Si tu veux la Paix, prépare la Paix.

Les questions de la Paix, de la défense nationale et donc de l’armement (on devrait dire du surarmement)  sont indissociables d’une vision du monde et de son devenir. Dans la gauche anti libérale et au sein de très nombreuses associations, ces questions sont présentes. Elles occupent cependant, aujourd’hui,  moins l’espace politique et médiatique que durant les années 90, où sous l’impulsion de Mickael Gorbatchev, alors président de l’URSS, la question du désarmement  planétaire se trouvait  au centre des débats, notamment entre les deux principales puissances,  les Etats Unis et la Russie.

La dissuasion nucléaire en question

Cette question du désarmement qui relève de la politique devrait être une valeur universelle, car il y va de l’avenir du monde.

D’un point de vue du risque écologique que représente l’arme nucléaire.
D’un point de vue du développement économique et social, avec le handicap que représente la course aux armements et les sommes colossales dépensées pour surarmer la planète, alors que les besoins humains sont immenses.

Il faut savoir, que 9 pays[i] au monde aujourd’hui, détiennent l’arme nucléaire, la France fait partie de ces pays. Les huit autres sont les Etats Unis, la Russie, le Royaume-Uni, la Chine, l’Inde, le Pakistan,  Israël  et la Corée du Nord. Ces quatre derniers pays s’en sont dotés officieusement.

Alors, faut-il pour la France, maintenir la dissuasion nucléaire ? 

Sur cette question et dans une interview récente, consacrée aux questions militaires[ii],  le représentant de la France Insoumise, candidat à l’élection présidentielle en 2022, Jean Luc Mélenchon, annonce son attachement à la dissuasion nucléaire française. Cette phrase « la dissuasion reste pour la France un outil irremplaçable,  aussi longtemps qu’il n’y aura pas d’alternatives militaires », est un triste aveu, qui place le monde associatif engagé dans cette bataille difficile du désarmement, mais aussi la gauche de transformation sociale et environnementale dans une impasse.

En fait, Jean Luc Mélenchon reprend à son compte l’esprit, pour ne pas dire la position défendue par François Mitterrand dans les années 90, consistant à dire qu’il faut que les grandes puissances baissent de beaucoup le niveau de leurs armements avant que la France ne s’engage. 

Cette position a aussi été celle de François Hollande, développée lors du discours prononcé sur la base militaire d’Istres en février 2015[iii].

Enfin, plus près de nous, Emmanuel Macron reste un fervent défenseur de la dissuasion nucléaire. C’est le Président de la République[iv]  qui depuis son élection et tous les ans, fait augmenter de manière faramineuse au parlement, les budgets alloués aux dépenses militaires et plus précisément à l’arme atomique. Un véritable gouffre financier pour la nation, alors que par ailleurs, on ne cesse de réduire la dépense publique.

A gauche, on s’interroge, y compris dans les rangs de la FI[v], mais sur le fond, on ne peut que regretter,  la pauvreté des débats citoyens sur une question pourtant aussi essentielle.
illustration années 60 manifestation contre les essais atomiques dans le massif de l’Argentella en Corse

Si la guerre a toujours été une calamité, un désastre pour l’humanité, la conflagration nucléaire touche tout simplement à la folie, à l’apocalypse.

Aujourd’hui, ceux qui soutiennent l’importance de la dissuasion militaire en France  argumentent entre autres :

    Sur la sécurité du pays en spéculant sur la non-utilisation de cette force de destruction massive. Malgré tout un accident nucléaire reste toujours possible. Et puis, laisser supposer, comme le fait justement remarquer « le réseau sortir du nucléaire[vi] » que la France a besoin d’armes nucléaires pour sa sécurité, c’est inciter d’autres pays à vouloir la posséder. Pourquoi nous et pas eux, au nom de quelle rationalité, de quelle justice ?
    Sur l’indépendance du pays.  De ce point de vue, l’évolution des rapports de force dans le monde, notamment capitaliste, démontre que l’indépendance est avant tout économique et non militaire. L’exemple de pays comme l’Allemagne et le Japon est suffisamment révélateur, deux nations qui ne possèdent pas la dissuasion nucléaire.

A la fin des années  90, et après une longue période de « guerre froide »,  le capitalisme a fini  par imposer sa logique à l’ensemble de l’économie mondiale. Mais ce n’est pas pour autant que nous avons assisté à la disparition de l’OTAN[vii]. Au contraire ce dispositif militaire intégré se verra assigner d’autres objectifs pour réguler le monde, au profit du système capitaliste, le grand vainqueur de cette fin du 20ème siècle.

En 2014, l’OTAN demandera à ses membres de porter leurs dépenses militaires à au moins 2,0 % du PIB, sans fixer un horizon précis pour atteindre cet objectif.

L’impérialisme demeure aujourd’hui plus que jamais le système dominant à l’échelle planétaire. Militairement organisé, il a aussi mis en place des formes de régulation capitalistes implacables (Fond Monétaire International, Banque Mondiale …)

En fait, la force nucléaire de dissuasion créée à la fin des années 50, n’a probablement  jamais permis à la France de sortir du dispositif militaire atlantique.

En vérité, il faut se demander si cette force de dissuasion française n’a pas constitué une force d’appoint au dispositif nucléaire américain, durant notamment la guerre froide contre  le bloc soviétique hier et avec l’OTAN aujourd’hui.

Enfin, lorsque l’on constate le cout faramineux que cela représente pour le budget de la nation[viii] et dans le monde, il y a quelque chose d’indécent à continuer dans la voie du surarmement, lorsque on connait les chiffres et les ravages de la mortalité que la faim et les maladies engendrent en Afrique et ailleurs.

Ce n’est pas seulement  juste de s’interroger et de se prononcer pour un désarmement nucléaire de la France c’est tout simplement humain. N’en déplaise à Jean Luc Mélenchon, C’est la voie dans laquelle le courant progressiste doit continuer à s’engager.

La France est aujourd’hui la 5ème puissance militaire mondiale, mais avec son complexe militaro-industriel, elle tient aussi le 3ème rang mondial comme exportateur d’armes derrière les États Unis et la Russie. Elle constitue donc une pièce essentielle du dispositif de guerre impérialiste contre de très nombreux pays dans le monde aujourd’hui.

On n’aime guère que la Paix[ix]

Si la France doit sortir de l’OTAN, elle doit aussi rompre avec sa politique militariste,  s’engager résolument dans la voie du désarmement nucléaire[x] et réorienter la production de son complexe militaro-industriel vers des finalités civiles.

Nous devons nous engager à faire pression[xi] sur  les puissances nucléaires, la France comprise, pour consacrer les budgets ainsi dégagés aux financements des grands enjeux de la planète : éducation, environnement, climat, agriculture, énergie, lutte contre la précarité…

Ces batailles doivent rester une exigence démocratique et fortes d’un monde associatif actif, mais aussi d’une gauche de transformation sociale et écologiste, pour œuvrer à des rapports de coopération entre les peuples et non de domination.

La « dissuasion » nucléaire ne contribue pas à la Paix, elle ne contribue pas non plus à la sécurité de la France, ni à celle de la Planète.

Jacques Casamarta

[i] https://www.lanouvellerepublique.fr/a-la-une/quels-sont-les-pays-qui-dis... Des capacités nucléaires différentes : tous les pays ne possèdent pas la même capacité nucléaire. Plus de 90% du stock mondial est entre les mains de la Russie et des États-Unis.

[ii] https://www.lopinion.fr/edition/international/jean-luc-melenchon-mon-pro...

[iii] https://www.vie-publique.fr/discours/193954-declaration-de-m-francois-ho... question du nucléaire.

[iv] https://www.huffingtonpost.fr/paul-quiles/la-dissuasion-nucleaire-un-gou...

[v] https://blogs.mediapart.fr/pommeframboise/blog/150417/pour-une-france-in...

[vi] https://francesansarmesnucleaires.fr/spip.php?article80

[vii] La France est un des pays fondateurs en 1949 de l’OTAN. C’est le Général De Gaulle en 1966 qui prendra la décision de quitter L’Alliance Atlantique, avant que Nicolas Sarkozy ne la réintègre en 2009.

[viii] En 2020, le budget des armées a été de 37,5 milliards € (en hausse de 1,7 milliards par rapport à 2019) : il représente 1,86 du PIB – l’objectif de 2 % a été fixé par la dernière loi de programmation militaire (2017). C’est donc un effort budgétaire considérable pour le pays. Par comparaison, le budget de l’Éducation Nationale se chiffre à 52,7 milliards €.  L’Allemagne, quant à elle, ne dépense que 1,3 % de son PIB pour sa défense.

[ix] Cette phrase  est le titre d’un très bel ouvrage pour enfants et adolescents, « On n’aime guère que la Paix » des éditions Rue du monde.

[x] https://www.mvtpaix.org/wordpress/pour-un-traite-dinterdiction-des-armes...

[xi] En Corse, en 1960, le gouvernement qui voulait effectuer des essais atomiques dans le massif de l’Argentella a vu une population entière avec le « Mouvement du 29 novembre », se soulever pour refuser une telle éventualité. Face à cette mobilisation le gouvernement de l’époque a dû reculer.

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