Quel avenir pour Sanofi ?

Mercredi 29 octobre, Chris Viehbacher, Directeur Général de Sanofi, a été dégagé.

Officiellement  (note de Serge Weinberg, Président du conseil d’administration depuis décembre 2009 au personnel) :

« Cette décision a été motivée par la conviction que l’entreprise a besoin d’une direction générale fédérant plus largement …focalisée sur l’exécution et collaborant étroitement…Cette décision a été unanime ».

Officieusement (propagée par les médias) :

Cette décision serait une querelle de  « famille », due à des incompatibilités entre gens dits responsables, hors du commun, choisis dans le monde pour leurs qualités exceptionnelles dont les rémunérations, les privilèges exorbitants sont justifiées.

Dans la note au personnel, Serge Weinberg ne s’en cache pas : pas question de rêver : « Le conseil poursuivra la stratégie qu’il a initiée dès 2008 ».

Les dirigeants entendent poursuivre la stratégie menée dans la continuité en 1996, 1999, 2004, 2008, 2011, 2014…

Sanofi est un groupe pharmaceutique qui s'est constitué par des acquisitions successives, et par la fusion en 2004 d’Aventis et de Sanofi-Synthélabo.

Ces fusions intensives (cf annexe) se sont toutes accompagnées de suppressions d’emplois, de fermetures de sites, de développement de la précarité, d’angoisses pour les salariés et leur famille.

Cette stratégie a été menée dans la continuité par des hommes qui ont tous dirigé et/ou participé aux fusions, absorptions, déconstruction, cessions, restructuration de Roussel Uclaf, d’Aventis, Synthélabo, Rhône Poulenc et aujourd’hui Sanofi : Thierry Desmaret, Igor Landau, JR Fourtou, JF Dehecq, Chris Viehbacher, Serge Weinberg…

Des hommes qui tous, se sont enrichis. En 9 ans, les dividendes ont explosé : +133%.  En 2014 : 3,7 milliards seront versés aux actionnaires soit 55% du résultat net.

Tous, sont ou ont été, membres ou président du conseil administration.

Durant, ces 15 dernières années, leur obsession de la rentabilité financière les a conduit à supprimer des activités indispensables en recherche comme en production (exemple : la recherche de nouveaux antibiotiques. Complètement obnubilées par l’augmentation du dividende, les restructurations se sont succédées à un rythme démentiel de 2009 à 2014 conduisant en France à 4800 suppressions d’emplois directs en 6 ans).

L’entreprise que veulent les salariés, dont le pays a besoin, est-elle faite pour les actionnaires et leurs immenses dividendes ou pour favoriser la santé de tous en s’appuyant sur l’avancée des connaissances et des coopérations dans le monde ? Cette entreprise ne doit-elle pas disposer de moyens pour un travail de qualité ? Ces objectifs ne seraient-ils pas plus stimulants ?

N’avons-nous pas envie de construire ensemble, avec toutes les composantes de la société civile, un avenir innovant, éthique, porteur de progrès et de démocratie ?

Tout au long de l’histoire du groupe, les salarié(e)s n’ont-ils pas impulsé des propositions, des luttes pour cela ?

Aujourd’hui, puisque la question des pouvoirs est posée consécutivement au départ du 1er dirigeant, n’est-ce pas le moment, de prendre ce problème à bras le corps, afin de lier aspirations et mise en œuvre ?

Si nous estimons que l’entreprise doit être utile, efficace, solidaire, porteuse de valeurs collectives, de satisfaction individuelle, cette question relève-t-elle de l’imaginaire ? 

Force est de constater que le bilan des dirigeants de SANOFI est un désastre pour le société toute entière. En témoigne leurs décisions de destructions d’emplois alimentant le chômage, le rejet des jeunes en ne leur offrant que la précarité, le management par la contrainte, l’abandon de sites appauvrissant les régions, la ponction des fonds publics et de la sécurité sociale.

Peut-on continuer ainsi ?

Sur quelle base ces dirigeants sont-ils légitimés quand leurs actes les rendent illégitimes ?

Ils détruisent au lieu de développer. Ils sont dangereux, nuisibles, ils détournent la finalité sociale de l’entreprise pour un coût exorbitant  pour la société.

Nous l’avons expérimenté et l’expérimentons chaque jour. Dans les faits, la légitimité de leur pouvoir est remise en cause.

On  ne peut servir deux maîtres à la fois : les actionnaires et la santé de tous… La santé étant un bien universel, la recherche et la production de médicaments, doivent être dirigés par ceux qui n’ont aucun intérêt à servir les actionnaires. La question d’une maîtrise et d’une véritable appropriation sociale est posée.

Une  entreprise, où les orientations de recherche, les financements seraient utiles à chacun et à tous, décidés en lien avec les intérêts de la population en France et dans le monde, où les jeunes pourraient prendre place et assurer le renouvellement générationnel des ressources qualifiées, une entreprise sous maîtrise citoyenne, n’est-ce  pas un projet d’avenir ?

Ce projet, réellement en rupture avec la spirale infernale du démantèlement de la recherche pharma, n’est-il pas le seul projet véritablement innovant ?

Et si nous le voulions ?

Comme à plusieurs reprises ceux qui nous ont précédés, nous ont montré le chemin.

(Le chemin se fait en marchant  - Antonio Machado)

Thierry Bodin, Danielle Sanchez, Danielle Montel, Daniel Vergnaud. Auteurs de "Sanofi Big Pharma, l’urgence de la Maîtrise sociale". Pierre Zarka (Observatoire des Mouvements de la Société).

Annexe

En 2001 : cession de l'usine de production d’Aventis, située à l'Aigle (Orne), qui emploie 224 salariés.

En 2003 : cession de l’usine Rhone poulenc de  Saint-Genis-Laval, près de Lyon et ses 329 salariés

En 2004 : cession de l’usine d’Aventis de Villeneuve la Garenne

En 2004 : cession de l’usine  de Notre-Dame-de-Bondeville (Seine-Maritime) et ses 648 salariés

En 2004 : fermeture du centre de recherches d’Aventis ex Roussel Uclaf de Romainville et ses 1863 salariés

En 2008 : le centre de production chimique de Vitry sur seine (94) est restructuré avec 300 emplois supprimés

En 2009 : le site de production pharmaceutique de Colommiers est cédé.

En 2010, les sites de recherche et développement de Bagneux, Rueil-Malmaison , Labège près de Toulouse et Evry sont fermés avec diminution et transfert des effectifs sur les autres sites de R&D.

En 2010 : cession du site de développement de Porcheville

En 2013 : fermeture des centres de production chimique de Romainville et Neuville sur Saône reconverti en partie en site de production de vaccins.

En 2014 : le centre de recherches de Toulouse de 600 chercheurs est déstructuré avec  décision de s’en désengager ; arrêt des activités de recherche sur Montpellier ou ne restent que des activités de développement.

En 2014 : annonce du projet de cession du site de production pharmaceutique de Quetigny

Dans toutes les activités durant ces 6 dernières années, il y a eu des plans massifs de suppression d’emplois (Recherche, production de principes actifs (chimie), production pharmaceutique, production de vaccins, services centraux et visite médicale).

Quatre mille huit cents emplois directs ont été supprimés et des milliers d’emplois induits ces 6 dernières années par la troisième entreprise française en terme de profitabilité derrière Total et la BNP.

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