Solidarité avec les dispensaires sociaux en Grèce

Du 29 septembre au 4 octobre, une délégation des dispensaires sociaux solidaires grecs était invitée en France à l’occasion du congrès des centres de santé par différents collectifs de soutien au peuple grec (13eme et 14eme arrondissements, SFGS) et syndicats. 

Elle était constituée de deux camarades de Salonique et deux d’Athènes. Une réunion publique les a accueillis à la Bourse du travail le 29 septembre puis à Rennes, au congrès des centres de santé, avec la fédération SUD santé-sociaux, à la mairie et au centre de santé de Vitry sur Seine, avec le collectif solidarité France Grèce pour la santé et, pour terminer, un moment convivial dans le 20eme arrondissement de Paris. 

La situation sanitaire, la question des réfugiés, le bilan du premier gouvernement Siriza, les événements de cet été, la solidarité à construire avec ces formes de lutte originales et les perspectives étaient au cœur des débats.

Un point fort revenait : notre combat n’est pas humanitaire mais politique, contre l’austérité imposée par l’Union européenne et l’Eurogroup. Nous travaillons à mobiliser la population pour ses droits à la santé et une protection sociale digne de ce nom. Nous voulons rester indépendant et maitriser notre fonctionnement démocaratique. Notre expérience peut vous servir, nous avons besoin de votre soutien..

Le renforcement des liens militants qui s’est réalisé à cette occasion reste à prolonger. Les militants d’Ensemble y prendront toute leur place.

Début septembre 2015 le bureau d’information du Parlement européen voulait décerner le prix du Citoyen européen 2015 au dispensaire social d’Hellinikon et à la cuisine solidaire ‘’l’autre être humain’’.

Ces deux structures de lutte et de résistance, pour protester contre l’austérité imposé au peuple grec, ont refusé le prix.

Nous reproduisons ci-dessous la déclaration du Dispensaire social d’Ellinikon :

« Le Parlement européen a décidé de nous décerner le Prix du citoyen européen 2015 en reconnaissance de la lutte que nous menons depuis près de quatre ans pour soutenir les patients au chômage et privés d’assurance maladie, abandonnés par l’Etat, et en faveur d’une société plus juste. Or, si nous menons cette lutte, c’est parce que les politiques qui ont été appliquées et continuent de l’être dans notre pays, et qui sont la résultante des pressions et du chantage exercés par le Fonds monétaire international (FMI), la Banque centrale européenne (BCE) et l’Union européenne (UE), ont exclu de l’accès aux soins et aux médicaments plus de trois millions de citoyens qui, privés d’emploi, sont sans ressources et réduits à la misère.

Pour nous, comme pour la plupart des Grecs, l’Europe pourrait être notre maison. Nous entendons par là l’Europe des peuples, de la compréhension mutuelle et de la solidarité. Cette Europe-là, nous la souhaitons et nous la recherchons. Mais nous voyons avec tristesse une Europe perdue dans les rouages de la bureaucratie et des intérêts économiques et bancaires. Nous constatons avec tristesse que sa priorité est de trouver des milliards d’euros pour les banques privées, alors qu’elle fait pression pour que les budgets alloués au Système national de santé de la Grèce, déjà réduits de plus de 50% par rapport à 2009, le soient encore davantage.

Des données émanant de l’institut Prolepsis montrent que l’appauvrissement massif de la plus grande partie du peuple grec a entraîné la situation suivante:

. Dans 64 écoles d’Athènes, 6 élèves sur 10 sont confrontés à l’insécurité alimentaire.

. Dans ces mêmes écoles, 61% des élèves ont un parent au chômage, et dans 17% des familles aucun des deux parents n’a d’emploi.

. 11% des enfants n’ont pas d’assurance maladie et 7% d’entre eux ont vécu sans électricité durant plus d’une semaine au cours de l’année 2014, tandis que 3% vivent toujours sans électricité.

. Dans l’ensemble de la Grèce, 406 écoles ont perçu en 2014 une aide pour nourrir leurs 61876 élèves.

. Cette année, 1053 écoles ont déposé une demande d’intégration dans le programme «Alimentation» afin de pouvoir nourrir leurs 152397 élèves; à l’heure actuelle, seuls 15520 élèves, dans 150 écoles, ont été intégrés dans ce programme.

. De questionnaires remplis par les parents dans 23 départements, situés dans toutes les parties de la Grèce, il ressort que 54% des familles sont confrontées à l’insécurité alimentaire et 21% souffrent de la faim.

Une étude du Bureau parlementaire du budget de l’Etat montre que:

. 3,8 millions de Grecs vivent à peine au dessus du seuil de pauvreté (432 euros mensuels par personne).

. 2,5 millions de Grecs vivent en dessous du seuil de pauvreté (233 euros mensuels par personne, ce qui représente une extrême pauvreté).

. 58% de la population grecque, soit 6,3 millions de citoyens, vivent donc juste au dessus ou en dessous du seuil de pauvreté.

Cette Europe qui veut nous décerner un prix ne semble pas gênée par tout cela, ni même par la mort de milliers de nos concitoyens privés d’assurance maladie. Et il y aura très prochainement une avalanche de morts, puisque le Système national de santé de notre pays va subir des réductions supplémentaires, de 933 millions d’euros au total, pour lesquelles le gouvernement précédent a donné sa signature.

Il serait hypocrite de notre part d’accepter un prix alors que cette Europe ferme les yeux pour ne pas voir les nourrissons sous-alimentés, les malades du cancer qui meurent, les regards pleins de désespoir des patients qui souffrent et des mères, qui nous racontent qu’elles se trouvent dans une situation d’abandon effroyable, en sachant que leur famille va devoir vivre une année de plus sans électricité, sans eau et avec très peu de nourriture.

Les paroles de notre représentant, le docteur Giorgos Vichas, ont été claires: «Les milliers de morts et de malades privés d’assurance maladie, qui sont parmi nous, nous regardent dans les yeux et ne nous permettent pas d’accepter ce prix».

Nous ne tournons pas le dos à l’Europe et aux peuples européens, qui manifestent une solidarité impressionnante! Nous sommes contraints de tourner le dos aux politiciens et aux institutions qui, comme le Parlement européen, ne considèrent depuis longtemps la vie humaine que sous la forme de données comptables. Manière de voir qui, en cinq ans, est devenue une honte pour la civilisation européenne. Ce qui est certain, c’est que cette barbarie doit cesser immédiatement. Si ce prix signifiait quelque chose de tel, nous serions heureux de le recevoir.

Aujourd’hui, dans notre exposé au bureau d’information du Parlement européen à Athènes, nous avons essayé d’expliquer, en nous appuyant sur des chiffres, ce que signifie être privé d’assurance maladie. Si nous avons refusé le prix, c’est parce que nos patients vivent encore aujourd’hui dans une situation semblable, voire pire. Lors de notre voyage à Bruxelles, dans un mois environ, nous tenterons de sensibiliser encore davantage les citoyens européens à tout ce que vit le citoyen grec moyen à cause des mémorandums et de l’austérité!

Il est très important que cette cérémonie se transforme en un message d’humanité qui se traduise concrètement par un changement de politiques et le renforcement de la solidarité des citoyens européens. »

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