Résolution sur la situation au Moyen Orient, Conseil national des 27 et 28 septembre 2014

 

1- La France est en première ligne de la Coalition mise sur pied par les Etats-Unis, qui rassemble les puissances impérialistes occidentales et des régimes autoritaires de la région. L'objectif de celle-ci est de faire face à l'offensive dudit  État Islamique, entité sectaire, fondamentaliste et violente. Lequel après la conquête de Mossoul menaçait Bagdad et le Kurdistan irakien et syrien.

Il ne s'agit pas seulement d'un nouvel épisode des conflits antérieurs.

D’une part, la crise internationale provoquée par cette émergence de « l’État Islamique »,  qui représente un danger majeur pour de nombreux peuples de la région, en effet est bien la dernière phase d’une chaîne de crises produites par les interventions impérialistes au Proche-Orient, notamment l’invasion de l’Irak sous commandement états-unien. La situation actuelle est le symptôme de la faillite du système politique mis en place suite à l’invasion de l’Irak. Les forfaits de l’armée irakienne, qui à Mossoul avant sa prise par l'EI se comportait  comme une force d’occupation , en sont un symbole parmi d’autres. La logique impérialiste porte la reproduction  de la logique confessionnelle tout en brutalisant les sociétés. Cette logique impérialiste occidentale s’articule avec les stratégies de domination des puissances régionales et de leurs régimes autoritaires. Ainsi, l’EI a également bénéficié de la répression de la révolution syrienne par le régime d’Al-Assad  qui de facto lui profitait.

Reste qu'il ne s’agit pas simplement d'une « guerre de plus pour Washington », mais d'une confrontation qui combine la complexité des multiples crises que subissent les pays concernés et l'affirmation de l'acteur spécifique qu'est l’EI, dans le sens où ce dernier a réussi à établir une autorité par delà les frontières étatiques. Les développements de cette guerre sont imprévisibles et vont provoquer des bouleversements profonds. Les gouvernements concernés et l’Etat Islamique jouent sur les peurs croisées afin de générer du consentement à leur autorité.

L’ensemble de cette situation est également dans le prolongement de la déstabilisation permanente de la région produite par l’oppression perpétrée par l’Etat d’Israël contre le peuple palestinien et dont le dernier acte est le bombardement massif de Gaza cet été.

 

 2- L’impact de cette situation va au-delà de toute la région. Une première traduction politique en France a été la loi liberticide dite de "lutte contre le terrorisme". Outre l'aspect sécuritaire, d’inévitables conséquences  sont à prévoir en Europe et pour les musulmans dans le monde. Ainsi, en France, un défi majeur réside dans un prévisible déchaînement raciste institutionnalisé contre les musulmans, aggravant la situation actuelle et usant de multiples formes et vecteurs. Il ne fait pas de doute que la détérioration de la situation internationale sera utilisée pour susciter ce déchaînement raciste. Il est de notre devoir de nous y opposer et de travailler, par nos débats et nos actions, à un mouvement antiraciste large et conséquent.

 

 3- La situation impose une première réponse qui relève de l’urgence : celle de porter secours aux populations victimes des exactions de Daech, de stopper l’offensive militaire de celui-ci en Irak et dans la région kurde de Syrie, et d'affaiblir ses assises dans les zones qu'il occupe. Cela, alors que l'EI dispose de moyens matériels considérables (subsides étatiques, récupérations d'armes opérées sur l'armée irakienne lors de sa déroute, fonds de la Banque de Mossoul, ressources du pétrole...), ainsi que de relais dans de nombreux pays. En outre il a à présent sous son autorité plusieurs millions d’habitants en Irak et en Syrie. 

Les forces progressistes en lutte contre les régimes oppresseurs doivent recevoir un soutien matériel (y compris la fourniture d’armes).

C'est le cas :

° Des forces des composantes démocratiques de la résistance syrienne qui se battent sur deux fronts : d'une part, l'armée de Bachar El Assad aidée de ses soutiens internationaux, et  d’autre part  contre Daech.

° Des forces de la mouvance PKK (dont il faut réclamer la sortie de la liste des « organisations terroristes » établie par  l’UE) qui sont engagées dans cette bataille.

 

 4- Se contenter de ne répondre qu'à l’urgence de la situation ne peut conduire qu'à une impasse. En effet,  la Coalition, guidée par sa logique impérialiste et les intérêts des régimes réactionnaires impliqués, ne peut en rien répondre aux intérêts des peuples de la région, au contraire. Elle peut de plus renforcer l'EI dans sa prétention à se présenter comme l’adversaire principal des « pays occidentaux » et de leurs affidés dans la région. 

C'est une réponse politique d'ensemble qui est indispensable pour sortir des pièges dont est porteuse l'actuelle confrontation. Une telle réponse politique doit être inclusive pour les peuples de la région. Cela signifie notamment l’intégration politique pleine et entière des populations arabes sunnites d’Irak et de Syrie.

 

5- Contre la coalition et sa logique impérialiste, et contre l’Etat Islamique, plusieurs exigences doivent être défendues par les forces démocratiques :

°  Le souci doit être de briser le cercle vicieux des radicalisations confessionnelles mutuelles. Ce qui suppose d'impliquer positivement la population arabe sunnite, donc une dénonciation de la constitution irakienne élaborée sous l'égide états-unienne.

° La possibilité effective de l'autodétermination nationale des populations kurdes.

° L'exigence d'en finir avec le régime de Bachar al-Assad par un soutien déterminé aux forces révolutionnaires et démocratiques syriennes.

° La volonté d'imposer au gouvernement israélien le respect des engagements internationaux à l'égard du peuple palestinien.

° La constitution d’un mouvement antiraciste large et conséquent pour faire face à l’islamophobie ambiante et le déferlement à venir dans le contexte de guerre. 

 

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