Raison garder ! Lettre ouverte aux militant-es de Gauche unitaire

Le Bureau national de Gauche unitaire, par courrier aux organisations du Front de gauche, porte des jugements 
excessivement sévères à l’encontre du Front de gauche, et fait connaître des décisions préoccupantes : son retrait de la campagne du Front de gauche dans trois régions (Nord-Ouest, Centre et Île-de-France) et la suspension de sa participation aux diverses instances du Front de gauche.Tout cela du fait d’un mécontentement des camarades à cause de la place qui leur est faite sur ces listes, avec la non satisfaction de deux de leurs principales demandes : la deuxième place dans le Nord-Ouest pour Céline Malaisé, et la troisième en Île-de-France pour Christian Picquet. 

Ce mécontentement peut sans doute s’expliquer par les promesses qui semblent avoir été faites initialement. Mais la situation de Gauche unitaire est avant tout le résultat de la très grande faiblesse dans laquelle se trouve Gauche unitaire, suite à la mise à l’écart des deux tiers des militantes et militants de l’organisation, militantes et miltants aujourd’hui regroupés dans Unitaire(s). Avant de brandir les mots exclusion, coup de force et procédures d’un autre âge, les camarades de la direction de Gauche unitaire devraient jeter un regard dans un miroir et se souvenir du sort cruel souvent réservé aux coupeurs de têtes. Il ne leur est pas possible de se revendiquer du capital politique qui était celui de Gauche unitaire, alors qu’ils représentent moins d’un tiers de ce que fut cette organisation. Dans ces conditions, invoquer le rôle de Gauche unitaire 3ème composante fondatrice du Front de Gauche relève de l’incantation.

La réalité actuelle est que le Front de gauche n’inclut plus trois, mais neuf composantes, dont cinq se sont rassemblées avec d’autres membres du Front de gauche dans le mouvement Ensemble ! (Alternatifs, C&A, GA, FASE, GA, et une majorité de ce qu’était GU), toutes choses qui ont positivement modifié les équilibres politiques au sein du Front de gauche. Une réalité que les camarades dudit Bureau national de Gauche unitaire ont quelque mal à admettre.

Lors des municipales, les choix faits par la direction de GU en quelques villes de rejoindre les listes dirigées par la 
Parti socialiste étaient une orientation minoritaire au sein de Gauche unitaire. L’orientation adoptée très largement (65% des voix) lors d’une conférence nationale reposait sur l’idée que l’opposition à la politique du gouvernement devait conduire logiquement dans les grandes villes à soutenir des listes clairement Front de Gauche et en opposition avec les politiques d’austérité menées par le gouvernement. Position en rien contradictoire, bien au contraire, avec la volonté de s’opposer à la droite et à l’extrême-droite et de porter des propositions pour toute la gauche.

Nous, qui pour plusieurs avons en 2009 rompu avec le NPA pour rejoindre le « Front de gauche pour les européennes » en voie de formation, nous qui dans le cadre de Gauche unitaire avec beaucoup d’autres camarades avons contribué à la vie du Front de gauche, nous appelons les camarades qui se revendiquent toujours de Gauche unitaire à raison garder. A quoi bon agiter autour du Front de gauche des épouvantails dépenaillés : une posture incantatoire, la funeste théorie des deux gauches, une politique visant à découper la gauche, la reprise du discours qui était celui du NPA en 2009, une extrême-gauche se complaisant dans l’impuissance etc. ? Le Front de Gauche est un outil politique essentiel visant à rassembler pour une 
politique de gauche alternative à la politique désastreuse menée par le pouvoir. Face aux difficultés actuelles, il faut contribuer à surmonter celles-ci, en rassemblant, et non les aggraver. A quoi cela sert-il de qualifier le Front de Gauche de « bateau ivre » , et décider de suspendre la participation aux instances du Front de Gauche ?
Nous appelons les militants toujours membres de Gauche unitaire à participer activement à la campagne du Front de gauche pour les élections européennes, et ce dans toutes les régions, condition nécessaire pour participer positivement aux réflexions qui traversent aujourd’hui le Front de gauche quant à ce que doivent être son orientation et son avenir.

Mariano Bona, Michèle Ernis, Jacques Lerichomme, Francis Sitel, Nicole Taquet.

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