Souveraineté nationale ou souveraineté populaire ?

Qu’est-ce que la gauche ?

Pour neuf Français sur dix, la gauche, c’est d’abord « le PS et ses alliés ». C’est le camp de François Hollande, qui les enfonce chaque jour un peu plus dans l’austérité.

Nous militants, nous attachons plutôt à une définition historique de la gauche, qui peut être réformiste ou révolutionnaire, mais qui s’articule dans tous les cas autour de deux grandes idées: 

  • D’une part, l’amélioration du niveau de vie des travailleurs. Par exemple, par la hausse des salaires.
  • D’autre part, les droits des travailleurs, leur souveraineté, voire même leur autogestion.

Le PS et ses alliés (de moins en moins nombreux) ne défendent aucune de ces deux idées. Nous avons donc là un premier problème : le sens que nous donnons au mot « gauche » est incompatible avec celui que lui donnent neuf Français sur dix. Difficile, dans ces conditions, d’être compris par ces derniers. Ils nous appellent « gauche radicale » comme si nous prônions une version plus radicale (plus brutale, donc) de la politique de François Hollande, alors que nous sommes tout autre chose.

Le souverainisme

Et le Front de Gauche ? Défend-il ces deux idées qui définissent historiquement la gauche ? Oui. Mais surtout la première. Or, dans un monde où les grands patrons ont plus de pouvoir que les états, et où la concurrence entre ces mêmes patrons est devenue si acharnée qu’elle ne laisse plus aucune marge de manœuvre pour des concessions aux travailleurs, ça n’a aucun sens de parler de hausse des salaires sans poser en même temps la question de qui décide.

Parmi les phénomènes qui ont contribué au succès du FN, il y en a donc un qui n’est absolument pas malsain : c’est une demande de souveraineté. L’Union Européenne n’est pas démocratique. Ses institutions n’ont aucune légitimité. Il est normal que les peuples refusent que ces institutions leur imposent des décisions. D’où le succès, un peu partout, des partis « souverainistes ».

L’arnaque, c’est que nous n’avons pas davantage de souveraineté dans le cadre national. Les institutions françaises sont tout aussi anti-démocratiques que les européennes. La preuve: un président de la république, dont la liste vient de convaincre moins de 6% des électeurs inscrits, n’en continue pas moins à exercer le pouvoir au nom de 100% de ces mêmes inscrits.

Pour qu'on ne voit pas que les richesses que nous produisons sont accaparées par les capitalistes, l’extrême-droite prétend qu’elles le sont par les immigrés. De même, pour ne pas dire que la souveraineté est accaparée par ces mêmes capitalistes, elle se focalise sur l’une des courroies de transmission du pouvoir des riches : l’Union Européenne. Et elle réclame la souveraineté pour une autre de ces courroies de transmission : l’état français.

L’important, c’est que le peuple soit souverain. Peu importe dans quel périmètre. Quand Les Verts parlent de dépasser les états, ce n’est pas un problème si la superstructure qui les remplace garantit démocratiquement la souveraineté des travailleurs européens. Si plusieurs états adoptent des systèmes véritablement démocratiques, ils peuvent s’associer, toujours de manière démocratique. Peu importe, à ce moment-là, que ces états soient européens ou non.

 

La VIème République

La VIème République est dans notre programme mais, à part une manifestation l’année dernière (réussie, d’ailleurs), nous n’en parlons pas souvent. Et jamais nous n’expliquons ce que nous entendons par là. Nous restons dans une simple dénonciation de la Vème République, sans alternative.

Bien sûr, la Vème République est discréditée, à bout de souffle. Les taux d’abstentions le montrent, même dans les élections municipales, qui étaient pourtant épargnées jusqu’à présent. Les citoyens ne font plus confiance aux politiciens, même quand ils votent pour eux. Ils ont intégré le fait que les promesses ne sont jamais tenues. Ils sont de plus en plus réticents à voter, n’attendent plus rien de l’état. Et ils ne voient plus dans le FN un danger pour la République car ils ne voient plus aucune raison de défendre cette république. Devons-nous les détromper ? Non : ils ont raison.  Les élections sont une mascarade. La caste des politiciens, qui ne se renouvelle que par cooptation, n’accorde aucun crédit aux promesses qu’elle peut faire. Tout ceci n’a rien à voir avec la démocratie.

En revanche, nous devons proposer un projet alternatif, un autre type de république, véritablement démocratique, où le peuple soit vraiment souverain, où il sente que cette souveraineté a un sens et mérite d'être défendue. Pour mobiliser largement autour de ce projet de VIème République, il faut expliquer concrètement en quoi ça pourra consister. La difficulté, c’est que, par définition, la constitution de cette VIème République ne sera pas choisie par nous, mais par une Assemblée Constituante représentative (réfléchissons d’ailleurs à la manière de constituer cette assemblée sans qu’elle tombe sous le contrôle des partis). Mais il nous faut proposer un ou plusieurs exemples de fonctionnements possibles pour cette VIème République, et montrer comment chacun de ces exemples restitue au peuple sa souveraineté.

 

Exemples de contenu

Il y a les évidences :

  • Parité hommes/femmes.
  • Non-cumul des mandats, ni dans l’espace, ni dans le temps.
  • Pour éviter la professionnalisation, un statut de l’élu, qui doit être assuré de retrouver son poste de travail à l’issue de son mandat.
  • La proportionnelle intégrale à toutes les élections.
  • Référendum d’initiative populaire.

Mais ça ne suffit pas à changer sensiblement la donne. D’autres innovations sont à envisager. Voici quelques exemples, pas forcément tous compatibles entre eux :

  • Adoption de toutes les lois par référendum, le parlement ne servant qu’à préparer les propositions qui seront soumises au peuple.
  • Révocabilité des élus.
  • Remplacement de tout ou partie des élus par un échantillon de citoyens tirés au sort, la taille de cet échantillon garantissant sa représentativité. A la différence des sondages, ces citoyens auront le temps de réfléchir aux problèmes, de se renseigner et d’en débattre entre eux avant de se prononcer.
  • Au lieu de voter pour des individus, on vote pour des textes d’orientation puis, en fonction du score de chaque texte, on tire au sort ses représentants parmi ses électeurs (les solutions techniques existent).
  • Adoption du budget annuel de l’état par référendum.
  • Vote, en fin de mandat, pour attribuer ou non une récompense (financière ?, honorifique ?, diplômante ?) aux élus (ou tirés au sort) méritants.
  • Des mandats plus courts et/ou non-renouvelables.
  • Des mandats impératifs.
  • Etc.

La multiplicité des contenus possibles, et le fait que c’est l’assemblée constituante qui tranchera, permet d’envisager de s’associer à tous les autres partis de gauche (au sens historique du terme, donc sans le PS) pour cette campagne. Aucun parti n’a besoin d’être d’accord avec la totalité de ces propositions.

 

Voter pour des textes

Mais parmi ces exemples, j’ai bien sûr ma préférence. L’enjeu est de faire participer à la vie politique tous ces travailleurs qui ne veulent plus voter pour des personnes. Ils ont bien raison de ne plus vouloir signer ainsi des chèques en blanc. Ils ne sont pas dans la tête du candidat pour savoir s’il croit vraiment ce qu’il dit ou si c’est juste du baratin pour se faire élire. Voter pour des textes d’orientation, puis tirer au sort, parmi les électeurs d’un texte, ceux qui le représenteront, c’est enfin la garantie que cette orientation sera réellement mise en œuvre par quelqu’un qui croit vraiment en elle. Quel intérêt y aurait-il, en effet, pour un arriviste, à voter pour un texte auquel il ne croit pas, quand la probabilité d'être tiré au sort grâce à cette manœuvre est infinitésimale ?

Et puis, accessoirement, si le texte défendu par le FN fait 25% dans une élection législative, je préfère voir à l’assemblée 25% d’électeurs du FN, plutôt que 25% de cadres fascistes. Inversement, j'ai toute confiance dans nos électeurs à nous pour se représenter eux-mêmes.

 

Brice Errandonea (Ermont, 95)

 

Commentaires

Bonjour,

J'ai cherché à vous joindre.par téléphone trouvé sur internet.

Je suis globalement d'accord avec votre billet.

J'aurai souhaité vous transmettre un document et avoir votre avis. (svp me communiquer votre adresse mail)

Voici mon adresse mail : charletem@aol.com

Mon blog sur le site de E! est inscrit sous Mchel B

Cordialement,

Michel Braaksma (E! 69)

Portrait de Npoitier

Une réfléxion sur le sujet soumise à la critique:

http://desmotscrassestiquent.wordpress.com/2013/07/03/charte-universelle-de-la-democratie-2013/

 

Sinon pour la covocation d'une assemblée constituante, je propose la rédaction de cahier de doléance et la désignation de mandataires ayant un poids égal au nombre de voix exprimées pour la proposition. De mettre en place un site internet et des forums de discussions en appui pour les débats, de retransmettre les débats de l'assemblée constituante en offrant une interaction sous forme de question avec un espace prévu pour y répondre et bien sûr que les membres de l'assemblée constituante s'engagent à ne jamais exercer de responsabilité par la suite.

 

Mais avant le lancement de cahier de doléance, il faudra une grande campagne médiatique ouverte sur le thème de la Démocratie et de la République ou les "experts" auront la parole a égalité de temps de parole pour chaque tendance et pas pour chaque expert... ;)

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Auteur: 
Brice Errandonea