Sovaldi : une escroquerie légale...

Le Sovaldi, nouveau médicament antiviral qui permet de guérir en trois mois de l’hépatite C chronique en éliminant le virus pour plus de 90 % des porteurs chroniques est la propriété du laboratoire américain Gilead depuis le rachat en 2011 de la société Pharmasset et de ses brevets pour un cout d’environ 11 milliards de dollars.

Au vu des bénéfices attendus, le laboratoire Gilead a vu sa valorisation boursière augmenter de 70 %, ce qui la met à 126 milliards d’euros, soit plus que le groupe Sanofi.

Il faut dire qu’au regard du cout de production qui, pour 3 mois de traitement, tourne autour de 100 euros (des chercheurs d’Oxford l’ont même estimé à 74 euros), le prix de commercialisation est assez astronomique : 45 000 euros en Grande Bretagne, 49 000 euros en Allemagne. Depuis sa commercialisation, Gilead a déjà  récupéré sa mise !

Avec environ 250 000 porteurs chroniques en France et sans doute plusieurs millions en Europe, c’est un superjackpot qui s’annonce pour le labo, sur le dos des populations et des systèmes d’assurance-maladie avec la bénédiction des ministres de la santé des pays européens. Un comprimé vendu autour de 500 euros coûte environ 1 euro à produire !

C’est dans ce contexte que le Comité économique des produits de santé, instance ministérielle où se négocient les prix, vient de passer un accord avec le laboratoire Gilead pour la somme de 41 000 euros le traitement de 3 mois, sur la base d’un comprimé par jour.

De manière pathétique, la ministre cherche à présenter cet accord comme une grande victoire puisqu’à titre provisoire, dans le cadre d’une ATU (autorisation temporaire d’utilisation), le Sovaldi était commercialisé 57 000 euros les 3 mois de traitement.

Alors que tous les jours, dans tous les médias, on nous appelle à faire des efforts en argumentant que les caisses sont vides, qu’il y a la dette et qu’il y a le ‘’trou’’ de la sécu, on constate une fois de plus que ce n’est pas vrai pour tout le monde : les profits des grandes multinationales sont protégés et confortés, et en toute impunité, elles organisent en prédatrices le pillage de la sécu.

Un dispositif prévoit bien qu’au delà de 700 millions d’euros de chiffres d’affaires pour 2015, le labo en reversera une partie à la Sécurité sociale. Mais que fera le labo s’il atteint ce chiffre d’affaire ? Acceptera-t-il de vendre moins cher ou organisera-t-il une opportune rupture de stock jusqu’au début de 2016 ?

Pourtant, il existe un dispositif qui aurait permis de produire à un cout ‘’raisonnable’’. C’est le dispositif de la licence obligatoire ou licence d’office qui permet de lancer la production générique sans attendre que la molécule tombe dans le domaine public.

Ce n’est évidemment pas ce qu’a retenu Marisol Touraine dont le chef, Manuel Valls, aime tant les  entreprises et leurs dirigeants.

Ce scandale sanitaire et financier illustre une nouvelle fois la contradiction entre les intérêts privés basés sur la propriété privée et l’intérêt général.

Des associations de malades ont déjà protesté et, jusque dans les rangs des députés socialistes, un frémissement d’émotion a été perçu.

Plus que jamais, ce scandale doit être l’occasion de réaffirmer que décidément la santé ne doit pas être une marchandise, qu’il faut prendre le contrôle des multinationales de la pharmacie pour contrôler la production de ce qui doit être le bien commun de tous.

Pour l’humain d’abord :

- Non aux brevets privés sur la santé,

- Non aux profits sur le dos des malades et de l’assurance-maladie

- Pour un service public du médicament !

Roland Foret

 

 

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