Syrie : pas de distanciation !

L'attention pour la Syrie et le souci à l'égard du peuple syrien sont éclipsés par l'envahissement viral qui occupe l'Humanité.

On ne saurait pourtant ignorer que si les opérations militaires sont ralenties, c'est du fait de cette  crise sanitaire qui n'épargne personne.

On peut imaginer ce que sont les conditions de vie des populations dans un pays ravagé par des années de guerre, dont les infrastructures de santé ont été systématiquement détruites, et qui subit de multiples pénuries (selon l'ONU, 83 % de la population vit sous le seuil de pauvreté). Et aussi pressentir ce qu'il en est dans les camps de réfugiés de la région, et pour les habitants d'Idleb qui, afin d'échapper aux bombardements, ont été jetés sur les routes et abandonnés sans ressources.
Cela c'est la tragédie d'un quotidien qui va se prolonger.

Dans le même temps, début avril, le régime expliquait que la Syrie ne comptait que 19 cas de contamination au Covid, et deux morts (sic)... Les organisations syriennes des droits de l'homme présentent un tout autre tableau de la situation (il est vrai qu'elles prennent en compte en particulier ce qui se passe dans les prisons !).
N'empêche que l'histoire poursuit son chemin.

L'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques vient de rendre public un rapport qui établit la responsabilité du régime syrien dans les attaques au chlore et au sarin menées en 2017 contre les localités de Latamné et de Khan Cheikhoun. A Latamné, le 25 mars, c'est l'hôpital de la ville qui a été visé. A chaque fois des morts et des blessés, mais « l'objectif est plus de terroriser que de tuer » (1).…

Ce jeudi 23 avril s'est ouvert en Allemagne, à Coblence, devant la Haute Cour régionale de Rhénanie-Palatinat, le procès pour « crimes contre l'humanité » de deux anciens officiers des services de renseignement à Damas, Anwar Raslan et Eyad al-Gharib. Le premier est accusé de complicité de torture sur plus de 4000 détenus, le second a pris part aux tortures infligées à une trentaine de prisonniers. Ils avaient obtenu le droit d'asile en Allemagne en 2014. Parmi les plaignants, Anwar al-Bunni qui, en 2015, à Berlin, a par hasard reconnu Anwar Raslan,  qui fut son tortionnaire durant cinq années (entre 2006 et 2011).

Ce procès dit « Al-Khatib », du nom de la branche des services où opéraient ces deux accusés, est le premier du genre visant les crimes du régime de Bachar al-Assad. Il devrait mettre à jour « tout le système de torture méthodique, pratiquée depuis des décennies dans les geôles syriennes » et donner des indications pour remonter la chaîne des responsabilités (2).  Une machine de terreur qui a fonctionné des décennies durant, et a multiplié horreurs et  massacres lorsqu'il s'est agi de réprimer la révolution populaire (voir le dossier « César »).

En France, le Parquet de Paris a ouvert une enquête sur le cas de deux Franco-Syriens, le père et le fils, arrêtés à Damas en 2013 et supposés morts sous la torture.
« Si l'on parvient à une condamnation des premiers coupables, on n'aura pas totalement perdu notre révolution » explique la militante Abeer Farhood (3).
Souhaitons que la démarche de la justice allemande serve d'exemple à d'autres...

Roland Mérieux, Francis Sitel

(1) : Lire l'article de Luc Mathieu, « Armes chimiques : Damas confondu », in Libération, 10 avril 2020.
(2) : Lire l'article de Hala Kodmani, « En Allemagne, un procès historique pour deux tortionnaires du régime syrien », in Libération, jeudi 23 avril 2020.
(3) : Propos rapporté par Hala Kodmani dans l'article cité.

Pour information un communiqué du Collectif pour une Syrie Libre et Démocratique

Une longue marche contre l’impunité commence !

Procès historique en Allemagne de deux tortionnaires du régime de Bachar Al Assad

Depuis mars 2011, soit 9 années, le régime de Bachar Al-Assad est accusé d'atteintes gravissimes aux droits de l'Homme et mis en cause pour de multiples cas de tortures, viols, exécutions sommaires et attaques chimiques.

Les rapports d’enquêtes du Conseil des Droits de l’Homme et d’ONG comme Human Rights Watch et Amnesty international, ou plus récemment le 8 avril 2020, le Rapport de l’OIAC sur le lâcher de bombes contenant du sarin et du chlore sur une localité du nord syrien en 2017, mettent clairement en cause la chaîne de commandement syrien et la responsabilité de Bachar Al-Assad.

Le Rapport César montre 55 000 photographies effroyables de cadavres de prisonniers morts sous la torture.

« L’archipel de la torture », un Rapport de Human Rights Watch (HRW), décrit les 27 centres de détention gérés par des agences de renseignement du régime.

L’extermination de plus 17 700 personnes de 2011 à 2015 dans la seule prison de Saydnaya près de Damas, a été dénoncée par Amnesty International, qui accuse le régime d'avoir en plus pendu 13 000 personnes.

Des viols et violences sexuelles systématiques contre des civils sont perpétrés par des soldats et des miliciens pro-régime selon une enquête de l'ONU basée sur 454 interviews.

Les vetos répétés de la Russie et de la Chine au Conseil de sécurité de l’ONU ne permettent toujours pas la saisine de la Cour Pénale Internationale (CPI). C’est pourquoi, en se référant à la « compétence universelle » permettant à un État de poursuivre les auteurs de crimes contre l'humanité quelle que soit leur nationalité et l'endroit où ils ont été commis, l’Allemagne et la France viennent, devant le Tribunal de Coblence, de lancer un message important aux dirigeants syriens :

« Il n'y aura jamais d'impunité pour vous, alors réfléchissez ! », a lancé l'avocat syrien Anwar Al-Bounni, infatigable militant pour la défense des droits humains en ajoutant :

« L’important pour les Syriens est de voir enfin comment une justice indépendante peut agir dans le cadre d’un État de droit, dans l’espoir qu’un jour cela puisse se faire en Syrie ».

28 avril 2020

Contact : collectif.psld@gmail.com
Facebook : https://www.facebook.com/SyriePSLD2011/

 

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