Solidarité avec le peuple syrien !

Emmanuel Macron doit conforter la légitimité de son pouvoir.

Sur les questions sociales, pour précipiter et gagner l'affrontement sur le Code du travail et l'augmentation de la CSG, la procédure des ordonnances offre un moyen certes peu démocratique, mais efficace pour précipiter la concrétisation de la volonté présidentielle.

Pour ce qui est des questions internationales, il ne lui est pas même besoin d'user de ce type d'opération faisant peu de cas du rôle du Parlement. La Vème République les inscrit dans un « domaine réservé » où le Président décide souverainement. Emmanuel Macron a donc toute liberté pour déployer son activisme.

Outre les rencontres avec les dirigeants de l'Union européenne, Angela Merkel en premier lieu, une visite remarquée auprès du roi du Maroc, des entretiens avec Trump et Poutine, le voici qui se saisit de la décisive question syrienne.

De longue date monte au sein des cercles dirigeants la volonté d'imposer un tournant à la diplomatie française : en finir avec un « moralisme », louable mais hors de propos, pour rallier la realpolitik. Admettre enfin que Bachar al-Assad est toujours au pouvoir, et que l'appui massif de la Russie et de l'Iran lui permettra d'y rester. Donc qu'il faut cesser de vouloir l'écarter, et s'appuyer sur l'argument que l'ennemi prioritaire c'est Daech et les « groupes terroristes » pour prôner un accord avec Poutine et Bachar !
François Hollande, au lendemain des attentats de novembre 2015, avait évoqué un tel changement de la politique française à l’égard de la Syrie. On en a entendu des échos dans les propos tenus par Jean-Yves Le Drian lorsqu’il était ministre de la Défense. Mais le cap avait avait été maintenu : pas de solution politique possible incluant de manière durable le maintien au pouvoir de Bachar al-Assad.

Dans un grand entretien accordé à huit journaux européens, dont le Figaro, Emmanuel Macron opère un tel tournant. « le vrai aggiornamento que j'ai fait à ce sujet, c'est que je n'ai pas énoncé que la destitution de Bachar al-Assad était un préalable à tout ». C'est maintenir une ambiguïté puisque les rapports de force avait déjà conduit à une inflexion de la position française, conduisant à envisager une solution de transition préservant l'existence du régime, mais préparant la mise à l'écart de Bachar al-Assad : non un « préalable », mais une conséquence de ladite transition. Emmanuel Macron affiche également une grande fermeté apparente à propos de l'usage des armes chimiques, qu'il s'engage à sanctionner, seul s'il le faut. Depuis 2013 et la reculade d'Obama on sait ce que vaut ce type de « ligne rouge » !

« Dans le même temps », deux idées décisives sont avancées :
1) Il n’existe pas de « successeur légitime » à Bachar al-Assad.
2) Cette autre concentrée en une formule terrible : « Bachar n’est pas l’ennemi de la France, mais l’ennemi du peuple syrien ».

Donc pour résumer le propos du Président :
1) Il n’existe qu’un « ennemi absolu » : les « groupes terroristes » (un lexique extensif qui est celui de Poutine et de Bachar al-Assad).
2) Contre cet ennemi, il faut la coopération entre tous ceux qui le combattent, en premier lieu la Russie.
3) La solution politique à rechercher pour la Syrie ne saurait inclure le départ de Bachar al-Assad.

Ainsi, alors que Bachar al-Assad est coupable de crimes de guerre et de crimes contre l’Humanité, que pour se maintenir au pouvoir il mène depuis six ans une guerre barbare contre son peuple, qui est cause de centaines de milliers de morts, de millions de déplacés, de la destruction du pays, lequel est livré à des occupations étrangères… Cela ne suffit pas selon Emmanuel Macron pour qu'il soit considéré comme un « ennemi de la France » !

L’auteur de Révolution a oublié la « guerre aux tyrans !»…
Faut-il rappeler au Président de la France qu'on ne combat pas le terrorisme en s’alliant à ceux qui en sont les fourriers. Et qu'un peuple n’a pas à confier aux dirigeants de ce monde le soin de désigner qui a la légitimité pour le gouverner.
Parce que Bachar al-Assad est l’ennemi du peuple syrien, il est notre ennemi. Il devrait être celui de la France, même présidée par Emmanuel Macron.

Et c’est au seul peuple syrien de décider qui ne doit pas être au pouvoir, et qui peut légitimement y accéder.

Roland Merieux - Ollivier Mollaz - Francis Sitel.

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