Regarder la menace en face

« L’affaire Andréa Kotarac », ancien responsable « jeunes » du PG et élu régional France insoumise, est une opération réalisée au seul bénéfice du Rassemblement national de Marine Le Pen. C'est un coup sévère porté non seulement contre La France insoumise, mais contre toute la gauche.

Elle offre l'occasion de relancer le thème habituel d'une prétendue conjonction des « extrêmes ». Insultant pour les membres de La France insoumise et aussi de la gauche radicale, cette propagande est malgré tout facile à combattre tant les oppositions avec l'extrême droite sont évidentes. Plus dangereux  le fait qu'Andréa Kotarac, relayé par Marine Le Pen, justifie son ralliement au Rassemblement national au nom de références à ce qu'il dit être des fondamentaux politiques de Jean-Luc Mélenchon et de La France insoumise. Cela tant dans le domaine international que pour les élections européennes.

Dans le domaine international, il évoque la question des relations avec la Russie et des orientations souverainistes et nationalistes.

A propos des élections européennes, il interprète le thème du « référendum anti-Macron » comme devant conduire, pour battre Macron, à voter pour la liste Rassemblement national.

Pour Andréa Kotarac il s'agit de l'aboutissement d'un processus visiblement ancien, marqué en avril 2019 par sa participation à la réunion de Yalta en Crimée (*), et qui se concrétise aujourd'hui  par cette décision de soutenir le Rassemblement national, dont découlent ses démissions de La France insoumise, de son mandat d'élu régional et son exclusion du PG.

Ce positionnement doit être dénoncé pour ce qu'il est : un reniement des valeurs fondamentales de la gauche et une dérive politique d'une extrême gravité. Et l'alarme doit être prise au sérieux. Elle confirme la gravité de la menace que représente le Rassemblement national, dont on voit qu'il est en capacité de développer son influence y compris dans certains secteurs de gauche.

La vigilance nécessaire à cet égard appelle une réflexion de la gauche et de ses diverses composantes. Quelle convergence des luttes, quelle unité populaire pour favoriser l'émergence d'un front social, écologique et politique riche de sa diversité, ce dont ne peut rendre compte un clivage réducteur «  peuple/élites » ? Quelles conception et pratique de la souveraineté populaire et de l'internationalisme à opposer au nationalisme souverainiste en France, en Europe, dans le monde ? Pour une gauche digne de ce nom, que signifie revivifier le clivage gauche/droite  dans le contexte de crise de la représentation et de panne du projet d'émancipation ?

Ce sont quelques unes des questions qui appellent un travail de fond pour clarifier des problématiques déterminantes pour le devenir de la gauche, pour ses interventions, pour son combat spécifique contre l'extrême-droite. 

Laurence Boffet, Pierre Cours-Salies, Armand Creus, Michelle Ernis, Jean-Claude Mamet, Roland Mérieux, Jean-François Pellissier, Cécile Silhouette, Francis Sitel

(*) : A Yalta, dans la Crimée annexée par la Russie, s'est tenue une conférence internationale organisée par Poutine, à laquelle ont parmi d'autres participé Thierry Mariani et Marion Maréchal Le Pen...

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