Société Louise Michel : vertus et vertiges de l’histoire globale avec Romain Bertrand

Le mardi 9 mai 2017 à 19 heures. Au Lieu-Dit, 6 rue Sorbier 75020 Paris.

Suffit-il de tailler plus large cartes et chronologies pour déjouer le piège d’un européocentrisme qui n’est assurément plus de mise ? L’histoire globale – dont on nous entretient tant ces dernières années – peut-elle être autre chose qu’une nouvelle histoire universelle, partant une téléologie de l’occidentalisation du monde ou une chronique sans accrocs de l’irrésistible essor du capitalisme mondial ? Comment faire droit, dans le récit au long cours des circulations et des connexions qui ont façonné le monde « moderne », non seulement aux rendez-vous manqués entre sociétés distantes, mais aussi à tous ceux qui vivaient loin des palais ? La prise en compte des historicités vernaculaires des mondes dits « colonisés » – et donc des défiances, des indifférences et des révoltes subalternes ayant ponctué (ici à Java, là à Manille) l’histoire heurtée des contacts entre l’Europe et l’Asie – aide à mettre au jour une pluralité de passés qui, pour n’être pas pleinement advenus, n’en ont pas moins inscrit dans l’ordre du réel une myriade de possibles. Puisqu’il n’est pas de généalogie qui ne s’ouvre par une répudiation du mythe des origines, celle du monde « moderne » se doit d’être écrite à plusieurs voix et, surtout, « au ras du sol », depuis ces montagnes et ces mangroves où trouvait refuge, au temps de la course aux épices, la liberté gouailleuse des insoumis.

Romain Bertrand est directeur de recherche à la Fondation nationale des sciences politiques depuis 2008,

 

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