A quoi sert la campagne de Benoît Hamon ?

 

 

 

 

Plusieurs thèmes de débat s'entrecroisent et donnent lieu à publications diverses, que ce soit ici ou, par exemple sur Facebook, où de nombreux camarades discutent plus ou moins sereinement. Le vote "utile", le positionnement de Macron, la crise du PS et la campagne Hamon, la campagne FI-Mélenchon, notre positionnement et question ontologique "à quoi servons-nous" ? 

 

Au vu de l'évolution de la campagne, des scandales Fillon et de la tragi-comédie des "Républicains", il apparaît, si l'on tient compte des ralliements politiques et des soutiens venant du monde patronal et de la société civile, que la candidature Macron est celle qui représente le mieux les intérêts de classe de la bourgeoisie. C'est Macron qui met en forme l'ordo-libéralisme (cf l'article de JC Mamet sur  notre site  https://www.ensemble-fdg.org/content/le-projet-macron-aimer-le-capitalisme), mais qui tente de le faire sans les brutalités de Fillon.

 Le projet social de Macron, c'est l'individualisation des situations de travail, la poursuite de la logique de la loi El Khomri, etc... tout a déjà été dit. 

Le projet politique du macronisme, c'est de vider encore un peu plus la politique de son sens, de transformer le gouvernement en "gouvernance", de fermer toutes les voies alternatives. Cela passe par la destruction ou la marginalisation des partis actuels de gouvernement, droite et gauche et la constitution d'un pôle politique central, au sein duquel se feront et déferont des alliances, mais qui a vocation à ne laisser de place légitime à aucune autre expression politique, conformément à de nombreuses expériences européennes. La difficulté, pour ce projet, est qu'il vient un peu tard, et que, même pour la bourgeoisie, il commence à montrer ses limites, cf difficultés de la grande coalition en Allemagne, échec du référendum de Renzi et scissions du Parti Démocrate en Italie, crise du Labour...

Dans la situation politique française, où la gauche tant réellement social-démocrate que la gauche "de transformation" a subi de si nombreuses défaites, sur tous les plans, le risque est grand que l'opposition à ce projet politique, celui de l'establishment, du capitalisme moderne, ne soit récupérée par le FN, comme c'est déjà le cas dans d'autres pays, et que la gauche, de marginalisée qu'elle est,  ne disparaisse quasiment, comme en Italie. 

Donc, le vote Macron n'est en aucun cas un vote "utile" même si, au lendemain du second tour, l'air sera encore un peu plus respirable sous un gouvernement Macron que sous un gouvernement Le Pen et les perspectives d'action et de recomposition sans doute un peu plus grandes. Mais ceci est une autre histoire que nous devrons trancher dans six semaines... 

 

 Et le PS ? Pour parler vite, la campagne Hamon ne sert à rien ni à personne. Incapable de capitaliser sur les 1.2 millions de voix qui lui ont fait remporter la primaire et qui sont extérieures au cercle militants/adhérents du PS, Hamon n'a pas saisi (pas voulu saisir) la ligne de fracture qui parcourt le PS, ses élus, son appareil. Ceux qui revendiquent le bilan "positif" du quinquennat ont tout intérêt à rejoindre Macron, à lui apporter positions de forces locales, baronnies et surtout à ne pas se laisser marginaliser dans la recomposition en cours. C'est le jeu de Valls et consorts qui espèrent jouer un rôle déterminant dans ce pôle central. Hamon a été incapable de faire des choix, de positionner sa campagne clairement et a cherché à donner des gages programmatiques pour ne pas briser l'unité d'un parti qui est, de toute façon en train d'exploser. Il est affligeant de voir certains dire qu'ils ne rejoindront pas Macron sauf.... si Hamon s'écroule dans les sondages et de voir que leurs déclarations elles-mêmes sont dans ce but. En refusant un débat politique public avec JLM, en ne disant pas clairement qu'il opposera des candidats "PS" à tous ceux qui soutiennent Macron, en ne mesurant pas que les appels et pétitions pour l'unité représentent un enjeu politique majeur pour l'avenir, Hamon se condamne à l'inutilité. 

 

Quelles que soient les difficultés et les divergences, importantes, que nous pouvons avoir avec la campagne de FI et de JLM, il est alors indispensable de faire le maximum pour que celui-ci atteigne le score le plus élevé possible (j'espère qu'ici personne ne croit réellement, comme E. Coquerel que JLM puisse arriver au second tour, mais, après tout, on a vu tellement de rebondissements depuis deux mois...), et surtout l'atteigne sur la base de réelles mobilisations locales, qui puissent, d'une manière ou d'une autre, servir de réceptacle à ce "besoin d'une vraie gauche" qui s'exprime aussi dans les pétitions et les initiatives locales unitaires. C'est là que notre responsabilité est immense au regard de nos faibles forces, et que les irresponsabilités sectaires de FI pourraient être dramatiques.

 

 Les législatives enfin. Il s'agit là d'un enjeu majeur. En effet, quel que soit le vainqueur de la présidentielle, il-elle ne viendra pas d'un parti de gouvernement traditionnellement implanté et quasi certainement assuré d'obtenir une majorité après la présidentielle (sauf si c'est Fillon, et encore... ). Une victoire de Le Pen ne signifierait certainement pas une majorité pro FN en juin et une victoire de Macron ouvrirait la voie à de nombreuses tractations pour construire une majorité composite et instable. Il faut donc poser la question clairement aux soutiens de Hamon et à Hamon lui-même : feriez-vous partie de la majorité de Macron, aux côtés de Bayrou, Dutreil et autres transfuges de la droite ? C'est bien là la ligne de crête, non ? Car Hamon n'hésitera pas à appeler à voter Macron dans le cas d'un second tour contre Le Pen... et nous ne saurions de nous contenter de réponses du genre on verra au coup par coup, projet de loi par projet de loi !  Ce sont donc les législatives qui fixeront le rapport de forces à l'issue de la séquence électorale, contrairement à ce que l'inversion du calendrier voulait pérenniser. Là aussi, dans cette optique, il nous faut pousser à l'unité et s'appuyer sur des situations et des mobilisations locales pour obtenir les scores les plus élevés et significatifs possibles. C'est autour de ces 577 campagnes locales que se trouvent sans doute des éléments importants de la recomposition à venir. 

 

Mathieu Dargel.

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