Si se puede !

Ce qui vient de se produire dans l'Etat espagnol, lors des élections municipales est proprement inédit : l'élection de maires issu-es des divers candidatures d'unité populaire dans des très grandes villes - notamment Barcelone et Madrid – mais aussi dans de nombreuses villes moyennes et villages de l'Etat Espagnol, a montré un peuple qui se met debout, refuse de courber l'échine et de se résigner et cherche à être acteur, protagoniste de l'histoire à venir.

Des milliers de citoyens et citoyennes sont descendu-es dans la rue pour fêter ces victoires - le soir des résultats et aussi au moment de la prise de fonction des maires - pour exprimer leurs espoirs et le fait qu'ils et elles se sentaient enfin représenté-es.

Si la joie était très répandue dans tout l'Etat espagnol, ce sont les mairies de Barcelone et de Madrid qui ont concentré toute l'attention politique. Que des villes d'une telle importance puisse se retrouver avec, à leur tête, des maires, des équipes si marquées à gauche (clairement défini par la droite espagnole comme des candidat-es d'extrême gauche - « retour des soviets » a même déclaré la candidate perdante du PP de Madrid) montrent l'ampleur de la lame de fond.

Ces candidatures, comme la dynamique Podemos, sont les héritières du mouvement 15M. L'irruption de mouvements sociaux et socio politiques avec le 15 M en 2011 a ouvert un cycle de mobilisations sociales : le mouvement « STOP desahucios » – non aux expulsions - et la "Plate-forme des affectés par l’hypothèque" (PAH), dont Ada Calau, nouvelle maire de Barcelone, a été l'une des fondatrices et animatrices, les marches pour la dignité (« du pain, un travail, un toit »), les « mareas », blanches dans la santé, vertes, dans l’éducation.

A l'occasion de ces élections, ce sont de véritables dynamiques militantes, populaires qui se sont mises en place : des collectifs de quartier, des plates-formes, composés de militant-es des mouvements et aussi des gens « ordinaires » , peu engagés jusque là, se sont retrouvés et ont travaillé à des réflexions, sur les droits, sur la démocratie directe, sur un programme anti-austérité , sur la prévention de la corruption... Ce sont des expériences inédites qui se sont déroulées pendant plusieurs mois et étendues à de nombreuses municipalités et communautés, qui ont permis qu'émergent de nouvelles forces politiques, capables d’atteindre les secteurs les plus touchés, qui se sont bien mobilisés et ont voté à cette occasion.

Les défis à venir

On est donc là devant un séisme politique révélé par l'importance de ces résultats mais aussi les fragilités et les difficultés pour l'avenir.

En effet, il faut prendre la mesure de ce qui vient de se passer : malgré une campagne haineuse de la droite, des media et même de la social-démocratie, la volonté populaire de rupture avec le bi-partisme, avec la corruption, avec l'austérité s'est exprimée, en donnant des voix à des candidatures de gauche radicale.

Mais les fragilités sont aussi une réalité dans ce contexte : les équipes qui se retrouvent élues à la tête de ces municipalités sont diverses et plurielles. C'est à la fois une réalité positive et une force mais cela signifie aussi une certaine fragilité. Les candidatures d'unité populaire ont su rassembler largement : il ne s'agissait pas de liste Podemos à proprement dit mais de listes d'unité populaire soutenues et animées par Podemos.

Ce sont ce rassemblement et ces dynamiques unitaires qui ont permis les victoires, mais on voit comme cela est aussi synonyme de fragilité : en raison de sensibilités, de cultures politiques diverses voire de désaccords. A l'heure de mettre en place les programmes, cela va peser. Cela va concerné aussi la nécessité de ne pas s'en tenir au travail institutionnel, de renforcer une dynamique de construction populaire par en bas...

Et les difficultés sont prégnantes : d'abord, en raison de l'héritage reçu (des décennies de politiques d'austérité, les caisses vides...). Ensuite, parce que tout l'establishment politique et économique se met d'ores et déjà en route pour faire échouer l'expérience. Leur objectif est de faire en sorte que ces élections soient une "courte parenthèse" dans l'histoire de l'Espagne post-franquiste.

Et aussi, parce qu'il ne faut pas oublier que les maires de ces deux villes, Madrid et Barcelone, même si elles ont réussi les meilleurs scores des candidatures d'unité populaire, sont des maires qui doivent gouverner en minorité.

La toile de fond de ce qui se vient de se passer en Espagne, c'est une crise politique, économique et sociale de grande ampleur. Les élections municipales constituent une victoire importante avec la matérialisation d'espoirs dans une période de défaites et d'offensive du libéralisme.

Le défi est donc de donner un contenu social, politique et organisationnel à cette victoire. Et, notamment, de ne pas enfermer tout l'espoir dans la gestion institutionnelle et de dynamiser le mouvement social.

Comme vient de le dire le tout nouveau maire de Cadix (José Maria Gonzalez, dit Kichi, de Podemos) : «  Nous nous tromperons sans doute souvent, mais jamais de combat  !  ».

Sophie Zafari

 

 

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