Texte fondateur du Courant Ensemble! Autogestion - Émancipation

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Jeudi 4 mars 2021

Texte fondateur du Courant Ensemble! Autogestion - Émancipation

 

Une aspiration profonde dans la société

à prendre ses affaires en main

 

Dans leur diversité et malgré leur éparpillement, les luttes populaires, les tentatives de regroupement, les pratiques coopératives et alternatives dans les domaines de la production, de la consommation et du mode de vie, qu'elles se déploient dans le champ social ou dans celui de la préservation de l'écosystème, mettent en scène l'antagonisme de plus en plus conscient entre la société et le système capitaliste (remise en cause de plus en plus frontale des versements des dividendes du cac 40, rejet de plus en plus clair du rôle des gouvernements dans cet antagonisme- et pas seulement en France-) et montrent une aspiration profonde à une autre politique.

Cette aspiration à prendre concrètement ses affaires en main transparaît en pleine crise sanitaire en France et ailleurs :

ce sont certains services de soignant·es qui fonctionnent un certain temps pendant le 1er confinement sans tutelle administrative ou hiérarchique pour prendre en charge les malades et l'organisation des services.

C’est le contre plan relatif à l’organisation et la gestion des hôpitaux et plus généralement du système de santé produit par le collectif Inter Hôpitaux, avant même la crise sanitaire.

Ce sont encore les luttes cet automne en particulier dans les lycées d’Ile de France où les dédoublements collectivement pratiqués par les personnels avec l’appui des élèves et des parents mettent en œuvre la protection nécessaire.

Toutes ces pratiques traduisent de fortes potentialités autogestionnaires.

Face à la domination du capital et à l’incurie de l’Etat, le mouvement social construit ses réponses démontrant la nocivité des politiques néolibérales :

c'est ce que nous appelons le « déjà là » qui exprime dès aujourd'hui la possibilité d’une autre organisation de la société.

Des métamorphoses de la lutte des classes

L’autre versant de cette prise de conscience est une affirmation nouvelle de la notion de peuple que l’on a retrouvé dans le mouvement des Gilets Jaunes comme dans la participation de l’Opéra de Paris à des concerts publics ou dans les gares.

A un autre niveau le mot d’ordre « changer le système et pas le climat » ou « fin du monde, fin du mois, même combat » traduit un mûrissement de la capacité à mettre en cohérence des enjeux qui apparaissaient jusqu’alors de natures différentes.

Cette prise de conscience est liée à un sentiment d’une cause commune qui traverse toutes les urgences vécues.

 

Ces métamorphoses de la lutte des classes soulèvent des questions auxquelles il n'existe pas de réponses toutes faites.

En même temps des limites peuvent être cernées :

peut-on faire marcher l’économie sans ces actionnaires ?

Peut-on prendre cet argent à relativement court terme pour répondre aux urgences ?

Peut-on penser une autre organisation de la société ?

 

Autant de questions qui devraient conduire à envisager la rupture avec le capitalisme comme un processus dont les germes sont déjà là, celui d'une révolution longue, non-linéaire, faite d'avancées, de reculs, de moments de surplace.

Dans un tel processus, inséparable d'une stratégie autogestionnaire, nous émettons l'hypothèse de plusieurs ruptures conduisant à supprimer tous les rapports de domination.

Cela n’est pas le seul élément qui mûrit dans les têtes.

L’exigence d’une autre conception de la politique était très nette lors du mouvement des Gilets Jaunes.

La défiance envers tout ce qui ressort des rapports délégataires a été l’expression d’une volonté de ne pas se laisser déposséder de ses responsabilités en tant que peuple : on peut le mesurer à l’exigence du RIC ou à un autre type d’organisation qui a permis aux Gilets Jaunes de durer si longtemps et de couvrir l’ensemble du territoire.

Les formes de ces luttes

traduisent l'aspiration à l'auto-organisation

 

Dans les processus des luttes et mouvements évoqués s’exprime de façon inaboutie, l’attente d’une autre façon de faire qui concerne aussi bien la société, la politique que les formes d’engagement associatif et syndical.

Et le caractère inabouti de cette attente n’invalide en rien la valeur des interpellations, bien au contraire.

Les formes de ces luttes traduisent l'aspiration à l'auto-organisation, l’auto-gouvernement et l’auto-détermination.

Ce caractère inabouti vaut aussi pour bon nombre de soulèvements populaires ou de processus révolutionnaires enclenchés dans différentes régions du monde depuis maintenant dix ans.

Certains ont permis -et ce n'est pas rien- d'abroger des lois ou des décisions iniques, de chasser des dirigeants autocrates et corrompus, de changer de régime politique, d'autres n'ont pas réussi à déboucher sur des avancées stables et significatives, d'autres encore ont même vu le retour de la contre-révolution.

 

Mais dans toutes ces mobilisations, quel que soit leur degré de réussite et par-delà leur grande diversité, les caractéristiques communes sont frappantes.

Il y a les objectifs :

le refus des inégalités sociales -aggravées par la mécanique implacable du capitalisme- et de la corruption,

l'exigence de démocratie réelle.

Mais il y a, et c'est tout aussi important,

la volonté de prendre ses affaires en main,

de ne pas s'en remettre à un chef ou même à des représentants

et de limiter toute démarche délégataire -notamment à des partis politiques-,

le refus de la violence -qui n'exclut pas le recours à l'auto-défense face à la répression.

 

Cela situe la responsabilité de celles et de ceux qui se sont engagé·es pour une alternative au capitalisme et à tout système de domination.

 

Des luttes, des mobilisations déterminantes pour construire et tracer le chemin de l’émancipation, de l’autogestion : quel type d’organisation politique correspondrait à ce besoin ?

 

Notons que pour l’instant,

tout ce qui ressort du modèle proposé par les partis politiques

- y compris les formations les plus récentes -,

c'est leur incapacité de se saisir

de cette exigence citoyenne nouvelle,

qui remet en cause toute leur conception

visant « à guider le peuple »

en lui demandant son soutien pour aller au pouvoir,

d’où une présence hypertrophiée des enjeux électoraux.

 

Nous ne sommes pas spectateurs et spectatrices de ces mobilisations : nous en sommes partie prenante et nous les soutenons activement, en tant qu'altermondialistes et internationalistes quand elles se situent ailleurs que sur notre territoire.

 

Ensemble ! devrait être à même de percevoir ces attentes et de les traduire en pistes à explorer.

C’est-à-dire de s’immerger sans hésitation

- contrairement à ce qu'il s'est passé quand une partie d'Ensemble ! a préféré mettre l'accent sur ses réticences vis-à-vis des Gilets Jaunes -

dans ces mouvements

afin de partager la construction de conceptions alternatives à la société dominée par le capital

non pas comme une projection abstraite pour un avenir hypothétique

mais pour y chercher des objectifs qui répondent aux urgences sociales, démocratiques et écologiques.

 

Ensemble ! devrait s’y inscrire

Seule la possibilité de participer franchement à ces mouvements et à ce type d’élaboration peut créer le dénominateur commun à toutes les luttes

- dénominateur commun recherché par ces mêmes luttes -.

Sinon, c’est la démagogie d’extrême-droite qui récupère les positionnements « hors système ».

Ce serait aussi l’impuissance devant le glissement vers une fascisation du système politique, préparée par une partie des élites, y compris dans l'appareil d’État et notamment dans des secteurs de la police.

 

Ensemble ! devrait s’en inspirer

C’est ici que les options autogestionnaires participent à définir un autre type de luttes immédiates.

Mais toujours en écoutant ce que nous disent les luttes :

à visée autogestionnaire ne peut correspondre que cheminement à caractère autogestionnaire.

Le mouvement féministe nous a appris que l’émancipation devait commencer dès l’action pour l’émancipation.

C’est le sens que nous donnons à l’ouverture du chantier « quel type d’organisation politique ?» retenu dans la feuille de route de la commission stratégique mise en place après l’AG.

« Dans la rue et dans les urnes » Ensemble devrait avoir, entre autres , pour objectif, de favoriser les capacités de la société civile à s’auto-organiser, débattre , décider pour y développer l’hégémonie des idées et des pratiques autogestionnaires.

Ainsi ,pour les échéances électorales à venir (départementales, régionales, et au-delà),

Ensemble devrait adopter à la fois une démarche radicale, citoyenne et unitaire :

favoriser en y associant toutes les forces politiques intéressées, l’organisation et la structuration d’assemblées populaires citoyennes, décisionnaires,

qui devront être au cœur de l’élaboration de programmes alternatifs aux politiques menées tant par la droite que par la gauche sociale- libérale

et à la base de la désignation des candidatures pour des institutions démocratiques, sociales, écologistes, antiracistes et féministes.

Cette démarche citoyenne n'est rien d'autre que la traduction dans les processus électoraux de notre démarche autogestionnaire fondamentale.

Depuis quelques années Ensemble ! a donné l'image d'un mouvement paralysé et écartelé entre son mimétisme envers la sphère politique institutionnelle et l’exigence d’une radicalité nouvelle et d’une démarche à caractère autogestionnaire.

Cela devrait conduire les militant·es d’Ensemble ! à vouloir dépasser leur manière de faire et pour cela le fonctionnement même de l’organisation,

et à situer clairement le dépassement d'Ensemble ! dans la perspective de la construction d'une force de gauche alternative plus large,

et pas d'une nouvelle alliance de toute la gauche -par ailleurs nécessaire,

mais sur des bases citoyennes

et avec en son sein une gauche alternative forte.

Précisons que pour nous, les forces potentielles de cette gauche alternative plus large qu’Ensemble ! sont avant tout celles qui sont partie prenante des mobilisations et qui ne se reconnaissent jusque-là dans aucune force organisée.

Mais il existe aussi des forces disponibles pour une gauche alternative

dans le mouvement associatif, altermondialiste et syndical, dans différents réseaux -notamment les réseaux se fédérer-,

parmi les signataires des appels (Le Jour d’après, Se fédérer, Ensemble soyons responsables...etc), de ces derniers mois,

au travers du Nouveau Projet Politique,

du côté du courant ouvert du NPA ou encore des écologistes radicaux du PEPS, des autogestionnaires d’Alternative et Autogestion ou des libertaires de l’UCL…

Avec tous ces éléments qui constituent une sorte de diaspora de la gauche alternative,

le dialogue et l’action commune doivent s’intensifier,

dans la perspective demain d’une coopérative pour l’alternative,

et pourquoi pas plus tard d’une force politique commune.

De manière complémentaire, il est grand temps d'ouvrir le dialogue avec les nouveaux mouvements de l'antiracisme, du Comité Adama au FUIQP et de s'impliquer pleinement dans le soutien ou la participation directe à leurs activités.

Dans la perspective d'une coopérative pour l'alternative et de futurs partenariats à construire avec d'autres, c'est une priorité absolue.

Depuis la diffusion de la contribution « Un débat stratégique pour et par les luttes » (2019) puis les conclusions de l’Assemblée Générale de 2020, maintenant le débat en vue de l’élaboration d’une stratégie originale est enfin commencé.

Il est le fait de camarades qui en ont des approches différentes.

Il est donc indispensable de le mener en en clarifiant les termes.

Une des clés pour nous est de ne plus dissocier une vision post capitaliste des urgences du moment, tant pour les problématiser que pour y chercher des solutions.

Encore une fois, il ne s’agit pas d’un travail abstrait ou pour un avenir lointain mais d’un travail aux implications politiques immédiates.

Un courant de gauche alternative

Nous sommes quelques-un·es à nous être mutuellement repéré·es à travers nos interventions ou messages sur la liste du CN.

Nous avons multiplié nos échanges (y compris dans des soirées lors de CN) et nous nous sommes retrouvé·es, avec d'autres, autour de la contribution soumise à l’AG

« Un débat stratégique par et pour les luttes ».

 

De fait, ces échanges et ces efforts nous ont conduits à nous considérer de fait comme un nouveau courant.

Un nouveau courant indispensable pour porter et proposer une orientation plus radicale au sein d'Ensemble !

Nouveau car, si Ensemble ! résultait à l'origine de plusieurs organisations pré-existantes, nous avons derrière nous des parcours différents pour constituer l’archipel d’Ensemble.

Nous avons toujours, parmi nous, des sensibilités différentes

- par exemple sur la question de l'organisation politique : nous rejetons la conception du « bon parti » qui nous ramènerait au parti-guide/parti-État.

Nous sommes ouvert·es aux questionnements sur « quel type d'organisation voulons-nous » qui permettrait d’articuler pratiques alternatives, révolution et autogestion et dans ce cadre les différences nous stimulent plutôt qu’elles nous freinent.

Ce n’est pas dans un esprit de concurrence mais dans l'idée de favoriser aux yeux du plus grand nombre la possibilité de situer les différents points des débats à venir que nous nous constituons en courant.

Plus largement, nous ne voulons plus de la tradition d'établir des rapports de forces et des logiques concurrentielles destructrices dans le camp de la gauche et des mouvements d'émancipation, et a fortiori au sein d'Ensemble !

Le rapport de forces, c'est contre le capital et sa représentation politique, contre la menace néo-fasciste, que nous devons le construire !

Notre courant se veut l’expression d’une radicalité articulant les dimensions sociale et écologiste, féministe, et antiraciste en reliant sans relâche les luttes et les mobilisations à une perspective anti-capitaliste,

non pas de façon mécanique ou incantatoire, mais par une analyse fine de ces liens.

Les références autogestionnaire, écologiste, féministe et antiraciste ont une portée immédiate

et n'ont de sens que si elles se traduisent en actes,

à la fois dans l'orientation et dans le fonctionnement d'Ensemble ! au quotidien et en profondeur.

Courant de gauche alternative informel, sans esprit de bloc ni de discipline.

Ni tendance ni fraction dont le propre agenda aurait la priorité sur celui d'Ensemble!

Nous ne considérons notre courant que comme élément ouvert à toutes et à tous afin d’aider le mouvement lui-même à jouer un rôle plus actif

non seulement dans les mobilisations sociales

mais aussi dans les mobilisations écolo/climatiques, féministes, antiracistes,

et moteur dans l’émergence d’un vaste mouvement populaire porteur d’alternative au système actuel à partir des luttes et actions en cours.

Nous voulons enrichir la réflexion collective d’Ensemble !, dont nous considérons le pluralisme comme un acquis,

et nous sommes donc impliqué·es dans la vie d’Ensemble avec l’objectif que ses collectifs soient en situation de pouvoir jouer le rôle d’impulsion que la situation appelle.

 

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Dom-PenArBed-29