Quelques reflexions soumises à la sagacité collective

1. A propos du Grexit.

Lundi matin 13 juillet, sur France Inter, François Heisbourg, le "grand gourou de la géopolitique" était interrogé sur l'accord nucléaire iranien. Au détour d'une question, il se met à parler de l'accord grec, pour dire en substance : "c'est une folie absolue, il ne fait que répéter les erreurs des deux plans passés, il ne sera jamais appliqué, on ne se comporte pas comme ça avec les peuples, etc... Mais il était inévitable pour éviter le Grexit, car les Européens ne peuvent pas se le permettre. Pas en termes économiques, vu le faible poids de la Grèce, mais en termes politiques, géostratégiques. La construction européenne est le seul garant de la paix et de l'équilibre en Europe depuis 60 ans et aujourd'hui, les menaces, blabla bla....

Ce qui signifie que les Allemands et les autres dirigeants européens ne souhaitaient absolument pas laisser partir la Grèce, qu'ils considèrent l'UE comme un carcan obligatoire, définitif, dans lequel les pays et les peuples ne peuvent que demeurer, bon gré, mal gré, et que cet accord est donc une double punition : pour avoir oser contester l'austérité et pour avoir posé , même uniquement en creux, la question d'un possible Grexit, d'une vie possible hors de l'Euro. Il fallait donc briser politiquement Tsipras, Syriza et le peuple grec dans un labyrinthe d' injonctions contradictoires. Paradoxalement, cette situation ne signifie pas du tout la fin  de la partie, bien au contraire : tout le monde dit du Figaro à Tsipras, en passant par Stiglitz, que l'accord est inapplicable, qu'il est contre productif etc... Ce fait même donne au peuple grec et aux forces anti austéritaires un certain degré de liberté : accepter cet accord, ou non, mais surtout le dénoncer pour ce qu'il est, organiser la résistance ouverte et/ou discrète, mettre en place à moyenne échéance les conditions d'un Grexit raisonné et organisé, unilatéral, peut contribuer à rétablir en partie le rapport de forces et à placer les "institutions" dans des contradictions exacerbées par les US et le FMI. En un mot : la Grèce est un petit pays, de faible poids, dans lequel le rapport de forces de classe est peu favorable, mais l'hypothèse d'une sortie de l'Euro et de l'austérité revendiquée ou menacée par un pays de plus grand poids a de quoi terroriser les "eurocrates". C'est la raison de la violence de la punition.

2. A propos de la social démocratie

Je partage l'analyse faite par Philippe Marlière (je crois, dans un échange de mail) de la sociale démocratie nordique. Mais il faut aller plus loin. Je ne crois pas qu'il y ait de divergences politiques et/ou stratégiques avec la sociale démocratie "du sud", juste des positionnements tactiques un peu différents, des postures et des rapports de force à construire. Le rôle de François Hollande, par exemple, peut être comparé à celui du "good cop" qui essaie de faire croire que son but était d'éviter les conséquences fatales du Grexit au peuple grec, alors qu'au contraire, il a tout pour fait ligoter encore plus la Grèce dans les filets austéritaires de l'UE, au mépris de toute réalité et rationalité économique.

Mais tout cet épisode sonne la faillite politique et morale de la social démocratie, particulièrement de  son rapport à la démocratie. Il nous faudra creuser un peu sur ce thème de la crise démocratique, car si les forces de "gauche" ne sont plus des forces de transformation sociale, même réformistes, ce qui est le cas depuis longtemps,et si elles ne sont même plus des forces "démocratiques" alors le champ politique s'ouvre encore un peu plus et il faut en profiter. A creuser les expériences françaises , 49/3 etc et italiennes avec les modifications constitutionnelles voulues par Renzi.

3. A propos d'un gouvernement de gauche

Il est urgent de réfléchir aux marges de manoeuvre d'un possible gouvernement de gauche. L'exemple de Syriza est instructif : élu minoritaire, sur la base d'un programme d'urgence, sans mobilisations populaires d'ampleur, il se retrouve, dans la situation particulière de l'endettement grec, sans aucune marge de manoeuvre et choisit (?) une ligne politique qui se révèle être une erreur, voire une impasse, mais en aucun cas une trahison . A cet égard, il n'est pas du tout opératoire d'employer, ce que nous n'avons pas fait, bien sûr, ce champ lexical ou cette analyse pour caractériser Tsipras et le groupe dirigeant de Syriza. Que les camarades grecs soient tentés de le faire est bien compréhensible dans la situation de de tensions et de batailles politiques internes, mais pour les forces de la gauche radicale européenne, la position des députés FdG est la bonne. La critique n'est pas la dénonciation.

Plus généralement, si l'on regarde du côté de Podemos ou du programme L'Humain d'Abord, ou, plus modestement, des mesures d'urgence listées dans le document adopté par le dernier CN, quelles seraient les mesures qui pourraient être acceptables par les "institutions" sans en déclencher les foudres ? En d'autres termes, en quoi la formule que nous avions adoptée il y a un an "Désobéir aux Traités et refonder l'Europe" est-elle encore opératoire à la lumière  de la crise grecque ? Ne faudrait-il pas envisager de dire "voilà les premières mesures d'un gouvernement de gauche, la question de l'appartenance à l'UE et/ou à l'Euro n'est plus taboue. Nous n'en faisons pas une question de principe, mais si vous nous y forcez, nous serons prêts". Ce qui a pour avantage à la fois de reposer la question de la démocratie et de la légitimité, de se démarquer des anti-européens souverainistes et d'extrême droite et de placer le débat politique sur la seule question qui vaille : quelle société voulons nous ?          

Mathieu Dargel

 

 

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Dargel