Stop Macron : pour le mettre en crise

Etienne Adam, Pierre Cours-Salies (08 mai 2018)

Et, oui, il y a un parfum de crise politique ! Ce n’est pas désagréable. Il faut d’autant plus raison garder.
Certains dirigeants, maladroitement imités, nous refont une séquence souvenir au sujet des élections de 2017. Il nous faut un peu débattre sur cette question : quelle force pour le nouveau Président ?

Un mal élu ?

Pour ceux qui prétendent que Macron a été « mal élu » à cause de l’abstention et du vote blanc, un rappel des scores sous la Ve :
- 1965 : Charles De Gaulle = 45 % des inscrits.
- 1969 : Georges Pompidou = 38 % des inscrits.
- 1974 : Valéry Giscard d’Estaing = 44 % des inscrits.
- 1981 : François Mitterrand = 43 % des inscrits.
- 1988 : François Mitterrand = 44 % des inscrits.
- 1995 : Jacques Chirac = 45 % des inscrits.
- 2002 : Jacques Chirac = 62 % des inscrits.
- 2007 : Nicolas Sarkozy = 43 % des inscrits.
- 2012 : François Hollande = 39 % des inscrits.
- 2017 : Emmanuel Macron = 43 % des inscrits

Comparable aux autres, donc ! Cela démontre, comme d’autres signes, le caractère fictif des débats et engagements politiques dans les institutions actuelles : la toute puissance présidentielle est due aux institutions et pas à l’exercice d’une réelle démocratie. Tout cela, inscrit dans la durée de la 5e République, a un effet terriblement aliénant pour une réflexion  en faveur d’une démocratie des citoyen.ne.s. Toutefois, avec le souci de poursuivre une réflexion au sujet du changement des institutions de la République, quelques faits sont à prendre en compte.

Prenons les premiers tours, leur diversité permet-elle de faire de Macron une situation « à part » ?  Sans doute pas.  Ces comparaisons ne lui donnent pas plus de légitimité  mais évitent des arguments sans doute mauvais.

En 2002, Chirac n’avait obtenu que 19,88 % des voix au premier tour (5,6 millions) et 25,5 millions au second avec 82% des voix. 71% de votants au premier tour, 79% au second.
Pour remonter un peu plus loin, en 1981, qui mettait fin à 23 ans de majorités de droite successivement, la participation électorale a été 71 % au premier tour  et 85 % au second. François Mitterrand obtient 25,85 % des voix au premier tour (7,5 millions de voix); Valéry Giscard d’Estaing- UDF, obtient 28,3 % des voix (8 222 432). Pour le second tour, du fait de désistements, notamment du PCF,  il obtient le 10 mai 15,7 millions de voix, 51,76 %.  Et Giscard 14,6 millions de voix (48,2%).
En 2012, on comptait 79% de votants au premier tour et plus de 80% au second. François Hollande-PS obtenait 28,6 au premier tour et 51,6  % au second.
En 2017, le taux de participation est de 77,7 % au premier tour et de 74,5 % au second.  Emmanuel Macron a obtenu 8,6 millions de voix au premier tour (24%) et  20,7 millions au second avec 66 % des voix.

En termes de participation au premier tour de 1981, de 2002 ou de 2012, les chiffres de 2017  restent dans les mêmes rivages. Et Macron n’est pas moins « bien élu » que d’autres dans la 5e République.
Cette analyse, certes rapide, montre, s’il y en avait besoin, son caractère  à l’opposé d’une démocratie des citoyen.ne.s. Toutefois, avec le souci de poursuivre une réflexion au sujet du changement des institutions de la République, quelques faits sont là. Ils  ne donnent pas plus de légitimité à Macron mais évitent des arguments sans doute mauvais.

Législatives

La question législative est tout autre. Le taux de participation  est aussi bas en 2018 que lors des législatives de juin 1958, après le Coup d’Etat qui a permis à de Gaulle, comme prévu par « ses amis », de revenir au pouvoir : moins de 50%.  On peut établir une comparaison depuis 1997 du taux de votants au premier tour :
Taux de votants  

  en 1997  : 67,92
  en 2002 : 64,42
  en 2007 : 60,42
  en 2012 : 57,22
… En 2017 : 48, 66 %

Nous avons donc un Président. Ses liens avec le pays, au-delà du vote et des promesses de campagne, sont complétés par « Sa majorité » à l’Assemblée théoriquement et idéologiquement. Qu’en est-il ? Pas une forte légitimité démocratique, dans la durée. Même une majorité dans cette Assemblée ne peut  représenter plus que 25 à 26 % dans le pays.

Or, pour se stabiliser, le « charisme », une production sociale qui peut se consolider quelques temps en politique, demande des éléments de « légitimation » qui le pérennise pour son installation au sommet et avec les institutions.

Un de ses points fragiles reste SON Assemblée, et aussi quelques un.e.s de SES ministres. Peuvent-ils s’identifier seulement aux très riches et avoir une formes de légitimité suffisante dans le pays ?
Comment répondraient-ils si la discussion politique avait lieu avec un usage plus démocratique et pluraliste des médias ?  Ces questions recoupent des tâches que nous devrions chercher à assumer mieux : montrer que « les cheminots ont raison » Ce qu’ils préconisent pour la SNCF est bien mieux pour toutes et tous que ce que veut le gouvernement. Montrer les effets d’injustice des mesures de ce gouvernement… Les sommes de transfert aux riches sont astronomiques et permettraient de tout autres choix : même quand la « règle des 3% » de déficit est atteinte, l’argent coule encore dans les poches des « gagnants » ? Pour ceux qui en sont informés, 35 milliards de plus pour les dépenses militaires  a été discuté et adopté où et quand ? 
Et, cerise empoisonnée sur ce gâteau d’anniversaire, celles/ceux qui ont voté Macron contre Le Pen doivent-ils accepter de féliciter le Président pour la loi Collomb sur l’Asile et la répression des migrant.e.s ? 
SES députés approuvent. A quel moment et dans quel contexte est-il, sera-t-il, significatif de discuter de la dissolution d’une Assemblée représentative, en bloc, de moins de 50% des électeurs ? 
Et si de tels débats sont nécessaires pour miner la crédibilité de Jupiter, pourquoi avec les autres forces politiques et syndicales n’exigeons-nous pas un accès libre au pluralisme dans les médias ?

Dépassons toute une controverse déplacée ! 

Une division ravageuse, très actuelle, est un effet d’une expérience récente pour le plus grand nombre : le refus d’un Front de gauche à la fois à la base et dans sa coordination nationale de directions d’organisation ; et les échecs, les controverses de sommets et ainsi des militants sommés de se prononcer.
Allons-nous continuer ? Ce serait pour la plus grande satisfaction du noyau politique dirigeant de la bourgeoisie et de son appareil politique dominant…
Il me semble, donc, utile de reprendre quelques arguments, soumis au débat qui semble central : comment le mouvement de masse peut-il « gagner » ?

Sortir par le haut

En réponse aux critiques et aux défenseurs de JLM, mieux vaudrait discuter de perspectives pratiques. Essayons.
Allez ! On sortira par le haut de cette situation. Soufflons nous-mêmes notre forge, pour rappeler quelques souvenirs ! Ce sera une volonté commune de centaines de milliers de militants avec la diversité des organisations comme le regroupement est en train de se faire.
Comment, dans la foulée de la Marche organisée par Ruffin et le comité d’animation de la manifestation du 5 mai, et pour les manifestations unitaires du 26 Mai, développer la vitalité des mobilisations en cours ?
Si nous le pouvons, créons, développons des comités unitaires STOP MACRON partout. Soutien aux cheminots, popularisation  et défense des arguments qu'ils donnent malgré le boycott des médias ! Faisons entendre « les cheminots ont raison » !
En même temps (oui, durant ces mêmes semaines !) Préparons avec tous les usagers de la grève du 22 ; affirmons ce que nous voulons pour des services publics, partout, avec les salarié.e.s, les précaires, les retraité.e.s. TOUS ENSEMBLE.

Préparons de grandes manifestations, partout, pour assiéger si possible toutes les préfectures le 26 mai. Le Président ne peut pas se croire soutenu par une Assemblée élue par moins de 50% des électeurs inscrits : entre l'Elysée et la mobilisation, il n'y aura rien si nous sommes actifs et lucides, mobilisés unitairement.  Certain.e.s, dans la manifestation du samedi 5 criaient de temps en temps « Macron démission »… Mais les conditions de sa victoire sont-elles annulées ? Quelle autre politique est portée par une force qui renverse le panorama de 2017 ?  Ce serait très bien que cela existe et permette de commencer une période de changements avec des forces mobilisées. Mais…

Pour le moment, il faut surtout consolider ce qui bouge, élargir et obtenir des résultats. Freiner les mauvais coups, marquer la capacité collective, on discutera mieux ainsi. Soyons lucides sur les inquiétudes, les colères et les raisons de la méfiance envers les organisations politiques. La défaite de 2017 vient de l'indifférence réelle des dirigeants politiques de la gauche (du Fdg à FI) quand les questions de choix contre Hollande/Macron/Valls étaient portées par des mobilisations de masse. Pour se souvenir, un chiffre : 75% de la population approuvait l'action contre la Loi El Khomri, même au milieu des manifestations traitées violemment.
Aujourd’hui, on ne va pas ressasser ! Maintenant nous ne jouons pas 2022, nous ne rejouons par 2017. Nous agissons en 2018, en ce moment, pour battre Macron, l'affaiblir pour qu'il soit désavoué publiquement sur ses réformes "contre-sociales" et antidémocratiques.

C'est une question plus vaste de volonté politique.   

Il faut se soucier des luttes, pour la victoire de cheminots et d'autres...

Et  pour cela discutons nettement des droits pour toutes et tous.                                                                    10 millions de personnes sont des chômeurs à temps plein ou à temps partiel, (« précaires » ou faux« indépendants »). L’insécurité sociale s’aggrave : les licenciements sont facilités par les ordonnances…
Une  solution réaliste, à proposer au débat : Récupérer les gains de productivité détournés par le capital depuis des décennies, par la baisse générale du temps de travail à 32h par semaine avec embauches correspondantes. Une lutte est urgente pour l’égalité réelle, femmes-hommes dans le travail et la société.
En parallèle, remettre en place une Sécurité sociale universelle, solidaire et financée par la cotisation sociale et non l’impôt. Celle-ci, en plus des droits à la santé et la retraite, peut et doit comporter la garantie du salaire et le droit à la formation. A l’opposé du projet de contre réforme qui menace le droit à la retraite, celle-ci devrait être rétablie à 60 ans à taux plein, et à 55 ans pour les métiers pénibles.

Nous devons rteprendre une exigence nette : oui ua droit au travail et au salaire                                                                                
Notre pays est bien assez riche pour cela.                                                                                              

Il faut refuser de laisser une minorité s’enrichir et décider de tout.

Une urgence doit donc s’exprimer, à l’opposé du choix du Président des riches : une augmentation générale et massive des salaires,  des pensions de retraite et des minimas sociaux. La moitié des salarié.e.s touchent moins de 1700€ ; 9 millions d’habitants, dont beaucoup de retraité.e.s et de jeunes sont au dessous du seuil de pauvreté. Même au « minimum social », la règle devrait être d’avoir un lien avec le SMIC (par exemple 80% !) dont le niveau doit être fixé à 1800€ brut.
Pour en finir avec  le Président des riches, Macron et son monde, permettons aux plus modestes de se faire entendre. Ne laissons pas les débats politiques aspirés loin de la préoccupation quotidienne du plus grand nombre.

Toutes ces mesures vitales mais élémentaires sont réalisables, à une condition. Il y faut une force politique et sociale, - Jean-Claude dit « un Front populaire » en redéfinissant cette référence -, un mouvement pour la justice, la démocratie, l’égalité, l’écologie.

Posons donc un critère de regroupement des forces qui veulent rompre avec les politiques de gestion des gouvernements successifs.
Débattons les moyens d'exproprier les actionnaires de tous les fonds publics qu'ils détournent et ont détourné au nom des grandes entreprises qu'ils dirigent. ...
Nous devrions discuter des arguments ad hoc pour ce débat.
Par exemple…
Une majeure partie des « fonds propres », du capital des grandes entreprises sont des fonds publics appropriés et privatisés depuis des années par les actionnaires des grands groupes : Total, Alstom, AREVA, Suez, Vinci, Vivendi .... De quel droit accaparent-ils les richesses et le pouvoir de décision ?
De plus, le paiement par l’Etat à la Sécurité sociale, des exonérations de cotisation sociales (Fillon, CICE, CIR…) au bénéfice des entreprises privées transforment de fait de nombreux salariés du privé en fonctionnaires mais à disposition du capital                                                                                                             

Après 2008 l’Etat s’est endetté pour sauver les banques « trop grandes pour faire faillite ». Annulons les dettes illégitimes et confisquons ces entreprises « privées » du fait de leur détournement de fonds publics ... Supprimons l’évasion fiscale et les dons aux plus riches qui vont investir ailleurs…                                                      
Macron et son monde ne le feront pas… C’est une raison de plus pour parler vrai.
La démocratie doit exister, malgré le FN, la droite et Macron.
De la loi Asile-immigration, qui donne la victoire à Le Pen, à la main mise sur les moyens d’information par la droite et les dirigeants de la bourgeoisie, en passant par les lois liberticides et les projets de réforme institutionnelle, c’est la démocratie qui est mise en cause.    

                                                                                                                             Face au projet de destruction des droits démocratiques et de la Protection sociale, les luttes peuvent et doivent mettre en échec un projet politique et social que nous rejetons.
Unité pour empêcher de nuire Macron et son monde. Nous créerons ainsi le point de départ pour construire une autre politique, avec toutes les initiatives portées par notre société. Qu’on ne nous dise pas, une fois de plus « les mouvements de masse ne sont pas à la hauteur» et… qu’il faudrait donc avant tout se soucier des prochaines élections. Il faut au contraire et avant tout agir, créer un rapport de forces qui stimule les mobilisations et les initiatives : ce sont les institutions et les vues trop limitées à leurs calculs qui étouffent les possibilités.
Construisons un front social et politique pour la convergence des luttes et la transformation sociale nécessaire pour le plus grand nombre.

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Auteur: 
Adanet