Reconstruire à gauche, c’est maintenant...

En deux ans, François Hollande aura conduit le PS à un échec cuisant aux municipales et perdu la majorité absolue qu’il détenait à l’Assemblée. A la veille des élections européennes, qui prennent ainsi un autre relief, il va au-devant des exigences de la Commission européenne et des marchés en engageant, avec Manuel Valls, une fuite en avant autour d’ un « pacte de responsabilité » qui enchaîne la fin du quinquennat dans un libéralisme débridé et « assumé ».

 

Valls voulait obtenir du Parlement un « vote décisif », « un acte fondateur » pour gouverner sur cette base. Mais les élus Front de Gauche et la majorité d’EELV ont voté contre, 41 députés socialistes ont refusé d’entériner l’austérité, sa majorité n’est que relative et ne tient que par la bienveillante abstention d’élus de droite. Se dessine la possibilité d’une autre majorité, un rapprochement entre PS et centre droit. Il lui faudra à chaque décision budgétaire et projet de loi trouver une majorité, ou bien l'imposer sans débat. Parmi les 72 député(e)s de gauche qui n'ont pas approuvé l'austérité, il y a des degrés différents d'opposition, et de disponibilité pour une politique alternative. Mais ces secousses dans les rangs socialistes et écologistes ne sont qu’un début. Elles reflètent un changement d'état d’esprit à gauche : on ne veut plus subir cette politique de droite sans broncher.

 

Si Hollande et Valls osent s’aventurer si loin, c’est sans doute qu’ils sont convaincus que le mouvement social n’est pas en mesure de relever le défi, et qu'ils échapperont aux mobilisations qui ont explosé face à des politiques similaires en Grèce, en Espagne, au Portugal. Il faudra les détromper, c’est bien d’un mouvement d’ampleur dont on aura besoin pour faire reculer ce plan d’austérité et redonner de l’élan à une alternative de gauche. Le « tournant » Valls peut avoir un effet de prise de conscience, une remobilisation d’un mouvement social et d’une gauche « décomplexés » face à un gouvernement dont on ne peut plus attendre grand-chose.

 

La manifestation du 12 avril, par son contenu, son ampleur, sa préparation, a commencé à articuler un engagement commun entre acteurs politiques et syndicalistes, et montré qu’un sursaut à gauche est possible. Les suites doivent permettre de concrétiser dans la durée ce rassemblement unitaire contre l'austérité, l’enraciner au niveau local, l’élargir dans le mouvement social. Le Front de gauche doit en même temps proposer des initiatives de débat et d’actions à ceux et celles qui, au PS ou à EELV, se sont manifesté contre la politique gouvernementale, pour élaborer ensemble les contenus et mesures d’urgence sur lesquels reconstruire une majorité alternative pour sortir de l’austérité.

 

Le 25 mai, le vote Front de gauche sera un vote utile : plutôt que de s’abstenir, il permettra d’exprimer colère et opposition par le soutien à une alternative de gauche pour rompre avec l’ Europe de l'austérité et refonder une Europe sociale, solidaire, féministe et écologique ; Il sera un moyen de s'opposer à la montée du Front national et des droites réactionnaires qui menacent en Europe, en votant pour une gauche européenne anti-austéritaire, rassemblée dans plusieurs pays autour de la candidature d’Alexis Tsipras.

Editorial du bulletin d'Ensemble du mois de mai.

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