Syrie, mars 2011/mars 2017, 6 années de révolution, 6 années de répression !

Le 18 mars 2017 marque le 6ème anniversaire du soulèvement du peuple syrien contre un régime qui l'opprime depuis des décennies, un épisode clé du magnifique élan des révolutions arabes.

Un anniversaire sur lequel pèse le poids de six années d’horreur. Avec une vaste tache de sang sur ce 21ème siècle commençant, avec la douleur et la honte de laisser assassiner un peuple dont la faute est de s'être affirmé libre.

Aujourd’hui, 6 ans après, observant des fleuves de sang et des torrents de larmes, des voix s'élèvent pour expliquer combien folle était l'entreprise ! Pour doctement commenter l'erreur qu'aurait commise la diplomatie française de condamner le régime Assad et de fermer l'ambassade de Damas.
Ce régime ne pouvait pas tomber !, décrètent-ils.

Que ne l'ont-ils dit il y a 6 ans ? Que n'ont-ils alors expliqué ce qu'est l'incroyable machine de mort de cette dictature ? Que n'ont-ils fait connaître que, pour se maintenir au pouvoir, Bachar al-Assad, comme son père, n’aurait aucun scrupule à déchaîner une violence inouïe, à mener contre son peuple une... guerre ! Quitte à détruire le pays, préférant se mettre dans la main des régimes russe et iranien plutôt que de céder une parcelle de ce qu’il estime être sa propriété privée.

Ce que les Syriens eux-mêmes ne pouvaient mesurer, malgré l'expérience de la terreur que leur a infligé cet Etat de barbarie qu'est le régime des Assad, c'est le développement d'une crise dont nul ne pouvait anticiper ce qu'elle serait.

Pour le peuple syrien, une descente aux enfers

Quels sont les éléments qui ont configuré le conflit syrien jusqu'à le théâtre d'épouvante qu'il est à présent devenu.?

° Une répression féroce, inimaginable, qui se traduit par plusieurs centaines de milliers de morts, d'autres centaines de prisonniers, torturés, affamés, voués à la disparition, des millions d’exilés et de déplacés (plus de la moitié de la population), des villes rasées...

° Répression qui a conduit à la militarisation d'un mouvement initialement pacifique, la révolution devenant guerre intérieure, avec des forces formidablement déséquilibrées au profit du régime et au détriment du peuple.

° Militarisation qui a provoqué une internationalisation du conflit, les différents acteurs sur le terrain devenant dépendants des puissances extérieures, voire pour certains n'étant que leurs agents mercenaires... Là encore avec un déséquilibre majeur : d'un côté, des soutiens financiers et en armes de faible portée, de l'autre, l'intervention directe de milices surarmées, tel le Hezbollah libanais, et d'autres afghanes, irakiennes... Et finalement l’armée russe elle-même avec toute sa puissance de feu.
La Syrie s'est ainsi transformée en un échiquier où se déroulent plusieurs guerres : entre le régime, appuyé par l'Iran, la Russie, et la rébellion ; entre Daech et la coalition occidentale ; entre les Kurdes syriens et la Turquie...

Un chaos qui pour le peuple syrien s'est traduit par une implacable descente aux enfers.

La mauvaise foi occidentale

Les Occidentaux, les Etats-Unis au premier chef, et aussi la France et l'Union européenne, interviennent militairement en Irak et en Syrie, contre Daech et aux côtés des Kurdes.

Mais il est établi qu'une intervention en faveur des forces syriennes qui combattent le régime Assad est de longue date décrétée impossible.
Les réfugiés par centaines de milliers fuient la guerre, Daech et le régime, des dizaine de milliers au péril de leur vie tentent de trouver refuge en Europe.

Une Europe où Daech n'a pas lésiné pour y porter la guerre en multipliant les attentats.
A tout cela, on pourrait ajouter les liens historiques et culturels qui lient le Royaume Uni et la France au Moyen-Orient et à la Syrie.
Mais 6 ans après, on est de plus en plus dans la situation de considérer que ce qui se joue en Syrie ne nous concerne pas, ou si peu. Hormis, au mieux, des pétitions de principe, au pire des déclarations calamiteuses (y compris les visites de parlementaires à Damas, et des entretiens généreusement accordés au dictateur dans les médias), c'est le refrain : « On n'y peut rien ! »
En fait, on ne veut rien faire.

Y compris du côté de la gauche française. A l'exception des efforts de certains, domine la passivité, voire la complicité avec le régime de Damas.

Et plus encore une mauvaise foi sans limites.
Un jour, on explique que la situation est trop complexe pour qu'on puisse prendre parti. Et le lendemain, on précise que cette complexité se réduit à une alternative d'une atterrante simplicité : face au régime, peu sympathique, il n'y aurait que des islamistes, absolument repoussants. Et le surlendemain, on conclut : face à la barbarie de Daech, Bachar al-Assad est le garant du moindre mal. C'est de son côté que la raison doit nous faire pencher.

Car, l'impératif, c'est de rétablir la paix. Une paix qui passe par une solution politique. Une solution politique incluant nécessairement le maintien du régime.

Sauf que Bachar, Poutine et Khamenei partagent une autre conception du réalisme politique et se sont donnés les moyens d'imposer une solution militaire, incluant la contrainte à l'exil pour la moitiés de la population.

Depuis le début, les Etats-Unis ont refusé de fournir aux forces rebelles les missiles sol-air qui auraient empêché l'aviation du régime d'avoir la totale maîtrise du ciel et de bombarder à tout va les zones et villes libérées. Un travail qu'a achevé l'aviation russe à Alep en écrasant cette cité et en contraignant la partie Est à la reddition.

Une victoire militaire qui permet à Poutine d'être maître de la situation, et d'imposer de par sa seule volonté que Bachar al-Assad reste au pouvoir. Bachar al-Assad, bourreau de son peuple, coupable d'innombrables crimes de guerre et de crimes contre l'Humanité...

En ce mois de mars 2017, il convient de réaffirmer qu’une telle perspective relève de l'impensable.
Mettre un terme à la tragédie syrienne et en finir avec Daech suppose que Bachar al-Assad soit écarté.
Le peuple syrien ne saurait être abandonné sans que l’humanité dans sa totalité voit gravement compromis se droits et son avenir.

Plus que jamais, solidarité avec le peuple syrien, avec sa révolution, avec son droit à vivre dans une Syrie libre !

Francis Sitel, Roland Mérieux.

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