Syrie : si les ennemis de nos amis ne sont pas nos ennemis, que vont devenir nos amis ?

Emmanuel Macron est fort attaché aux formules dont il considère, expert en poudre aux yeux, qu'elles en imposent. Le succès n'est-il pas venu confirmer qu'il en a ainsi été pour le fameux « et de gauche et de droite » ?

Pour ce qui est de la Syrie, en sa tragique complexité, Macron s'en va répétant sa martingale : « Bachar al-Assad est l'ennemi de son peuple, il n'est pas celui de la France (variante : il n'est pas le mien) » !

Donc, que le peuple syrien règle ses comptes avec un « cruel » dictateur qu'il a sans doute toute raison de détester, mais la France doit accepter le maintien de Bachar au pouvoir. Réalisme oblige ! C'est le simple constat qu'il est toujours en place, grâce à ses amis à lui, la Russie et l'Iran. Et il a « gagné la guerre » contre Daech, qui est aussi « notre » guerre, Daech étant notre principal et vrai ennemi.

A cette main tendue, ce goujat de Bachar accuse aussitôt que la France et Macron d'avoir du sang syrien sur les mains (sic), et de complicité avec les terroristes. On croit rêver ! Et notre président se sent obligé d'expliquer que ce n'est pas vrai (sic). Pour lui l'important est ailleurs. Convaincre les Français que : 1) La guerre contre Daech est gagnée ; 2) La paix devient possible (à condition d'en discuter avec Poutine et Bachar) ; 3) « la France » ne saurait être absente du vaste chantier de reconstruction qui devrait être ouvert à terme…
Côté humanisme, on devra se satisfaire de la promesse que tous les Syriens, où qu'ils soient réfugiés, devront disposer d'un bulletin de vote lors de futures élections libres en Syrie. Macron y veillera !

Quel rapport entre de tels propos et la réalité ?
1) Daech est dépossédé de son « Califat », pour autant il ne suffit pas que Macron répète après Poutine et Bachar que Daech est détruit pour qu'il en soit vraiment ainsi.
2) Qui peut imaginer qu'une perspective incluant le maintien de Bachar au pouvoir permette une « solution de paix » pour la Syrie ? Cet individu n'est pas que « cruel », il est le responsable en chef de la mort de centaines de milliers de Syriens et Syriennes, de l'emprisonnement, de la torture et des viols  de centaines de milliers d'autres, du déplacement de la moitié de la population, de la destruction du pays…

De cette guerre massive et sauvage menée contre son peuple, quelle paix pourrait en naître sous son pouvoir maintenu ? Il suffit de regarder, horrifiés, le massacre actuel du côté de la Ghouta près de Damas pour disposer de la réponse…

Roland Mérieux, Francis Sitel

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