Requiem pour le Parti socialiste

Le score de Benoît Hamon enfonce un des derniers clous sur le cercueil du PS, puni à l’issue d’une campagne qui aura été l’aboutissement de ses compromissions, de ses incohérences et de son incapacité finale à incarner un espoir à gauche.

Avec 6,36 % et un peu moins de 2,3 millions de voix, le Parti socialiste et son candidat à l’élection présidentielle viennent de connaître un terrible naufrage. Benoît Hamon ne franchit la barre des 10 % dans aucune des treize régions françaises métropolitaines et obtient même moins de 5 % dans trois d’entre elles : Corse, Nouvelle Aquitaine et PACA.

Le PS, tel qu’il s’est construit au congrès d’Épinay en 1971, a vécu, agonisé et est désormais en état de mort clinique. Certes, parmi les nombreux docteurs à son chevet, nul ne semble prêt à le débrancher et on ne trouvera aucun médecin légiste pour signer l’acte de décès – enfin, pas encore, pas avant les élections législatives.

Une campagne sans objet
Les erreurs et malheurs de la campagne de Benoît Hamon furent nombreux, s’apparentant même à une forme de supplice chinois avec son petit filet de trahisons quotidiennes. Incapable de comprendre le rejet des partis, le candidat socialiste s’est, de surcroît, engagé dans une interminable négociation avec EELV – démontrant au passage que un plus un, cela pouvait faire un demi. Mais, fondamentalement, là n’était pas son principal handicap. En réalité, sa campagne n’avait pas d’objet et il n’existait pas de fonction au vote Hamon.

Pris en tenaille entre la candidature d’Emmanuel Macron et celle de Jean-Luc Mélenchon, celui-ci n’avait pas d’espace politique. Le premier incarne la poursuite aggravée du quinquennat Hollande, la possibilité de préserver le système en l’état, mais il a été perçu par une partie significative de l’électorat socialiste comme une hypothèse acceptable pour éviter un affrontement Fillon-Le Pen au second tour. Jean-Luc Mélenchon a pour sa part su incarner le rejet, à gauche, de la politique gouvernementale, tout en traçant un chemin de reconquête de l’électorat populaire et une perspective émancipatrice pour la jeunesse. Ne restait pas grand-chose, si ce n’est un reliquat de socialistes légitimistes et d’électeurs de gauche hostiles à Mélenchon.

La vengeance du vote utile
Pour battre la droite, pour être au second tour, pour être au plus haut au premier tour, les socialistes en avaient usé et abusé, jusqu’à la corde, de cet appel au vote utile. Exsangue d’un point de vue militant, réduit à peau de chagrin pour ce qui est des élus, sans idée et sans base sociale, il ne restait plus au PS que cet argument tant ressassé pour survivre. Avec un candidat passé sous la barre des 10 % dans les sondages, l’argument s’est retourné comme un gant, jouant contre le candidat socialiste. Lui qui, au début du mois de mars, se vantait de sa prétendue centralité pour expliquer qu’il pouvait être LE candidat de toute la gauche, s’est débattu un peu piteusement dans les dernières semaines en invoquant le "vote de conviction".

Le tandem Valls-Hollande souhaitait détruire la gauche française pour refaçonner une organisation politique de type parti démocrate à l’américaine, ils n’auront au final que dissous sans gloire leur propre parti. La gauche est bien vivante et, contre toute attente, a été à deux doigts de se qualifier pour le second tour.

Un entre-deux qui risque d’être un nulle part
Le Parti socialiste, tétanisé, espère encore vaguement sauver les meubles aux législatives. Rien n’est moins sûr. Fragilisé par un score catastrophique à l’élection présidentielle, affaibli par les multiples défaites électorales du quinquennat – qui ont lourdement grevé son trésor d’élus locaux –, le PS est affecté en profondeur dans sa capacité à encadrer son électorat traditionnel. Emmanuel Macron ayant, pour l’instant au moins, sèchement fermé la porte aux tenants d’une majorité gouvernementale avec lui, le PS se retrouve contraint à une politique d’autonomie. En son sein, et jusqu’à juin, se met donc en place une forme de synthèse, avec comme première victime, la cohérence politique.

En effet, pour ne fâcher personne, la "plateforme législative" ne devrait ni soutenir Macron, ni s’affronter à lui : un entre-deux qui risque bien d’être un nulle part. Après les législatives, la question du vote de confiance devrait mettre à rude épreuve l’unité de façade des socialistes. Y aura-t-il des ruptures ou bien s’agira-t-il de préparer le prochain congrès ? Il est encore trop tôt pour le dire. Mais nullement assuré d’une réélection dans sa circonscription de Trappes, Benoît Hamon semble échafauder un plan B. Il se murmure dans les couloirs de Solferino que l’ex candidat socialiste se verrait bien candidat aux sénatoriales de septembre en cas d’échec en juin. Au moins, avec les socialistes, on est toujours déçu.

Guillaume Liégard. Publié sur le site de Regards.

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