Si nous sommes en guerre, alors vous êtes des criminel.le.s (de guerre) !

Si nous sommes en guerre, alors vous êtes des criminel.le.s (de guerre) !

 

Mais nous ne sommes pas en guerre, nous sommes en pandémie. Et c’est déjà beaucoup. Et cela ne vous empêche pas d’être des criminel.les.

Des capitalistes, d’État, à la recherche de la meilleure stratégie pour permettre les meilleurs profits pour votre capitalisme, d’État.

Vous savez ce capitalisme qui privatise les profits et étatise les dépenses et les dettes. Vous comptez sur l’État pour protéger et aider les entreprises dans les moments difficiles. Et vous empochez les profits.

Mais vous avez sans doute déjà arrêté de lire. Vous êtes ennuyé.e de me le dire car vous avez conservé un semblant de politesse bourgeoise. Je m’en fous de votre politesse bourgeoise.

Vous dîtes, même plus besoin de vous le dire à vous même, vous le dîtes à haute voix, votre mépris et votre condescendance le permet, vous dîtes donc que voilà encore une fois une caricature de gauchiste à la noix, toujours sur les mêmes thèmes, dépassés dîtes-vous même, et bien loin de « l’union sacrée » en cette « guerre » « nécessaire ».

Je n’ai sans doute ni votre subtilité, ni votre belle rhétorique, je n’ai que ma détermination et mes espoirs. Je ne vous ferai grâce d’aucune résignation.

Dans une de mes jeunesses, vous vous en moquiez, sans doute encore aujourd’hui, nous avions un slogan : « Nos vies valent plus que vos profits ». Ce slogan, comme une claque, nous rappelle que l’actualité est une lutte permanente. Aujourd’hui aussi, je peux le dire, nous pouvons vous le dire, nos vies valent plus que vos profits.

Ce virus, contre lequel vous dîtes être en guerre, contre lequel vous voudriez que nous nous mettions en guerre pour accepter les mesures de destruction des droits des salarié.es et des citoyen.nes, ce virus n’est pas mon ennemi. C’est un virus contre lequel nous, toutes et tous, devons lutter avec les armes qui sont celles des scientifiques et des médecins. Vous savez, ces personnes inutiles, ou plutôt disiez vous, pas assez rentables, car vous êtes subtil.es et avez plein d’intelligence, vous savez donc ces personnes qui ne sont personne mais qui aujourd’hui sauvent aussi vos vies. Et puis vous savez ces personnes qui vous considérez encore moins comme personne car vous n’en parlez pas, celles et ceux des commerces, de l’agro-alimentaire, des transports…

Ce n’est pas une guerre. Il y a trop de pays en guerre pour que vous ne sachiez pas ce qu’est une guerre. Si vous parlez donc de guerre, c’est que vous savez que vous êtes des criminel.les et que rien ne pourra désormais le masquer.

On parle beaucoup du scandale d’État que constituerait les révélations d’une ancienne ministre de la santé. Sur le fait que vous saviez, il y a des semaines, que nous allions vers une pandémie. Et que vous avez fait un choix d’État. Celui de l’immunité de groupe, comme pour la grippe saisonnière, ignorant volontairement les alertes des scientifiques et des médecins. C’est là la notion de Nation que nous devons interroger. Vous le savez bien entendu. C’est là la notion de peuple que nous devons réinventer. Vous n’en voulez pas bien entendu. Et donc l’accès et le contrôle du peuple sur les données scientifiques. Bref, la démocratie scientifique. Entre autres démocraties. Ça non plus vous n’en voulez pas.

Ce virus donc, nous ne sommes pas en guerre contre lui. Nous luttons contre les ravages physiologiques qu’il fait subir aux êtres humains. En parlant de guerre, vous ne parlez pas d’un pangolin subissant une déforestation et, à force d’être forcé de côtoyer les êtres humains, partage ses virus. Vous ne parler pas des déplacements rapides, par avion, qui transforment la temporalité humaine en monstre sans temps. Vous ne parlez pas des frontières arbitraires que vous avez imposé aux êtres humains. Vous ne parlez pas du système de santé que vous avez, avec votre subtilité désormais établie, détruit. Il y avait aussi de la minutie dans votre destruction. Vous ne parlez pas de votre productivisme maladif. Vous ne parlez pas de votre notion de Nation, de la contextualisation de la science, du savoir, de la temporalité distordue, de la planification d’État au service non pas d’une Nation mais d’un clan.

Je suis prof, j’en viens aussi à moi. Cela paraît tout petit, vous m’excuserez d’insulter votre subtilité, mais j’en viens un peu à moi. Avec votre « continuité pédagogique », conte pour parent.es désarmé.es, vous n’avez fait qu’exacerber votre programme (planification?) pour l’éducation : une éducation où les enseignant.es ne sont pas formé.es, une éducation exclusivement verticale, une éducation qui fait tout pour ignorer la réalité sociale et familiale des élèves, une éducation qui fait tout pour ignorer la question des conditions de travail des personnels. Prenez ces 4 points, vous verrez ce sont des invariants. Et ces 4 invariants sont exacerbés aujourd’hui. Mais vous le savez déjà, bien entendu. Vous êtes, je l’avais presque oublié, subtil.es.

Si nous sommes en guerre, alors vous êtes des criminel.les (de guerre).

Mais nous ne sommes pas en guerre, nous sommes en pandémie. Et c’est déjà beaucoup. Et cela ne vous empêche pas d’être des criminel.les.

Vous le savez, cette crise ne sera pas la dernière. Vous le savez très bien. Un virus, un autre, des conséquences de l’urgence climatique. Vous le savez, il y aura d’autres crises. Vous construisez un autre monde. Mais ce n’est pas un monde pour les êtres humains. Vous ne construisez pas un monde humain. Car si c’était le cas, ce serait un monde où l’urgence des communs serait votre guide. Ce n’est pas le cas.

Je ne me résignerai pas à votre guerre. Je continuerai à lutter. Et mon espoir sera plus fort que votre mépris.

 

Matthieu Brabant (porte-parole d'Ensemble! 34)

Juvignac, le samedi 21 mars 2020

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Auteur: 
mbrabant