Sur les municipales : avoir des élus ou reconstruire la démocratie

 

A Caen, comme hélas ailleurs, notre camp  de gauche et écologiste va être profondément divisé : d’abord par la stratégie autonome de EELV local et de façon plus générale par les difficultés pour les partis politiques installés de rompre vraiment avec un comportement électoral traditionnel. Et avec le fonctionnement du système politique dominé par l’adversaire,
Il faut, pour ne pas disparaître du débat public tel qu’il nous est en grande partie imposé par les médias, une union large ; mais cette union ne peut se résumer à l’addition de forces politiques et à une synthèse de programmes qui risque fort au bout du compte de ressembler à un plus petit dénominateur commun .
Un tel compromis nous conduirait alors à se contenter de gérer un acquis électoral antérieur et de ce fait à se refermer sur nous mêmes.
Notre seule chance de peser est de faire une liste citoyenne avec une démarche différente des autres listes.
Nous n’aurions pas besoin de personnalité , de locomotive médiatique, si nous faisions participer réellement plus de personnes actives dans les mouvements ( identifiées comme telles) et si nous pouvions nous ouvrir aux propositions des uns et des autres  et les confronter à ce que nous avons produit .
Il nous semble aussi important d’avancer des propositions radicales qui se fondent sur une vision stratégique de lutte contre le capitalisme : la gratuité des transports publics est un élément, tout comme la réquisition des logements vides font sortir de la marchandisation des domaines importants pour la vie des gens.
Mais ce « bon programme » ne peut acquérir de consistance et de crédibilité que s’il s’accompagne d’une révolution démocratique : ce qui signifie de commencer à construire dans la campagne , dans les orientations et pour après les élections des outils de démocratie active. Pour nous, Ensemble ! cela s’inscrit   dans une démarche autogestionnaire.
Cela ne signifie pas que les partis disparaissent mais qu’ils renoncent au monopole de la représentation politique : la liste, la campagne doivent être construites dans des assemblées citoyenne ouvertes. Nous pensons qu’il faut en faire surgir des figures non encartées en tête de liste : ce sera pour beaucoup un test de sincérité, passer du discours aux actes
Une grande place doit être donnée à des propositions , des pistes de démocratie active pour le maximum d’habitants (sans se faire d’illusion sur la participation rapide des classes populaires et c’est  une préoccupation qui doit nous guider par la suite). La démarche citoyenne ce n’est pas non plus se contenter de consulter d’informer la population sur ce qu’on leur propose :c’est une manière de contourner  la crise de la représentation politique et  les limites actuelles de la démocratie .
Les propositions du groupe de travail agglo, celles de la liste « Caen en commun » vont dans le bon sens et restent à préciser par le débat public. Pour nous il ne faut pas mélanger élus de la démocratie représentative et acteurs de la démocratie active (dont certain-e-s ne sont pas électeurs comme les étrangers par exemple auxquels il faut donner la citoyenneté de résidence ). Il ne faut pas non plus laisser croire à un double pouvoir illusoire : les conseils de quartiers ou les commissions du service public ne peuvent être délibératives mais leur rôle de contrôle et de proposition changera nécessairement le fonctionnement des assemblées élues de la commune ou de la communauté de commune.
La construction permanente de l’initiative citoyenne est en enjeu majeur face à l’Etat autoritaire et l’échelon local est un lieu essentiel d’expérimentation démocratique : les moyens d’intervention directe des habitant-e-s 
sont à multiplier et à débattre :  droit de pétition pour inscrire un sujet à l’ordre du jour communautaire, comment mettre en place des RIC qui sortent de la dynamique référendaire actuelle ? Et d’autres formes...
Au total il faut privilégier la délibération démocratique sur la seule délégation aux élus , c’est une bataille centrale et qui change le sens des élections municipales : l’objectif n’est pas d’augmenter le nombre de ses représentant-e-s pour on ne sait quelle bataille politique future régionales, sénatoriales et surtout présidentielle,   mais de proposer d’expérimenter à l’échelle du territoire d’autres modes de fonctionnement de la démocratie. Nous pensons qu’une telle démarche – qui doit s’accompagner bien sur d’une bataille idéologique sur le projet de société – peut aider à modifier les rapports de forces et contribuer avec les mouvement sociaux restaurer la capacité politique des classes populaires.

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Auteur: 
Adanet