Référendum britannique : débat dans la gauche radicale

Promis par David Cameron au cours de la dernière campagne législative (mai 2015) pour se concilier les votes des électeurs tentés par le Parti pour l’Indépendance du Royaume-Uni, le référendum sur l’appartenance de la Grande-Bretagne à l’Union européenne ou sa sortie a été fixé au 23 juin prochain. Sa simple tenue constitue un nouvel épisode dans la crise de légitimité de cette machine à détruire les acquis sociaux. Bien sûr, si le Brexit était majoritaire, les partisans de l’Union européenne ne manqueraient pas de minimiser l’événement, d’expliquer que la Grande-Bretagne a toujours eu une position ambiguë vis-à-vis de l’UE et que, pour les autres pays européens, cette décision ne change donc rien ou pas grand chose. Il n’empêche : cela créerait un sérieux précédent…

Pour autant, le décryptage du débat qui se déroule actuellement au Royaume-Uni n’est pas aisé, tant la question de l’Union européenne divise les différents courants politiques.

Ainsi, dans le camp du « oui » - du maintien dans l’UE – on trouve :

. Cameron et une aile – significative, mais sans doute minoritaire – du Parti Conservateur actuellement au pouvoir

. les Libéraux Démocrates (centre droit)

. le Parti travailliste, aussi bien l’aile droite qui est majoritaire dans le groupe parlementaire et dans l’appareil du Parti que la nouvelle direction autour de Jeremy Corbyn, qui s’est récemment prononcé dans ce sens

. la majorité des dirigeants syndicaux du Trade Unions Congress (TUC)

. la très grande majorité du grand patronat britannique

. le Parti Vert, aussi bien en Angleterre et au Pays de Galles qu’en Ecosse

. les directions des organisations de gauche indépendantistes, en Ecosse (Parti national écossais, SNP) comme au Pays de Galles (Plaid Cymru)

Dans le camp du « non » – pour la sortie de l’UE - on trouve :

. la moitié du groupe parlementaire conservateur, ainsi que son aile droite et de très nombreux militants de base

. le très xénophobe Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP)

. une nette majorité des titres de la « presse populaire »

. et, aussi, certaines composantes (sans doute majoritaires ) de la gauche radicale britannique.

Ce simple panorama du positionnement des forces politiques et sociales en présence – et des rapports de force dans chaque « camp » que cela révèle - montre immédiatement la difficulté de faire vivre une campagne progressiste et de gauche en faveur de la sortie, alors même que l’on voit bien que cette campagne va être sous hégémonie des courants nationalistes, xénophobes et racistes. La situation est, en effet, très différente de celle qui prévalait en 1974, lors du dernier référendum en date sur la question européenne. Certes, l’adhésion à l’Union européenne l’avait emporté et, dans le camp du « non », il existait déjà des courants nationalistes. Mais, pour l’essentiel, le refus de l’adhésion à l’UE était centré sur les questions sociales et porté par le mouvement ouvrier, à commencer par les dirigeants syndicaux et la gauche du Parti travailliste. Rien de tel aujourd’hui….

On peut aussi tenter une analogie avec les deux campagnes référendaires sur l’Europe auxquelles nous avons été confrontés en France. En 1992, lors de la ratification du Traité de Maastricht (porteur de la monnaie unique), un courant significatif de la Droite s’était prononcé pour le « Non », autour de Philippe Seguin et Charles Pasqua, au nom de « l’héritage gaulliste ». Leur campagne connut un succès certain, mais sans pour autant occuper tout le terrain. Les courants de gauche opposés à Maastricht furent également en capacité de marquer le débat, à travers la campagne du Parti communiste ou celle du « Non de gauche » - qui regroupait notamment des animateurs des Verts, le Mouvement des Citoyens et la Ligue communiste révolutionnaire (LCR).

En 2005, lors du référendum portant sur le Traité constitutionnel européen (TCE), aucun secteur significatif de la Droite (ni de l’establishment) ne s’est prononcé pour le « non ». Ce sont des animateurs des mouvements sociaux, la gauche radicale, le Parti communiste et plusieurs courants et sensibilités socialistes qui prirent l’hégémonie sur la campagne pour le « non », à travers une vaste mobilisation unitaire, citoyenne et militante. Même si, au niveau du résultat, l’importance des suffrages (pour le « non ») venant de l’électorat d’extrême droite a sans doute été sous-estimée…

Pour en revenir au référendum britannique, après ce qui vient d’être écrit sur le camp du « non » et les difficultés d’y affirmer un point de vue de gauche, il convient de noter que, symétriquement, une campagne progressiste pour le maintien dans l’Union européenne, pour sa transformation et pour une « autre Europe » a également de grandes chances d’être peu audible. C’est pourtant l’objectif que s’est donnée la coalition  « Another Europe is possible » - Une autre Europe est possible (1). Cette coalition a été lancée par des syndicalistes, des universitaires, des députés à la Chambre des Communes et au Parlement européen appartenant au Parti travailliste, au Parti Vert et au Parti indépendantiste gallois (Plaid Cymru). Parmi les initiateurs et initiatrices, on trouve également Kate Hudson, l’une des porte-parole de Left Unity. La libre circulation au sein de l’UE (notamment des jeunes), la défense des acquis sociaux, des droits de l’homme et la protection de l’environnement sont présentées comme autant de raisons de rester dans l’Union européenne. Ou, plutôt, de ne pas la quitter… Mais, pour autant, les signataires de la déclaration fondatrice de cette coalition l’indiquent : « défendre ces avancées ne signifie nullement s’accommoder de l’Europe telle qu’elle est ». Malgré les efforts ainsi déployés, il est quand même assez probable que la campagne pour rester dans l’UE sera menée par Cameron et le grand patronat…

Compte tenu de ce paysage politique, on comprend que le positionnement de la gauche radicale et/ou révolutionnaire ne soit pas aisé. C’est d’ailleurs l’objet d’un débat tout à fait important en son sein. La discussion ne porte pas tellement sur l’analyse et la caractérisation de ce qu’est l’Union européenne : toutes les composantes de la gauche radicale s’accordent sur son caractère anti-démocratique et pro-capitaliste, voire sur l’impossibilité de la réformer « de l’intérieur ». Les divergences portent sur la signification et la dynamique, aujourd’hui - dans les circonstances actuelles et compte tenu des « camps en présence »  et des rapports de force - d’une sortie de la Grande –Bretagne de l’Union européenne.

Les deux principales organisations d’extrême gauche, le Socialist Workers Party (SWP, Parti socialiste des travailleurs) et le Socialist Party (SP, Parti socialiste) – ainsi que l’organisation Counterfire (animée par d’anciens dirigeants du SWP) - se sont prononcés pour une consigne de vote en faveur de la sortie de l’Union européenne. A la fois pour des raisons de fond concernant l’Union européenne et, aussi, parce qu’une victoire du « non » à l’UE mettrait en crise le gouvernement conservateur de David Cameron et offrirait éventuellement de nouvelles perspectives, soit en matière électorale (organisation de nouvelles élections législatives) soit en termes d’encouragement aux mobilisations contre l’austérité.

A l’inverse, Left Unity - organisation de gauche large, créée à l’instigation du cinéaste militant Ken Loach – s’est prononcée pour une consigne de vote en faveur du maintien dans l’Union européenne, essentiellement en termes de mobilisations contre le racisme et en défense des migrants. Cette position est aussi celle de Socialist Resistance, la section britannique de la Quatrième Internationale, dont les militants sont actifs au sein de Left Unity.

Pour se faire une idée plus complète des arguments échangés, on trouvera dans ce dossier la traduction (par mes soins) de trois documents qui reprennent les principaux éléments de la discussion.

Le premier document - « Pourquoi les anticapitalistes doivent être contre l’Union européenne » - a été publié à l’origine sur le site de Counterfire (2). Ecrit par Chris Bambery - ancien responsable du SWP qui anime aujourd’hui ISG Scotland et collabore avec Counterfire – il reprend une série d’arguments en faveur de la sortie de l’UE.

Le second document – « Référendum sur l’Union européenne : contre le racisme, un vote critique pour rester dans l’UE » - a été publié sur le site de Socialist Resistance (3). L’argumentation pour un vote en faveur du maintien de la Grande-Bretagne dans l’UE y est plus particulièrement centrée sur le racisme et la xénophobie, terreau essentiel de la campagne de la droite extrême en faveur de la sortie.

Le troisième document – « Référendum sur l’Union européenne : votez pour la sortie… des Conservateurs ! » -  est un éditorial du Socialist Party, publié sur le site de cette organisation (4). Il insiste plus particulièrement sur la dynamique politique que créerait un vote majoritaire « pour la sortie », à commencer par une crise de légitimité pour le gouvernement Cameron et l’ouverture de nouvelles perspectives politiques.

François Coustal

Remarque : les notes ne figuraient pas dans les documents originaux ; elles sont de la responsabilité du traducteur et ont pour fonction de donner quelques éléments explicatifs et/ou informatifs.

Document 1

Pourquoi les anticapitalistes doivent être contre l’Union européenne

Chris Bambery (ISG Scotland, Counterfire)

Au sein de la gauche radicale et des anticapitalistes, il y a débat sur la position à prendre à propos du référendum de juin prochain sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union européenne (UE). Je voudrais répondre ici à quelques arguments proposés par ceux qui défendre l’idée que la gauche doit voter pour rester au sein de l’UE.

Argument n°1 : rester dans l’UE et lutter pour la changer

Les palabres qui ont accompagné les négociations entre David Cameron et l’Union européenne montrent que « l’accord » obtenu est une baliverne. Elles nous rappellent un fait têtu. Même cet accord, qui est aléatoire sur le plan légal, réclame l’assentiment des 27 autres états membres. C’est vrai pour tout changement au sein de l’UE. Ainsi, la seule manière de parvenir à une autre UE serait d’obtenir l’accord de chacun des 28 états membres.

Tout changement dans un sens socialiste réclamerait que la gauche radicale soit au pouvoir de Dublin à Tallin. Ce qui est donc une condition plutôt exigeante. À vrai dire… une impossibilité.

Et le Parlement européen ? Il n’a aucun pouvoir qui puisse lui permettre d’influer de manière fondamentale ou même limitée sur le fonctionnement de l’UE. Lorsque ce qu’il est question du Partenariat transatlantique sur le commerce et l’investissement, le Parlement n’a pas le pouvoir d’amender le projet qui est actuellement négocié en secret entre la Commission européenne (non élue) et les Etats-Unis. Il n’aura droit qu’à un seul vote, pour accepter et rejeter le traité. Mais, avant cela, la Commission européenne va trier ce qui sera soumis au vote avec les chefs des deux principaux groupes, le Parti populaire européen (centre-droit, démocrate-chrétien) et les Socialistes et Démocrates de centre-gauche.

Le Parlement européen a des pouvoirs limités, quasiment nuls en ce qui concerne la crise actuelle des migrants. Par contre, il est très efficace pour circonvenir par ses largesses les députés qui pourraient être des fauteurs de troubles. Du coup, il est très peu probable que l’un d’entre eux se mette à tout chambouler….

La vérité est simple : un changement de l’UE de l’intérieur est tout simplement impossible. Créer une unité authentique de l’Europe fondée sur la solidarité et le respect nécessitera de repartir de zéro. Le départ de la Grande-Bretagne ou d’autres états membres peut aider à développer le débat sur le type d’Europe dont nous avons besoin, une Europe qui soit démocratique, aux antipodes de l’actuelle UE où la démocratie est quasiment absente.

Argument n° 2 : comment peut-on se retrouver du même côté que Michael Grove, Boris Johnson et Iain Duncan Smith (5)?

La réponse pourrait être : comment peut-on se retrouver du même côté que Theresa May, Jeremy Hunt et Philip Hammond ? Ou encore : David Cameron et George Osborne ? (6)

En fait, le débat a lieu entre deux camps qui partagent largement la même vision néolibérale. Il y a cependant un facteur décisif : le cœur du grand capital britannique est favorable au maintien dans l’UE. Dans les semaines et les mois qui viennent, ils vont déclencher un tir de barrage fondé sur la peur, comme ils l’ont fait lors du référendum écossais en 2014, avec comme objectif d’intimider les gens et de les pousser à voter « oui » sous peine de perdre leurs emplois, leurs retraites, leurs maisons.

Allons plus loin : qui veut un vote « oui » ? Angela Merkel et Francois Hollande, Barack Obama et John Kerry !

Si Cameron devait perdre le référendum, il serait contraint de démissionner, ce qui mettrait le feu aux poudres dans un Parti conservateur divisé. Cela conduirait aussi à une crise des grandes sociétés anonymes britanniques. Deux excellentes nouvelles !

Argument n° 3 : le gouvernement Cameron est tellement à droite que nous avons besoin de rester dans l’UE, ce qui limitera les possibilités du gouvernement.

Il n’y a certes aucun doute sur le degré de malfaisance de Cameron et Osborne. Mais, dans l’Europe actuelle, ils ne sont pas le gouvernement européen le plus à droite ! Pensons à la Hongrie, la Finlande ou la Pologne… La Grande-Bretagne n’est plus la force motrice du néo-libéralisme en Europe comme c’était le cas à l’époque de Thatcher. C’est l’Union européenne qui est la force motrice : regardons ce qui a été infligé aux peuples de Grèce, d’Espagne, de Chypre, du Portugal et d’Irlande… Regardons la manière dont l’UE a utilisé la crise économique de 2008 pour passer en force et imposer une série de mesures politiques, à commencer par le pouvoir donné à la Commission européenne (une instance non élue) de mettre son veto aux budgets et dépenses des gouvernements des états membres.

Prenons l’exemple de l’offensive du gouvernement Cameron contre les allocations. Cette offensive s’inspire de l’expérience allemande où, une décennie plus tôt, le gouvernement de coalition (entre la Social-démocratie et les Verts) dirigé par Gerhard Schröder a mis en œuvre une série de mesures qui anticipaient les directives du Traité européen de Lisbonne. Et, surtout, ils ont supprimé les allocations ? Car ils ont bien compris que si vous supprimez le filet de sécurité qui protège les travailleurs, alors ils vont s’accrocher à leur travail plutôt que de s’en remettre aux allocations versées par l’Etat. Le boom des exportations allemandes qui a suivi résultait d’une diminution considérable du coût du travail, les niveaux de salaires chutant à travers toute l’Allemagne.

L’Union européenne ne constitue pas un bouclier contre les « réformes » inspirées par le « libre marché ». Elle ne se contente pas de les favoriser ; elle encourage les états membres à se livrer à une désastreuse course au nivellement par le bas, où chaque Etat est en compétition pour avoir les salaires les plus bas, les pires conditions de santé et de sécurité, ainsi que le plus bas niveau d’imposition des profits.

Au-delà, le peuple grec vit aujourd’hui un calvaire qui lui a été imposé par une structure non élue, la Troïka composée de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne et du Fond monétaire international. Cet épisode a mis en lumière la nature antidémocratique et pro-capitaliste de l’Union européenne.

Argument n° 4 : voter « oui » contre le racisme et pour garder ouvertes nos frontières

L’UKIP est très malfaisant, mais c’est un acteur de second ordre. Une fois de plus, c’est l’Union européenne qui est la force motrice, avec sa politique de la « forteresse Europe » à l’encontre des migrants qui fuient les guerres ainsi que le chaos économique que cette même Union européenne a contribué à créer.

Les conséquences sont les suivantes : des gens se noient en essayant de traverser la Méditerranée ; des grilles sont érigées aux frontières ; les réfugiés syriens et irakiens sont renvoyés dans les zones de guerre.

L’UE constitue aussi un élément clé dans le développement de l’islamophobie, avec la multiplication de l’interdiction des foulards.

Naturellement, le gouvernement Cameron est malfaisant comme le montre le nombre ridicule de réfugiés syriens auxquels il a accordé le droit d’asile. Mais il n’est pas la force motrice de la vague de racisme qui monte en Europe, alimentée par l’UE et les gouvernements nationaux.

L’UE accorde la liberté de circulation aux citoyens de l’UE, mais hisse le pont-levis devant ceux qui fuient la pauvreté et la guerre.

Argument n° 5 : il faut rester dedans pour construire l’unité européenne contre l’austérité et le racisme

En 2014, lors du référendum écossais, le Parti travailliste a utilisé un argument analogue : il fallait rester au sen du Royaume-Uni, en solidarité avec nos frères et nos sœurs d’Angleterre et du Pays de Galles. La réponse était : nous n’avons pas besoin de l’Etat britannique pour nous rassembler ; cela se fait à travers les résistances communes.

L’unité européenne contre l’austérité, le racisme et bien d’autres choses se construira sur la base de combats communs, pas en faisant confiance à Donald Tusk ou à Jean-Claude Juncker.

Rappelons nous le Forum social européen de 2002 : un mouvement à la base - impliquant des dizaines de milliers de gens élaborant des décisions à travers la démocratie directe - a lancé un appel à des manifestations à l’échelle européenne contre l’invasion à venir de l’Irak. Ce furent sans doute les manifestations de protestations les plus importantes de toute l’histoire. Le fait d’être dans un pays qui était membre ou qui n’était pas membre de l’UE n’avait aucune importance…

Argument n° 6 : nous devrions voter « oui » en solidarité avec le reste de la Gauche radicale européenne

La majorité de la gauche radicale en Europe est favorable à l’UE. Dans le cas de Syriza en Grèce, cela a été leut talon d’Achille. Leur volonté désespérée de rester dans l’UE et dans l’euro les a conduit à jeter au panier leur victoire au référendum contre l’austérité et ils ont du accepter un accord encore plus mauvais imposé par la Troïka.

Qu’il y ait une majorité de la gauche radicale en Europe qui soit favorable à l’UE ne résume pas l’ensemble de la situation. Au Danemark, l’Alliance Rouge Verte considère que l’UE est « un agent des politiques néo-libérales, anti-démocratique et militariste. Nous sommes hostiles à la création de l’Union européenne et favorables à la coopération internationale fondée sur des droits égaux pour toutes les nations, dont le droit à l’indépendance et à l’autodétermination ».

En Hollande, le Parti socialiste (7) partage l’essentiel de ce point de vue et, au Portugal, le Bloc de Gauche est encore plus critique en ce qui concerne l’Union européenne.

Mais revenons au point de départ : l’unité se construit à travers l’action, pas par les institutions. Il faut bien sûr répondre au problème de l’inexistence d’une coalition large et commune à travers toute l’Europe de résistance à l’austérité et au racisme. Mais ceci devra impliquer des forces qui se situent des deux cotés de la barrière à propos de l’appartenance à l’Union européenne.

Argument n° 7 : la campagne pour le « non » est tellement à droite et raciste que cela se traduira dans les arguments mis en avant

C’est vrai pour le cœur de direction des deux campagnes. Notre tâche est d’essayer d’offrir un point de vue différent et de modifier le terrain sur lequel se situe le débat.

Depuis la crise financière de 2008 et la crise de la zone euro qui a suivi, l’UE a renforcé son projet néo-libéral. Les plus gros bénéficiaires en ont été ces banques qui ont provoqué la crise et sont gavées d’argent par la relance monétaire de la Banque centrale européenne et de la Banque d’Angleterre, qui les ont aidées à augmenter la valeur de leurs actions et leurs réserves de trésorerie.

Pour les travailleurs d’Europe, l’intégration européenne signifie l’imposition des politiques économiques et sociales inspirées par le « libre marché » et non le rassemblement des Etats européens. Et, bien sûr, le fossé s’est encore plus creusé entre d’un côté la zone prospère de l’UE constituée autour de l’Allemagne – dont l’Autriche et la Hollande – et d’autre part l’Europe du Sud et de l’Est, la France et la Grande-Bretagne constituant une zone intermédiaire. Il y a donc plein de raisons anti-capitalistes qui nous poussent à nous opposer à l’Union européenne. Exprimons les !

Publié initialement sur le site de Counterfire : www.counterfire.org/articles/opinion/18201-why-anti-capitalists-should-be-anti-eu

Document 2

Référendum sur l’Union européenne : contre le racisme, un vote critique pour rester dans l’UE

Socialist Resistance

Après son retour de Bruxelles avec son soi-disant parquet de réformes, Cameron a annoncé que le référendum tant attendu sur l’appartenance à l’Union européenne aurait lieu le 23 juin et que lui-même recommandait un vote pour rester dans l’UE. Cette déclaration a aussitôt déclenché la guerre civile au sein du Parti conservateur.

Dans les heures qui ont suivi, différents dirigeants du Parti conservateur ont commencé à se donner des coups, comme si des décennies d’amertume éclataient soudainement.

Dès le lendemain, six ministres  - dont Michael Grove et Boris Johnson, le maire de Londres – ainsi qu’une bonne majorité de députés conservateurs se sont déclarés pour la sortie de l’UE. Les bonnes intentions initiales - mener un débat « civilisé » - ont fait long feu et les attaques personnelles ont commencé. Au Parlement, Cameron a ridiculisé Boris Johnson, l’accusant de manœuvrer à son propre profit. Une suggestion scandaleuse, évidemment ! Du fait de l’incertitude de la situation politique, la livre s’est dépréciée sur les marchés financiers.

La politique britannique est en train de changer sous nos yeux. Une recomposition est en train de se produire entre le Parti pour l’Indépendance du Royaume-Uni (UKIP) et la droite xénophobe du Parti conservateur, avec George Galloway (8) en invité surprise. Cependant, une chose est claire depuis le début et pouvait facilement être prévue : cette campagne ne sera pas un débat sur la nature de l’UE et le rôle qu’elle joue. Ce sera un festival réactionnaire où tous les groupes hostiles à l’UE vont se livrer une compétition acharnée pour savoir qui sera le plus hostile aux migrants et aux demandeurs d’asile !

Cameron est en compétition avec la droite du Parti conservateur et l’UKIP pour jouer la carte du racisme le plus efficacement possible. En même temps qu’il annonçait la date du référendum, il a déclaré : « nous devons en finir avec cette société où l’on accorde des droits en échange de rien du tout ». Ce qui signifie en langage codé : « il faut empêcher les étrangers de venir ici pour vivre en parasites grâce à nos allocations ».

Le Parti travailliste est nettement plus uni, puisque seulement six députés se sont prononcés pour la sortie. Dès l’annonce du référendum, Jeremy Corbyn a déclaré que le Parti travailliste appellerait à voter pour rester dans l’UE. Il a ajouté que cela ne signifiait nullement qu’il soutenait Cameron même si, à cette occasion, il sera dans le même camp pour le vote. Il a vigoureusement dénoncé les réformes de Cameron qui suppriment les allocations pour les enfants et les travailleurs.

Corbyn a affirmé que le référendum de Cameron n’avait rien à voir avec la recherche de ce qui serait le mieux pour le peuple britannique et tout à voir avec les guerres intestines au sein du Parti conservateur. Corbyn ne partage pas non plus la même vision de l’Europe que Cameron. Là où ce dernier veut une Europe néo-libérale, Corbyn revendique une Europe sociale, une Europe des peuples. Ce qui contraste tout à fait avec l’intervention de Ed Milliband (9) aux Communes, défendant simplement des arguments en faveur de l’UE.

Racines historiques

L’état de guerre actuel au sein du Parti conservateur a des racines historiques et reflète des divisions stratégiques sur la place de la Grande-Bretagne dans le monde : européisme ou atlantisme. C’est là quelque chose qui les travaille et qui les a violemment divisés depuis 40 ans.

Michael Heseltine (10) s’est rendu célèbre en quittant le gouvernement Thatcher en 1986, après l’achat d’hélicoptères américains plutôt qu’européens. Heseltine et l’aile pro-européenne du Parti conservateur lorgnait vers le marché européen alors que Thatcher, en dépit de sa signature de l’Acte unique européen, regardait de l’autre côté de l’Atlantique, en direction des  Etats-Unis et du marché mondial.

Cependant, pour Cameron, la question est moins la place stratégique du capitalisme britannique que celle de la gestion interne du Parti conservateur et de la promesse faite aux électeurs de l’UKIP lors d’une élection qu’il n’espérait pas gagner.

La démocratie du référendum

Le scrutin lui-même – tel qu’il est défini par le décret référendaire – est profondément antidémocratique, pour deux raisons principales.

D’abord, il exclut plus de deux millions de citoyens qui vivent au Royaume-Uni. En Grande-Bretagne, les citoyens européens ont le droit de vote lors de sélections locales et des élections européennes. C’est une question très importante, surtout à Londres où vit le quart de ces gens qui vont être privés du droit de vote à cette occasion. Il s’agit plus d’une concession à la droite conservatrice, afin de prévenir toute révolte à ce sujet, qu’un souhait personnel de Cameron.

Lors du référendum écossais, tous ceux qui vivaient en Ecosse avaient le droit de vote, de même d’ailleurs que les 16-17 ans qui sont également exclus du référendum sur l’Union européenne. Mais, bien sûr, en Ecosse, donner le droit de vote à tout le monde cadrait avec le résultat voulu par Cameron…

Le Parti national écossais (SNP) s’est violemment opposé à ces exclusions alors que le Parti travailliste les a approuvées, modifiant  ainsi sa position sur le décret référendaire et le votant.

L’autre question à propos de laquelle le SNP a manifesté une forte opposition est que le référendum va se dérouler à l’échelle de toute la Grande-Bretagne, ce qui pourrait conduire à la sortie de l’UE de l’Ecosse et du Pays de Galles, contre leur volonté. Nicola Sturgeon (11) a complètement raison de demander des scrutins séparés pour les quatre nations qui composent la Grande-Bretagne. Elle a aussi mis en garde : un vote « Non » déclencherait un second référendum sur l’indépendance de l’Ecosse.

La nature de l’Union européenne ?

Depuis longtemps, Socialist Resistance défend l’idée que l’Union européenne est une institution néolibérale, réactionnaire et anti-ouvrière. Par principe, nous sommes partisans de sortir de l’UE.

La nature de l’UE est déterminée par le Traité de Maastricht de 1992 (avec la monnaie unique) et le Traité de Nice de 2001. Elle a été conçue comme une autorité supranationale chargée de s’assurer que les Etats membres se soumettent bien au néolibéralisme afin d’augmenter le taux d’exploitation et d’être plus compétitifs sur le marché mondial.

Le visage le plus authentique de l’Union européenne s’est révélé en Grèce, avec la Troika, ce mécanisme tripartite de mise en œuvre - composé de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne (BCE) et du FMI – qui a utilisé la Grèce comme terrain d’expérimentation de mesures néolibérales extrêmes. Elle a imposé la paupérisation de la classe ouvrière grecque, pour la première fois depuis la Première guerre mondiale. Ce qui est tout à fait cohérent avec le rôle de l’Union européenne sous le régime du Traité de Maastricht et de la monnaie unique.

Et puis, il y a la question démocratique. Dans l’UE, le pouvoir réside dans les mains du Conseil des Ministres et de la Commission, qui ni l’un ni l’autre ne sont des instances élues et qui sont dominées par les pays les plus importants et les plus puissants. Tout cela signifie qu’une réforme interne est impossible.

Comment voter ?

Malgré tout ce qui vient d’être dit, dans ce référendum, nous appelons à voter pour rester dans l’UE. Cela peut sembler « contre intuitif », mais c’est nécessaire. Il y a de nombreuses raisons à cela.

La campagne elle-même va être un festival de racisme et de xénophobie. Elle participera à la montée du racisme et du sentiment d’hostilité aux migrants, en Grande-Bretagne et dans toute l’Europe.

Le référendum est une initiative de la droite. Il est partie prenante de l’ordre du jour de la droite : il ne peut pas déboucher sur une sortie de l’Union européenne qui renforcerait le mouvement ouvrier. Lorsque Tony Blair a proposé en 2004 un référendum (qui n’a pas eu lieu), nous étions en faveur de la sortie. Aujourd’hui, avec la montée de l’UKIP, ainsi que celle du racisme et de la xénophobie à travers toute l’Europe, le problème est tout à fait différent.

Un vote pour la sortie, aujourd’hui et dans ces conditions, ne pourrait que renforcer la droite conservatrice et l’UKIP et pourrait même provoquer une recomposition dangereuse entre eux. Ce vote serait interprété comme un mandat donné pour prendre de nouvelles mesures de restrictions sur l’immigration, et pas seulement celle venue de l’UE. Il placerait aussi en situation difficile et vulnérable les citoyens de l’Union européenne vivant en Grande-Bretagne.

A travers l’Institut des Affaires Economiques (qui défend le « marché libre »), la droite du Parti conservateur a déjà publié les scénarios que devrait suivre un gouvernement conservateur après la sortie de l’UE. Ces scénarios impliquent un réalignement de l’Etat britannique avec les autres principales composantes réactionnaires de ces clubs de patrons internationaux que sont l’Organisation mondiale du commerce, l’OTAN, la zone de libre-échange européenne, l’union douanière européenne et la zone économique européenne.

Les Conservateurs  - ou tout autre gouvernement de droite qui résulterait d’un vote pour la sortie – aboliraient la Directive sur le Temps de Travail qui limite (quoique de façon insatisfaisante) les horaires des travailleurs ; ils annuleraient également les restrictions de l’Union européenne sur les OGM, comme premières étapes d’une longue série de mesures réactionnaires. Des Accords de Libre-échange réactionnaires seraient négociés et il est même proposé que le Royaume-Uni ait la possibilité de signer sa propre version du Partenariat transatlantique sur le commerce et l’investissement ou même de se joindre aux Etats-Unis dans le cadre de l’Accord de Libre-échange nord-américain.

De toute manière, définir l’Union européenne comme une institution réactionnaire et anti-ouvrière n’implique pas d’être obligés de voter pour la sortie quelles que soient les circonstances et quelles que soient les conséquences. Nous devons être guidés par ce qui sert le mieux les intérêts de la classe ouvrière en créant les meilleures conditions pour construire la riposte contre l’austérité et remporter quelques victoires tellement nécessaires. Il ne s’agit pas non plus de refermer ce dossier ; cela ne signifie pas non plus que nous renonçons à voter pour la sortie, dans d’autres conditions où cela renforcerait les combats de la classe ouvrière.

Malheureusement, les conditions d’une campagne pour la sortie, progressiste et crédible, - par exemple, sur la base d’une orientation politique socialiste et ouvrière, avec des forces significatives – n’existent pas aujourd’hui en Grande-Bretagne.

Lors des précédentes confrontations au sujet de l’Union européenne – par exemple, le traité de Maastricht et la monnaie unique dans les années 90 – il était possible de participer à une campagne de gauche large, pour le « Non », basée plus ou moins sur des principes socialistes et ouvriers et représentant quelque chose de significatif. Cela n’impliquait ni alliance ni « intérêt national » commun aux travailleurs britanniques et au capital « britannique » : il était possible, tout en résistant aux ambitions globales du Capital, de résister aussi aux fausses conceptions d’un intérêt commun baptisé « souveraineté » britannique.

Aujourd’hui, nous avons besoin d’une approche de l’Union Européenne qui soit internationaliste et non pas nationaliste : une  approche qui soit basée sur la résistance au renforcement du capital britannique, européen et multinational, la résistance à l’austérité et l’opposition aux barrières racistes contre la circulation des migrants. Nous avons besoin d’une alliance non pas avec le Capital britannique ou avec les extrémistes de l’UKIP, mais avec les travailleurs, les organisations ouvrières et les partis politiques d’Europe et au-delà. Et nous avons besoin de revivifier et de renforcer les organisations socialistes et ouvrières en Grande-Bretagne pour s’assurer que nous avons la base suffisante pour nous opposer à l’austérité que l’on nous impose comme on l’impose dans d’autres pays.

La campagne « Une autre Europe est possible » est ce qui se rapproche le plus de ce modèle. Nous sommes tout à fait d’accord avec sa décision de mettre l’accent sur la nécessité de défendre les droits des migrants et de combattre le racisme. Nous pensons cependant que sa critique de l’Union européenne actuelle, à la fois en termes de démocratie et de niveau de vie des classes populaires attaqué par la marche à l’austérité, pourrait être plus tranchante. Mais nous avons constaté que la lettre de soutien à cette campagne publiée dans le Guardian était plus offensive sur ces questions que la déclaration initiale et que cela constituait un pas en avant.

Publié initialement sur le site de Socialist Resistance : socialistresistance.org/8127/eu-referendum-for-a-critical-in-vote-against-racism

Document 3

Référendum sur l’Union européenne : votez pour la sortie… des Conservateurs !

Socialist Party

Le référendum du 23 juin ne concerne pas seulement l’Union européenne : c’est aussi l’occasion de sanctionner Cameron et son gouvernement pourri.

Un vote « pour la sortie » serait un coup mortel pour ce gouvernement. Il pourrait conduire à l’organisation de nouvelles élections législatives et à l’éviction du pouvoir de ces Conservateurs tellement détestés. C’est pourquoi il est si important de voter « pour la sortie ».

Dans cette bataille entre partisans et adversaires de l’UE, Cameron a mis en jeu son sort politique et celui des autres ministres qui sont dans le camp du « maintien », dont George Osborne et Theresa May. Même s’ils gagnent le scrutin, si c’est avec une faible marge, leur autorité sera sévèrement atteinte. En plus, quel que soit le résultat, le Parti conservateur sera déchiré par un combat interne à grande échelle.

Avec l’annonce du référendum, personne ne prend plus de gants. Le maire conservateur de Londres, Boris Johnson a rallié le camp de la « sortie », ce qui constitue une sérieuse rebuffade et un échec pour Cameron. Une majorité écrasante de la base du Parti conservateur souhaite la « sortie », de même que 120 députés conservateurs, un chiffre très proche des 129 qui seraient favorable au « maintien » dans l’UE, selon le Daily Mirror.

Que Jeremy Corbyn et le Parti travailliste soutiennent le vote pour rester dans l’UE est erroné. C’est une faute politique sérieuse qui pourrait conduire accidentellement à sauver la mise à un gouvernement conservateur pourtant dans les cordes. Ils doivent modifier leur position et aider à faire chuter Cameron afin qu’une nouvelle élection législative soit organisée.

Au cours de cette campagne qui va durer quatre mois, Cameron va multiplier les obstacles et réclamer un soutien plus affiré de la part des gouvernements de la planète, depuis les Etats-Unis jusqu’à la Chine.

Des deux côtés de la polémique, les politiciens capitalistes agitent les peurs et les menaces et on atteindra bientôt un pic de fièvre. Par exemple, le spectre d’une plus grande vulnérabilité au terrorisme sera mise en avant par des ministres comme Iain Duncan Smith et Michael Grove si la Grande-Bretagne devait rester dans l’UE… et par Cameron dans le cas où elle sortirait. Mais tous ceux-là soutiennent les bombardements de l’Irak et de la Syrie qui nourrissent the scourge of terrorism.

Les travailleurs n’ont aucun intérêt commun avec les politiciens de droite, partisans du grand capital et des coupes budgétaires, qu’ils soient favorables ou hostiles à l’appartenance à l’UE. Tout en prenant ses distances avec kes positions nationalistes et pro-capitalistes des Conservateurs anti-UE et de l’UKIP, le mouvement ouvrier a besoin de faire entendre sa propre voix contre l’UE au cours de ce référendum, de s’opposer à ce club des patrons qu’est l’UE et de lutter pour les intérêts des gens ordinaires, en Grande-Bretagne et dans toute l’Europe.

Alarme pour les capitalistes

Alors que la crainte de voir leurs intérêts sapés par un Brexit grandit parmi de nombreux capitalistes, Cameron recherche désespérément des concessions de dernière minute de la part de Bruxelles pour alimenter le vote pour rester dans l’UE. Mais cette posture politique et les arrangements très limités qu’il a obtenu des 27 autres dirigeants de l’UE ne modifient que très peu les lignes de la bataille.

Ila  obtenu une accord partiel sur la baisse des allocations des travailleurs venus des pays d el’UE et qui travaillent en Grande-Bretagne. Il prétend qu’il a obtenu que le Royaume-Uni ait un « statut spécial » les futurs traités européens, en plus des dérogations qui existent déjà.

Mais, il se dit que la Chancelière allemande, Angela Merkel, a prévenu Cameron que de telles exemptions pour la Grande-Bretagne lors des futurs traités pourraient bien ne jamais se produire en pratique.

Et le Ministre des Affaires Etrangères français, Jean-Marc Ayrault a réaffirmé : « Il n’y aura aucune révision des traités, aucun droit de veto du Royaume-Uni sur le renforcement de la zone euro ni aucune remise en cause du principe de libre circulation ».

De toute manière, le référendum ne va pas se focaliser principalement sur l’accord obtenu par Cameron, mais sur l’UE prise comme un tout. A travers toute l’Europe, les tensions entre les classes dominantes sont autrement plus importantes que les exemptions recherchées par le gouvernement du Royaume-Uni. L’économie des 19 pays de la zone euro est en stagnation, malgré des prix de l’énergie bas, un taux d’intérêt négatif et un plan de relance monétaire massif de la Banque Centrale Européenne.

Cette impasse a conduit à une augmentation du nationalisme et de la division à propos des mesures d’austérité brutale que l’UE a tenté de mettre en œuvre et, plus récemment, l’énorme crise des réfugiés, parmi de nombreuses autres questions. Loin d’être un outil pour accroître les drois des travailleurs comme le prétendent de nombreux dirigeants du Parti travailliste ou des syndicats, l’Union européenne est de plus en plus un appareil dédié à imposer une austérité vicieuse qui détruit les services publics et accroît le chômage comme peuvent en témoigner les peuples de pays comme la Grèce, l’Espagne ou le Portugal.

Les règles de l’Union européenne sont que toutes les allocations dont bénéficient les gens ordinaires doivent concourir à dégager le terrain pour le grand Capital plutôt qu’à améliorer leurs vies. Cela inclut la libéralisation par l’UE de la législation du travail qui a aidé les patrons à imposer une course au nivellement par le bas en ce qui concerne les salaires et les conditions de travail, et non à favoriser les intérêts de stravailleurs ou à accroître le niveau de vie.

Les avantages dérivés constituent un écran de fumée pour cacher au mieux le fait que les politiques de l’UE sont conçues pour les intérêts des grandes entreprises, pour s’opposer à la propriété publique dans l’industrie et les services, pour s’opposer aux accords collectifs avec les syndicats, à la régulation et aux autres interventions des états.

Cependant, les économies européennes n’ont pas été capables – et ne seront pas capables – de dépasser les limites du développement de la production capitaliste sur la base de la propriété privée dans le cadre des états nationaux ; et, au même moment, elles sont confrontées à l’obstacle incontouRnable d’une économie mondiale qui, partout, souffre de surcapacités.

Corbyn et le GMB

Jeremy Corbyn et les autres dirigeants de gauche ont eu tort de céder à la pression de l’aile droite du Parti travailliste et aux arguments qui affirment que l’UE est avantageuse pour les travailleurs et qui justifient ainsi de voter pour rester dans l’UE. L’une des conséquences de cette erreur est que leur campagne pour le référendum va accroître les chances d’une victoire de Cameron et de la poursuite de l’austérité par les Conservateurs.

De la même manière, les dirigeants syndicaux ont eu tort de rechercher dans « l’Europe sociale » un moyen de contrecarrer les attaques anti-syndicales et anti-ouvrières d’un gouvernement de droite comme celui de Cameron. Un futur gouvernement britannique élu sur la base du programme anti-austérité que Corbyn a défendu lors de son élection comme dirigeant du Parti travailliste serait confronté très rapidement à la nature anti-ouvrière de l’Union européenne.

La fédération syndicale GMB a publié un communiqué de presse affirmant son soutien au maintien dans l’UE. Ses développements indiquent que l’exploitation par les multinationales « peut être totalement stoppée. Pas en votant pour quitter l’UE, mais en revendiquant un retour à une vision de l’Europe sociale ». Mais à qui cette revendication s’adresserait-elle et comment pourrait-elle être satisfaite ? Au sein de l’UE, il n’y a quasiment aucun mécanisme démocratique impliquant d’avoir des comptes à rendre… Les décisiosn sont prises par le Conseil européen qui est composé des chefs de gouvernements des 28 pays et par la Commission européenne qui est nettement plus cooptée qu’élue. Le Parlement européen élu avec ses 751 députés est pratiquement sans aucun pouvoir.

Plutôt que d’entreprendre un combat avec l’objectif futile de « démocratiser » l’UE, la position de la classe ouvrière de toute l’Europe s’oriente de plus en plus dans le rejet et la sortie de cette institution distante, bureaucratique et qui n’a de comptes à rendre à personne.

Comme l’a écrit Andrew Rawnsley dans le Sunday Observer, les positions en présence sont rtrès éloignées de ce qu’elles étaient lors que les politiciens gouvernementaux ont gagné le référendum de 1975 sur l’Europe : « Une bonne partie de l’ancienne déférence vis-à-vis des ‘autorités constituées’ s’est évaporée. Nous sommes à l’époque de la colère, profonde et largement répandue, dirigée contre l’establishment ». Il ajoutait : « Ce référendum peut être un bâton avec lequel administrer une correction réjouissante à l’élite politique ». 

Selon le Financial Times, des politiciens partisans de l’Europe hésitent à agiter le spectre d’un effet domino en cas de Brexit – c’est-à-dire une désintégration rapide de l’Union européenne – de peur que cette idée ne pousse les gens à voter pour qu’elle se réalise !

Des postures politiques

« Des mensonges, de foutus mensonges… et des statistiques » : ce vieux dicton va connaître une nouvelle heure de gloire au cours des quatre prochains mois. La première disgrâce dans ce domaine est la manière dont certains Conservateurs anti-UE font semblant de s’intéresser aux gens victimes de l’austérité. Par exemple, Gove qui, en tant que secrétaire à l’Education, était particulièrement détesté par les enseignants pour avoir accéléré les privatisations et attaqué leurs salaires et leurs conditions de travail, a déclaré cette semaine en défense de la sortie de l’UE : « Qui que ce soit qui soit au pouvoir à Londres, il ne peut soutenir une entreprise sidérurgique en cas de difficultés, ni construire les logements dont on a besoin, quand on en a besoin ». Ou encore : « l’euro a créé une situation de misère économique pour les gens les plus pauvres d’Europe ».

La seule manière de dévoiler et de contredire cette monstrueuse duplicité, c’est de construire une campagne indépendante, basée sur la classe ouvrière, contre l’Union européenne capitaliste et de se donner les moyens d’une couverture médiatique de cette campagne.

Tout en appelant à voter « pour la sortie », le Parti socialiste reconnaît que, pour la classe ouvrière comme pour les classes moyennes, ni la sortie de la Grande-Bretagne de l’UE ni son maintien dans l’UE ne constituent une solution. Et il en va de même pour les autres peuples d’Europe.

Seules la solidarité internationale des travailleurs avec les combats des autres et la lutte pour une confédération démocratique et socialiste à l’échelle du continent peuvent créer les fondements de sociétés qui transformeront les vies de l’écrasante majorité de la population.

Publié initialement sur le site du Socialist Party : www.socialistparty.org.uk/articles/22262

Notes :

(1) On peut trouver des informations sur l’argumentation développée et sur les initiateurs de la campagne sur son site : www.anothereurope.org

(2) www.counterfire.org/articles/opinion/18201-why-anti-capitalists-should-be-anti-eu

(3) socialistresistance.org/8127/eu-referendum-for-a-critical-in-vote-against-racism

(4) www.socialistparty.org.uk/articles/22262

(5) Michael Grove est une personnalité du Parti conservateur, secrétaire d’Etat à l’Education lors du gouvernement de coalition entre Conservateurs et Libéraux Démocrates ( 2010 -2015), actuellement secrétaire d’Etat à la Justice.

Boris Johnson est le maire (conservateur) de Londres depuis mai 2008.

Autre personnalité du Parti conservateur, Iain Duncan Smith a été Secrétaire d’Etat au Travail et aux retraités lors du gouvernement de coalition.

Tous trois viennent de prendre position pour la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne.

(6) Theresa May est une dirigeante du Parti conservateur, dont le modèle est Margaret Thatcher. Elle a été Ministre de l’Intérieur lors du précédent gouvernement de coalition.

Dans ce même gouvernement, Jeremy Hunt a d’abord été ministre responsable des Jeux Olympiques, puis secrétaire d’Etat à la santé où ses contre-réformes sont notamment à l’origine d’un conflit récurrent avec les internes en médecine.

Philip Hammond  est Secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères dans le gouvernement Cameron.

Depuis 2010, George Osborne est le Ministre des Finances des gouvernements successifs dirigés par David Cameron.

Toutes ces personnalités de la direction du parti conservateur se sont prononcées pour le maintien de la Grande-Bretagne dans l’Union européenne.

(7) Organisation d’origine maoïste, le Parti socialiste est de loin la principale organisation de la gauche radicale néerlandaise. Le Parti socialiste n’est pas membre du Parti de la Gauche européenne mais, au Parlement européen, ses élus siègent au groupe parlementaire de la Gauche unitaire européenne / Gauche verte nordique (GUE/NL).

(8) Dans les années 2000, George Galloway a joué un rôle important comme l’un des porte-parole de Respect, une coalition de gauche radicale née dans la foulée des mobilisations contre la participation de la Grande-Bretagne à la guerre en Irak.

 (9) Ed Milliband dirigeait le Parti travailliste jusqu’à sa démission après l’échec électoral de ce parti en mai 2015. C’est à la suite de cette démission que Jeremy Corbyn a été élu leader du Parti travailliste.

(10) Membre de la direction du Parti conservateur dans les années 80, Michael Heseltine a été l’un des artisans de la chute de Margaret Thatcher.

(11) Leader du Parti national écossais (SNP) depuis novembre 2014, Nicola Sturgeon est aussi Premier ministre d’Ecosse.

 

Article