Remaniement : le temps des choix à gauche

Le Président de la République et le Premier Ministre, après le désastre électoral des élections départementales, ont confirmé ce qu’ils avaient déjà annoncé : il n’y aura pas de changement de cap. La politique engagée va se poursuivre et s’amplifier avec l’annonce d’une « loi Macron 2 » destinée à réformer le marché du travail et à répondre à une série de propositions du MEDEF. Bien que le Parti Socialiste soit engagé, comme le constate le sociologue Rémi Lefevre, dans une « irrésistible auto destruction » (Le Monde du 1er avril), François Hollande et Manuel Valls gardent la capacité, en s’appuyant sur les institutions de la Vème République, de polariser le champ politique à gauche avec la perspective d’un remaniement gouvernemental. Cette question confronte les forces, essentiellement Europe Écologie et les « Frondeurs » du PS, qui se considéraient comme partie prenante de la majorité parlementaire mais fortement critiques de la politique menée, à un choix incontournable. Et derrière la question de la participation gouvernementale est posé en filigrane le ralliement au Parti Socialiste face à la menace du Front National dans les prochaines échéances électorales.

Dans cette situation, différents choix et différentes attitudes sont possibles. Une première option consiste à proposer une reconfiguration de la majorité parlementaire actuelle, à travers un nouveau « contrat de gouvernement » en mettant en débat un certain nombre d’inflexions de la politique gouvernementale. C’est la démarche proposée par le collectif « Vive la gauche » dans un document rendu public le soir du deuxième tour des élections départementales. C’est aussi une démarche similaire que défend la secrétaire générale d’Europe Écologie Emmanuelle Cosse. Des propositions intéressantes peuvent ainsi être mises dans le débat public mais l’impact est d’autant plus limité qu’il n’y a aucun doute que la cohérence de la politique gouvernementale ne va pas changer. Le risque est d’attendre sans cesse un changement de cap qui ne viendra pas au prix de sa propre paralysie.

Une autre démarche existe pour rendre possible de nouvelles avancées sociales et démocratiques et ouvrir à nouveau le débat à gauche. Elle passe par la construction d’un rassemblement de toutes les forces de gauche et écologistes, ouvert aux citoyens, permettant l’implication populaire, pour faire émerger une alternative à la politique de Valls et de Hollande. C’est ce à quoi essaient de contribuer l’appel des Chantiers d’Espoir dont plusieurs dizaines de réunions publiques auront lieu à partir du 11 avril. C’est également ce qui a commencé à se manifester à travers les candidatures communes aux élections départementales rassemblant le Front de Gauche, Europe Ecologie, Nouvelle Donne, des socialistes en rupture, des forces citoyennes… Ces premiers jalons sont encore peu visibles mais ils constituent des points d’appuis pour faire émerger une alternative de gauche capable de redonner espoir à ceux qui se sont détournés de la gauche, ceux qui s’abstiennent et qui n’y croient plus. Ceux-là constituent l’enjeu essentiel pour le redéveloppement des idées de gauche dans le pays. Et ce n’est pas l’alignement derrière François Hollande et Manuel Valls qui peut le convaincre. Au contraire, cela ne ferait qu’accroître leur nombre.

De ce point de vue, lorsque Cécile Duflot attaque Jean Luc Mélenchon et le Front de Gauche dans une interview au journal Le Monde du 31 mars 2015 en disant qu’il ne s’agit pas de faire régner la « guerre à gauche », elle présente une vision réductrice du problème auquel nous sommes confrontés. Bien au contraire, l’enjeu essentiel dans la période actuelle est de rassembler, sans cesse de nouvelles forces, sans qu’on puisse pronostiquer par avance l’ampleur des évolutions possibles. Le rassemblement s’est toujours fait sur la base d’un projet partagé en positif et pas d’une auto critique ni d’un ralliement à d’autres (le Front de Gauche lui-même s’était constitué de cette façon…). Personne n’avait prévu l’émergence des « Frondeurs » au sein du Parti Socialiste. Qui peut prédire comment chacun aura évolué dans les prochains mois ? Le Front de Gauche a longtemps critiqué la position « abstentionniste » des Frondeurs sur le vote des budgets d’austérité en réclamant des « actes » réels. L’opposition ferme à la Loi Macron qui a poussé l’exécutif à l’usage du 49.3 et provoqué une mini crise politique démontre que l’histoire n’est pas écrite par avance. Et l’existence d’une alternative qui défende une autre voix est essentielle pour rendre possible et favoriser les évolutions et les ruptures.

Bien sûr l’opposition aux politiques actuelles ne suffit pour faire émerger un nouveau projet porteur d’espoir. Mais il faut également prendre la mesure du besoin d’innovation stratégique pour rendre possible de véritables dynamiques populaires et de l’urgence de s’engager concrètement dans ce travail de construction politique nouvelle. Les vieilles formules « d’union de la gauche » ont fait leur temps. Croire que toute la gauche, de Manuel Valls au Front de Gauche, pourrait se rassembler sur une politique de rupture conduit à une impasse. C’est une sous-estimation évidente du caractère inconciliable des orientations qui traversent la gauche. Il n’y aura pas de retour en arrière à « la gauche d’avant ». La gauche n’est pas morte, mais elle est à reconstruire.

François Calaret

 

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