Quand Le Guen part en guerre contre Duflot

Mercredi 21 janvier, Jean Marie Le Guen était l'invité de l'émission "Question d'info" LCP-France Info-Le Monde-AFP. Léger et aérien comme un char d'assaut, il en a profité pour épancher son fiel à l'encontre de Cécile Duflot et de la gauche du PS.

Passons rapidement sur le langage un peu curieux utilisé par le secrétaire d'État aux relations avec le parlement à l'encontre de Cécile Duflot : « Elle est dans une espèce de voie de radicalisation. » En plein débat sur la prévention contre le djihadisme et après les annonces de Manuel Valls, la ficelle est un peu grosse, pour ne pas dire grossière. Un peu comme si, profitant du contexte, on caractérisait Jean-Marie Le Guen de taliban du libéralisme et d'assassin des idéaux socialistes. Des allégories sans doute utiles pour faire un minimum de buzz mais qui n'apportent pas grand-chose au débat public – si ce n'est un peu plus de confusion.

Un "bon Vert", ça soutient le gouvernement

Jean-Marie Le Guen a une idée très précise de ce que devrait être la politique de EELV. Nul ne peut lui en vouloir de préférer le député François de Rugy, qui aurait tant souhaité que les Verts fassent partie du gouvernement Valls, à Cécile Duflot. De là à confondre désir et réalité, il n'y a qu'un pas que franchit allègrement notre vindicatif secrétaire d'État. Ainsi, « Cécile Duflot, ce n'est pas les Verts », et celle-ci essaie « de se démarquer, non seulement de la majorité, mais quelque part du fonctionnement de son propre groupe ». Le propos est pour le moins surprenant. Comme toute organisation politique EELV dispose d'instances de décisions, en l'occurrence un bureau exécutif de quinze membres et un parlement appelé Conseil fédéral.

Le changement d'orientation amorcé par les écologistes depuis le printemps n'est pas le fait d'un individu isolé, mais bien d'une majorité de EELV : c'est par sept voix contre trois que le bureau exécutif a refusé de participer au gouvernement le 1er avril. Un choix largement ratifié par le Conseil fédéral du 6 avril qui s'est prononcé à 83% pour appeler les parlementaires à s'abstenir lors du vote de confiance au nouveau gouvernement. Que dix des dix-sept députés n'aient pas respecté ce vote, le 8 avril, traduirait plutôt que ce sont les parlementaires pro-gouvernementaux de EELV qui ne représentent pas tout à fait leur parti.

Autre exemple, le soutien à Syriza pour les prochaines élections législatives a été adopté par le Conseil fédéral d'EELV par soixante-et-onze votes pour, trois blanc, trois contre. C'est net, c'est sans bavure. On se doute que le cœur de Jean-Marie Le Guen penche plutôt du côté de son ami Pierre Moscovici, qui est allé en Grèce pour soutenir le gouvernement de droite d'Antonis Samaras, mais c'est ainsi.

La petite musique de la scission

La vraie question qui pourrait être adressée aux Verts serait plutôt : "Pourquoi se définir encore comme membre de la majorité parlementaire ?" Le délicat équilibre interne apparaît de plus en plus compliqué, quand il ne relève pas du mariage de la carpe et du lapin. Entre l'alliance avec l'UDI qui a les faveurs d'un Jean-Vincent Placé et la volonté d'un accord avec le Front de gauche pour les futures élections régionales défendue par nombre de dirigeants de EELV (lire l'interview de Sergio Coronado), existe un grand écart qui ne peut perdurer bien longtemps.

D'une manière ou d'une autre, la contradiction, parce qu'elle porte sur l'essentiel de la politique à mener, doit se résoudre. L'hypothèse d'un rassemblement de tout ce petit monde sur une ligne d'autonomie politique au nom du paradigme écologiste reste possible, mais apparaît de moins en moins praticable. La suite la plus probable est donc une poursuite des décantations politiques.

La petite musique d'une scission du parti écologiste a été alimentée ces dernières semaines par ceux qui ne se reconnaissent pas dans la distanciation vis à vis du gouvernement. Au-delà de sa grossièreté, la charge de Jean-Marie Le Guen est donc bien une tentative de s'immiscer dans les débats internes de EELV en donnant la position du grand frère socialiste. Est-ce le plus habile, de son propre point de vue, c'est une autre affaire.

L'unité contre la droite, arlésienne socialiste

Plus généralement, c'est toute la gauche non gouvernementale qui est dans la ligne de visée de Jean-Marie Le Guen. Ainsi, toute une partie de la gauche radicale serait à côté de « la réalité politique et sociale de notre pays » en ne voulant pas se rassembler derrière le Parti socialiste.

Il ajoute : « Ne pas avoir ce réflexe de rassemblement de la gauche, c'est une perte d'identité pour cette gauche de la gauche. C'est la gauche de la gauche qui a perdu son identité unitaire. Elle peut faire perdre la gauche, et je dirais même plus, à certains endroits, elle peut faire perdre la République. » Et voilà, les grands mots sont lâchés, une victoire de la droite voire dans certains cantons du Front national et ce sera la faute de la gauche radicale. Le chômage qui s'envole, pas un mot, les cadeaux multiples au Medef sans aucune contrepartie, rien. Juste – mais sans doute est-ce de saison – une tentative de mise au pas.

Les propos du secrétaire d'État socialiste pourraient n'être que pathétiques s'ils ne dénotaient pas une vision absolument dogmatique de la politique. « Notre action est un échec, mais nous avons raison et c'est pourquoi nous voulons la poursuivre », tel est le credo gouvernemental depuis près de trois ans. Il est temps que cela change.

Guillaume Liégard. Publié sur le site de Regards.

http://www.regards.fr/web/article/quand-le-guen-part-en-guerre

 

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