulement un gouvernement du monde d’avant mais aussi des amateurs au sommet de l’État.

Clémentine Autain

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