Texte politique adopté : un nouvel espoir

La démarche présentée dans ce texte de construction d’une coalition autours de mesures d’urgence est une première étape. Elle ne dessine pas immédiatement la perspective d’un nouvel horizon d’émancipation. Elle doit s’articuler avec une visée à long terme, qu’il s’agit aujourd’hui de travailler, dans le cadre et la perspective d’une rupture avec le système capitaliste. Ensemble soutiendra et participera à cette démarche, et, partout où nous le pouvons, nous tenterons de montrer que ces exigences sociales, écologiques, démocratiques, dessinent dores et déjà une autre société, un « déjà là » émancipateur qui doit se développer, une autre façon de produire, de travailler, de décider, de vivre ensemble, de s’approprier les richesses, de construire une démocratie vivante, indissociablement sociale et politique, de démontrer que « nous pouvons faire » à la place des décideurs actuels qui sont en réalité des prédateurs de la société et du « commun ».

Introduction

Un monde en basculement

Le caractère inédit de la conjoncture historique est marqué par la combinaison de quatre crises majeures qui frappent l’humanité. Une crise géopolitique qui ouvre une période de grande instabilité entre la crise de l’hégémonie américaine, la montée en puissance des pays émergents, le basculement d’un centre de gravité de l’économie mondiale vers l’Asie, et la résurgence de zones de conflits militaires en Europe, au Moyen Orient - avec la question cruciale du problème palestinien – et en Afrique, auxquelles s’ajoutent l’extension du djihadisme depuis l’Irak et la Syrie à l’échelle internationale… Une crise économique du capitalisme mondialisé qui n’en finit pas et provoque des conséquences sociales désastreuses en particulier aux États-Unis, en Europe et au Japon, alors que les échanges multilatéraux prônés par l’OMC s’enrayent. Une crise écologique qui n’est pas « à avenir » mais qui fait désormais partie de la situation présente avec des conséquences de plus en plus concrètes pour des millions de personnes (catastrophes naturelles, dégradations de l’environnement…). Une crise démocratique qui s’exprime à travers l’abstention électorale grandissante, le rejet massif du système politique et s’enracine dans les liens de plus en plus étroits entre bourgeoisies financières et les élites politiques. Les effets de ces quatre crises majeures s’accumulent et se renforcent les uns les autres, questionnant quel avenir est possible, quelle société est nécessaire.

Dans la période actuelle, il existe des expériences de ruptures avec le néolibéralisme qui sont des points d’appuis pour ouvrir d’autres possibles. Les expériences des gouvernements de gauche en Amérique Latine ont démontré que le libéralisme n’était pas la seule voie, bien que ces gouvernements aient été confrontés aux difficultés d’une transformation dans la durée des rapports sociaux, du lien avec les mouvements sociaux, de la remise en cause des logiques d’exploitation... Les révolutions arabes, évènement historique de grande ampleur, ont affirmé l’universalité de l’aspiration à la démocratie et à la justice sociale. Des mobilisations populaires ont également émergés au Burkina Faso, à Hong Kong, en Turquie, au Brésil… qui témoignent de la volonté des peuples de prendre leur destin en main.

En Europe, les mouvements sociaux et syndicaux, les forces politiques de transformation sociale sont confrontées à une guerre de classe intense à travers les politiques d’austérité et à la montée en puissance de courants politiques réactionnaires et fascisants.

Un des défis essentiels qui est posé à ceux qui à gauche cherchent à ouvrir une autre voie est de répondre au problème stratégique d’entraîner et de susciter l’adhésion d’une majorité de la population sur la base d’un programme de refus de l’austérité, qui permette une rupture avec la logique du capitalisme. L’audience croissante de Podemos en Espagne et de Syriza en Grèce montre que l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement de gauche antilibérale pourrait se concrétiser et ouvrir une situation radicalement nouvelle sur le continent

Première Partie

La société française entre repli sur soi et aspiration démocratique

Une gauche au pouvoir qui étouffe les possibles

Le quinquennat de Nicolas Sarkozy avait été marqué par de profondes régressions idéologiques et de contre réformes libérales dans l’objectif de maintenir la place du capitalisme européen dans la hiérarchie européenne et internationale. Le quinquennat de François Hollande s’inscrit dans cette logique en donnant la priorité à la satisfaction des intérêts du patronat et de la finance. Pour la première fois dans l’histoire, un gouvernement de gauche en France assume ouvertement sa gestion du capitalisme et veut clore le débat sur toute politique alternative.

Cette situation provoque une profonde désorientation au sein des salariés et des jeunes, une perte de repère, une crise des valeurs. La référence à « la gauche » est largement mise en cause, ce qui pourrait aboutir à des reculs idéologiques plus prononcés encore, même si les politiques rétrogrades mises en œuvre au gouvernement au nom de « la gauche » en sont responsables. En effet, que veut dire « être de gauche » quand l’horizon se borne à la recherche de la compétitivité ? Que veut dire « être de gauche » quand la réduction des déficits publics étouffe l’avenir ? Les valeurs de solidarité et de justice sociale sont fragilisées. Encouragée par des discours de stigmatisation que l’on retrouve de l’extrême droite jusqu’à certaines voix de gauche, c’est la culpabilisation des plus faibles (chômeurs, précaires…) et des minorités (Musulmans, Juifs, Rom…) qui prend le dessus. L’idée d’égalité des droits entre tous elle-même tend à être remise en cause.

Sur le plan politique, la crise démocratique, la fracture entre les institutions et les citoyens sont redoublés d’une crise existentielle à gauche. Une abstention massive frappe les électeurs du Parti Socialiste, sans que ni le Front de Gauche, ni Europe Écologie ne progressent pour autant de façon significative. Dans cette situation, le Front national de Marine Le Pen connaît une progression importante, impose ses idées, gagne des élus tout en développant une orientation fondamentalement anti démocratique, xénophobe, antimusulman. Mais le retour au pouvoir de la droite constitue également un danger majeur. Malgré ses divisions, les différents dirigeants de droite, de Juppé à Fillon, développent tous un discours de « guerre sociale, voire pour Nicolas Sarkozy de quasi « guerre civile », prêt à agiter et enflammer toutes les peurs (référendum anti immigration…).

Les points d’appuis existent pour un autre avenir

Si la situation traduit une dégradation du rapport de force, il persiste au sein de la société française des tendances de fond qui constituent autant de points d’appuis à développer pour faire émerger d’autres possibles.

Les aspirations à une société plus juste, plus égalitaire, plus écologique, plus démocratique sont pourtant toujours là. Elles sont un moteur puissant de nombreuses résistances du monde du travail et de la jeunesse sur de nombreux terrains, elles doivent se libérer pour reprendre le dessus.

Il s’agit maintenant, à partir des exigences fortes issues de ces mobilisations, d'en dégager la portée politique et d’enclencher une dynamique d’émancipation qui leur donne davantage de force, pour réunir sur cette base des majorités d’idées dans la société.

Aujourd’hui, la crise démocratique, la défiance envers la politique telle qu’elle se fait s’accompagne d’une aspiration profonde à prendre ses affaires en main, à participer directement aux choix collectifs. Ces dernières années, à chaque moment décisif (refus du TCE en 2005, mouvement des retraites en 2010, présidentielle en 2012…), cette volonté de se faire entendre, de ne pas être dépossédé de son propre avenir, s’est exprimée avec force. Il y a une disponibilité et un intérêt pour une autre façon de faire de la politique à l’opposé de la privatisation des pouvoirs qui domine aujourd’hui.

Même si de nombreux reculs ont été subis ces dernières années, les logiques du libéralisme, de la déréglementation généralisée, de la concurrence dans toutes les sphères de la société, restent largement rejetées. Le refus du travail du dimanche, la défense des 35 heures et de la Sécurité Sociale sont des limites que les libéraux et socio libéraux cherchent à remettre en cause. Des dynamiques sociales majoritaires sont possibles et peuvent mettre en échec la politique d’austérité du gouvernement. Les résistances au productivisme, les luttes contre les Grands Projets Inutiles témoignent d’un progrès de la conscience écologique par des parties de plus en plus importante de la population et constituent un canal de mobilisation important, notamment dans la jeunesse. De nombreuses pratiques et formes de résistance, qui ne sont pas sous le regard des médias traditionnels ou des professionnels politiques, doivent être valorisées, soutenues, animées. Elles proviennent de forces syndicales, associatives, écologistes, féministes, de mouvements démocratiques et citoyens, dans la culture, dans les quartiers, les villes et communes, dans les pratiques solidaires et alternatives qui se développent sur de nombreux aspects de la vie : luttes de réappropriation d’entreprises (Fralib…), pratiques innovantes de type « Zéro déchets », innovations artistiques et médiatiques, solidarités anti-racistes de nouveaux types, protection des espaces naturels (Notre Dame des Landes, Barrage de Sivens…), vigilance anti-nucléaire, etc... Sur le champ politique, la nomination de Manuel Valls et la politique mise en œuvre par François Hollande avec le Pacte de Responsabilité a provoqué un électrochoc politique. Une recomposition politique de grande ampleur est possible et peut dessiner un nouveau visage de la gauche en France. Le départ d’Europe Écologie du gouvernement, l’apparition des « Frondeurs » au sein du Parti Socialiste, l’émergence de nouveaux acteurs, comme Nouvelle Donne ou les Listes féministes aux Européennes sont autant de points d’appuis pour construire des convergences. L’issue de telles évolutions n’est pas encore inscrite. Différentes stratégies peuvent exister entre d’une part, une illusoire recomposition d’une « gauche plurielle », ne tenant pas compte de la mutation représentée par l’approfondissement du versant social-libéral du gouvernement en de la direction du PS, et d’autre part un objectif de rendre possible un gouvernement anti-austérité, appuyé sur les mobilisations sociales et écologiques. Cela dessine un des enjeux essentiels de la prochaine période : consolider une alternative politique qui dessine une autre voie que la politique de François Hollande. Il faut travailler à l’architecture de cette construction politique, pas seulement à travers les rencontres entre organisation mais en l’enracinant, à travers un travail de longue haleine, dans les aspirations profondes qui existent au sein du peuple aujourd’hui.

A l’échelle européenne d’autres points d’appuis existent, avec la croissance rapide, en Grèce et en Espagne d’une gauche antilibérale pouvant bousculer le statu quo libéral. L’actualité renforce la nécessité du développement d’un Front de gauche à l’échelle européenne, d’une collaboration entre toutes les forces qui se sont regroupées lors des élections européennes derrière la candidature d’Alexis Tsipras, avec la Gauche Unitaire Européenne et le Parti de la gauche Européenne. En Grèce et en Espagne, une nouvelle gauche alternative est en passe de gagner des majorités opposées aux impasses des politiques libérales et social-démocrates. En Grèce, Syriza réussit à rassembler et à convaincre qu’une majorité et un gouvernement de gauche portant une alternative antilibérale étaient possible autour d’un programme politique d’urgence pour sortir de l’austérité : rejet des plans de la Troïka, remise en cause de la dette illégitime, taxation des plus riches et restauration des salaires et protections sociales détruites par les gouvernements de la Troïka, création d’emplois publics et prise de contrôle sur plusieurs secteurs clés... En Espagne avec Izquierda Unida et surtout Podemos, une nouvelle gauche est en passe de contester la domination de  la  social-démocratie, en s’appuyant sur le mouvement des «Indignés» et en proposant un programme de gouvernement d’urgence contre l’austérité.

Même si le contexte est différent en France, le Front de gauche peut s’inspirer de ces exemples pour développer une dynamique du même type dans notre pays. Il doit impulser une large solidarité, notamment dans l’éventualité d’un gouvernement dirigé par Syriza, contre toutes  les attaques que mèneront la Troïka, les banques et les puissants, et tous les partis qui clament «qu’il n’y a pas d’alternative à l’austérité» et voudront faire échouer toute expérience d’une gauche alternative

Deuxième partie

Mettre en échec la politique d’austérité de Hollande

L’émergence d’un front social et politique

Si la question de l’alternative politique est aujourd’hui essentielle, elle ne peut être séparée du rapport de force qui se construit à chaque moment à travers les luttes sociales, qui se développent. L’audience des idées antilibérales et anticapitalistes est étroitement connectée à l’écho et à l’ampleur des mobilisations collectives qui travaillent la société. Les expériences en Grèce et en Espagne qui ont vu des manifestations prolongées contre l’austérité et l’émergence de forces politiques nouvelles autours de Syriza et Podemos ont montré le lien –même s’il n’est pas automatique - entre  mouvements sociaux et recompositions politiques.

Aujourd’hui, après un début de quinquennat marqué par l’absence de réactions collectives fortes, des secteurs sociaux retrouvent le chemin de la mobilisation collective face à la brutalité de la politique en faveur du capital de François Hollande et Manuel Valls. Mais ces mobilisations se développent dans un rapport de force très dégradée et avec une situation de division profonde du mouvement syndical. Et le gouvernement Valls est d’autant plus enclin à choisir la fermeté et la répression face aux luttes des salariés qu’il mesure pleinement l’impopularité de sa politique, le rejet croissant qu’elle suscite dans les classes populaires et le risque de se retrouver dans une situation où me pays serait « ingouvernable ». Une victoire sur une des questions clé de la politique d’austérité de François Hollande pourrait changer le climat social et politique, constituer un encouragement pour les mobilisations, accroître l’écho des alternatives qui se cherchent à gauche. Cela contribuerait aux résistances des peuples qui qui se développent partout en Europe contre les politiques d’austérité.

Dans ce contexte, le collectif pour une « Alternative À l’Austérité » (AAA) constitue une démarche précieuse rassemblant plus d’une centaine d’organisations, politiques, syndicales et associatives et permettant d’anticiper les initiatives à prendre dans un cadre large. Sans se substituer aux initiatives propres des organisations syndicales ou des mouvements sociaux, il permet d’impulser, à partir d’un front large et pluraliste des actions contribuant à construire le rapport de force contre la politique du gouvernement. Il contribue à lutter contre la séparation dépolitisante entre le social et politique en initiant des formes de travail commun qui permettent à chaque force d’en être partie prenante, en ancrant ses initiatives dans les territoires. Après l’organisation des manifestations du 15 novembre au moment du débat budgétaire, de nouvelles initiatives sont d’ores et déjà en préparation pour le printemps 2015. L’initiative des assises des services publics à Guéret le 13 juin 2015 sera une échéance importante.

Gagner le bras de fer contre l’austérité

Les raisons de se mobiliser sont multiples et nul ne peut prévoir les questions qui peuvent cristalliser le rapport de force et ouvrir une nouvelle crise politique. Toutefois, quatre enjeux majeurs qui sont au cœur de la politique libérale de François Hollande et du bras de fer engagé avec les salariés et la jeunesse.

- La mise en œuvre du « Pacte de responsabilité » impulsé par Hollande début 2014, s’étale sur les années 2015 et 2016. Ses effets concrets, dans les services publics (hôpitaux, écoles…), pour la Sécurité Sociale, pour les collectivités territoriales, qui se retrouvent « plumées »  ne vont cesser de s’accentuer pour réaliser les 50 milliards d’euro d’économie. Surtout que la logique de la politique d’austérité (qui réduit la consommation et freine ainsi toute perspective de relance) est un puits sans fond qui appelle toujours plus d’austérité.

- La soumission du développement économique au diktat de la compétitivité pousse à la surenchère dans la multiplication des Grands Projets Inutiles (censés renforcer l’attractivité des territoires pour attirer les capitaux internationaux), à l’exploitation effrénée des ressources naturelles. Les mobilisations à notre Dame des land, contre le barrage de Sivens, contre la ferme des 1000 vaches ou la ferme des 1000 truies… sont autant de foyers de contestations qui remettent en cause la logique de l’aménagement du territoire entièrement soumis aux exigences du capital.

- Le projet de loi « pour la croissance et l’activité » présenté par le ministre Emmanuel Macron concentre les obsessions de la compétitivité et de l’austérité. L’extension du travail du dimanche et de nuit, la remise en cause des salariés (prud’hommes et inspection du travail), la suppression de toute peine de prison pour le délit d’entrave syndicale, la privatisation des aéroports… font de cette loi un projet entièrement dévoué à satisfaire ouvertement les intérêts du patronat et à renforcer l’exploitation la plus brutale des salariés. C’est une large mobilisation des forces de gauche, syndicales et associatives qui est à construire pour barre la route

- Il s’agit, dans les communes et les départements de développer les mobilisations contre la baisse des dotations de l’état, pour la restauration des capacités d’ investissement nécessaires aux services publics des collectivités territoriales, et contre une réforme territoriale qui fait disparaitre les échelons de administratifs les plus proches de citoyens ( communes et département) au profit de plus grands ensembles plus éloignés du contrôle populaire et qui affaiblissent le réseau de services publics de proximité.

Il est nécessaire de repenser la place des échanges marchands qui sont devenus la seule référence entre les humains pour redonner vie ou inventer des espaces de gratuité, des biens communs. Le système dans lequel nous vivons nous condamne à aller gagner notre vie, puis à consommer notre salaire. Pour les plus pauvres, cela permet à peine, voire ne suffit pas à subvenir aux besoins élémentaires. Pour les plus riches, c’est l’accumulation d’objets obsolètes, inutiles… Il faut trouver des moyens de faire société autrement, d’échanger entre nous autrement que sous forme d’argent. De nombreuses alternatives existent, pour certaines avec une expérience  de plusieurs dizaines d’années et qui pourraient être généralisées : les AMAP, les SEL, les monnaies locales complémentaires, les systèmes d’échange de savoirs, les universités populaires, certaines expériences coopératives… Les expériences plus récentes des ZAD semblent aussi être des laboratoires très intéressants de ces possibles dont nous avons besoin.

A l’opposé de toute idée que François Hollande en aurait fini avec ses « réformes », l’échec de sa politique le pousse à multiplier sans cesse de nouvelles annonces. Déjà des ministres ont envoyé des premiers ballons d’essai annonçant une possible nouvelle réforme des retraites avant 2017. La logique de l’austérité est de mener une guerre permanente contre les droits sociaux, contre les salariés, les chômeurs, les jeunes et les femmes.

Troisième Partie

Ouvrir une nouvelle perspective politique à gauche

L’urgence d’une coalition anti-austérité des forces de gauche et écologistes opposées la politique de Valls et Hollande

Les forces collectives et individuelles qui s’opposent aux choix politiques de François Hollande et Manuel Valls et qui cherchent une issue émancipatrice aux désordres contemporains sont aujourd’hui nombreuses mais éclatées. Elles doivent converger pour ouvrir une perspective porteuse d’espoir, à même de mobiliser le peuple et de construire des majorités d’idées, sociales et politiques qui changeront la donne.

Il faut prendre la mesure du désarroi et de la colère qui existe aujourd’hui à gauche pour des millions de salariés. L’hypothèse d’un retour au pouvoir d’une droite revancharde et extrêmisée, voire de l’extrême droite qui arriverait à s’imposer comme une force de gouvernement, est largement perçue. Il faut desserrer l’étau de ce scénario catastrophe, refuser le chantage opéré par la direction du Parti Socialiste qui prétend empêcher l’émergence de toute alternative politique alors qu’elle porte une lourde responsabilité dans la crise en cours. Il y a urgence à rassembler toutes les forces de gauche et écologistes, du Front de Gauche, d’Europe Ecologie, des « Frondeurs », de Nouvelle Donne, du NPA, des courants libertaires, des Objecteurs de Croissance… les énergies du mouvement social, les collectifs citoyens, pour constituer une large coalition politique capable de proposer un programme de mesures immédiates alternatives à l’austérité, une stratégie de mobilisation de la population et de constitution d’une majorité politique et d’un gouvernement à même de mettre en œuvre ce programme de transformation sociale et écologique. La nouvelle majorité politique que nous voulons construire s’oppose totalement aux tentations ou tentatives diverses de reconstruction d’une nouvelle union de la gauche ou d’une majorité plurielle portées par les socio-libéraux.

La lutte pour construire l’émergence d’une nouvelle majorité et d’un nouveau gouvernement, est une dimension régulière que notre mouvement, Ensemble, doit porter : dans ses explications politiques, ses tracts, dans les occasions médiatiques. C’est parce que les citoyens-es, les salarié-es, les chômeurs-euses, les jeunes, ne voient aucune alternative, ici et maintenant, que l’attrait du Front national grandit, ou que se développe la sécession politique (abstention, écœurement). Ensemble, et tout le Front de gauche, doivent donc porter l’idée que c’est maintenant qu’il faut être utile, tenter d’en convaincre les forces critiques à gauche pour qu’elles agissent de manière unie, même sur des points partiels. C’est ainsi que nous pourrons accréditer l’idée qu’il est possible de faire autrement, et que le processus des Chantiers de l’espoir sera basé sur des actes politiques communs. C’est urgent parce que  la prééminence de la présidentielle va très vite préempter toute la vie politique, et obscurcir encore l’horizon.

Mais la construction de ce rassemblement est aussi un travail de longue haleine qui nécessite de faire converger des forces qui ont eu ces dernières années des trajectoires et des positions différentes sur des questions importantes, par exemple sur l’appréciation du projet de François Hollande et le choix de participer au gouvernement Ayrault. A l’échelle des institutions locales, des divergences peuvent exister sur des enjeux de société qui n’ont rien de négligeable. Mais ce qui doit prédominer aujourd’hui, c’est l’opposition à la poursuite de la politique d’austérité mise en œuvre par Manuel Valls et François Hollande et la conviction de l’urgence vitale de constituer une alternative à cette politique. Cela suppose de créer les conditions de cette unité, que chaque force se sente respecter dans cette coalition nouvelle. La clé de la réussite de ce pari, c’est la capacité de ce rassemblement à susciter une dynamique populaire, à permettre la réappropriation de la politique par les citoyens qui en ont été dépossédés.  Notre capacité de mobilisation populaire passe aussi par une expérimentation de formes nouvelles d’initiatives politiques, plus dynamiques, plus participatives, plus créatives, donnant à voir le métissage des univers institutionnels (partis, élu-e-s), intellectuels, artistiques, sociaux et citoyens.

Le processus des « Chantiers d’espoir » qui s’est engagé à l’initiative du Front de Gauche, d’Europe Ecologie,  de militants socialistes, d’acteurs du mouvement social… constitue une première étape en ce sens. Il permet au 1er semestre 2015 de jeter les premières bases de ce rassemblement, qui est encore inachevé, et qui a vocation à s’élargir, à des forces qui hésitent encore sur les choix à faire pour constituer une alternative politique crédible. La construction de ce processus ne peut se décréter, il doit se construire par étape, à partir des réalités militantes réellement existantes ; il nécessite d’innover pour lever les obstacles qui peuvent exister. Il s’agit non seulement de concrétiser les convergences sur les grands axes d’une alternative politique au gouvernement actuel, mais aussi d’avancer sur le contenu de propositions nouvelles et co-élaborées. Il s’agit de construire une coalition politique entre différentes forces constituée sur quelques mesures clés de ce que serait la politique d’un gouvernement anti austérité.

Nos propositions pour concrétiser une alternative de gouvernement, ce que ferait une nouvelle majorité vraiment à gauche

Ensemble propose aux débats avec toutes les forces d'une gauche et d’un mouvement social à la recherche d’une alternative de s’entendre sur quatre grands chapitres de mesures d’urgences qui pourraient concrétiser un changement de politique immédiat. Les premières mesures d’urgence que devra prendre un gouvernement anti-austérité devront très rapidement s’appuyer, impulser et renforcer les mobilisations populaires. C’est cette dynamique qui donnera sens et corps aux ruptures avec l’organisation et le fonctionnement du système capitaliste. Ce que serait le programme d'urgence d'un gouvernement qui voudrait sortir de l'austérité et de la crise.  Répondre aux exigences immédiates sur l’emploi, le logement, les salaires, suppose un changement radical de politique à gauche, l’engagement d’une autre répartition des richesses, une confrontation aux traités de l’Union Européenne,  au pouvoir des banques et des actionnaires. L'urgence est de faire apparaitre dans la population qu’une autre issue politique est possible, qu’on peut se mobiliser pour la porter, dans les mouvements sociaux comme dans les élections. Pour rendre concret l’idée qu’une nouvelle majorité de rupture à gauche est possible, qu’elle est à portée de la main dans plusieurs pays européens, qu'elle commence à se rassembler en France, il faut avancer sur l’élaboration d’un contenu politique défini par des objectifs précis et réalisables Ce n’est pas un programme global de transformation sociale, mais un projet de gouvernement de rupture qui amorce une transition vers un nouveau type de développement écologique de production et de consommation, tout en ouvrant la voie à un changement des institutions pour garantir l’égalité et de nouveaux droits démocratiques et sociaux. Les convergences sont déjà réelles, exprimées dans les mouvements sociaux qui élaborent de leur côté des solutions, ou dans les débats qui traversent le Front de Gauche, EELV, le «frondeurs» socialistes. Pour qu’elles se concrétisent, cela supposera des clarifications et des ruptures politiques avec la politique défendue par la direction du Parti Socialiste. Nous proposons d’avancer ensemble autour d’au moins quatre grands thèmes de discussion :

- Un verrou à faire sauter: refuser de se plier aux traités européens, et engager le combat pour une autre Europe avec les forces progressistes du continent.

- Une autre logique budgétaire, par une réforme fiscale fondamentale et une nouvelle loi bancaire vers l’appropriation sociale des outils financiers, l’augmentation des revenus et de l’investissement publics dans les biens communs.

- Engager immédiatement l’indispensable transition énergétique.

- Redonner les moyens d’un contrôle citoyen sur les choix politiques, refonder les institutions d’une 6° République démocratique, sociale, écologique, garante de l’égalité des droits pour toutes et tous

(En annexe, nous développons ces propositions soumises au débat.)

Préparer dans cette perspective les prochaines échéances électorales

Chacune des prochaines élections qui auront lieu dans la période à venir porte des enjeux institutionnels, sociaux, politiques spécifiques. Mais toutes seront des moments de cristallisation des contradictions politiques et de rebond de la crise politique. Les élections départementales de mars 2015 constituent la première étape. Elles constituent un moment important de mesures du rapport de forces et elles permettront notamment à de premiers rassemblements larges, souvent à partir d’accord entre les forces du Front de gauche et d’Europe Ecologie, en opposition à la politique de Manuel Valls.

Les élections régionales de décembre 2015 sera la dernière élection nationale avant la présidentielle de 2017, dans une situation politique nouvelle, avec un cadre institutionnel bouleversé par la nouvelle carte des 13 régions adoptée par l’Assemblée Nationale. Cette réalité politique nouvelle par les citoyens peut susciter une débat politique de grande ampleur sur les conséquences des politiques d’austérité, les choix de développement sur le long terme, sur la mise en concurrence des territoires. Ensemble propose que le Front de Gauche engage dès maintenant un travail d’élaboration pour proposer une démarche politique commune aux partenaires potentiels (EELV, Nouvelle Donne, socialistes dissidents etc..) pour construire un accord national permettant des listes communes en opposition à la politique du gouvernement.

Les échéances présidentielles et législatives de 2017 sont déjà présentes dans le débat politique. C’est la conséquence de la réforme du quinquennat qui amplifie le caractère monarchique de la Vème République et créé une situation d’ « élection présidentielle permanente », réduit la vie politique à une compétition personnelle et dévalorise les autres échéances électorales. Ce qui se passera en 2017 dépend de la possibilité de déployer une opposition de gauche, au plan social, écologique et politique, et de la mobilisation populaire. L’aboutissement du travail de rassemblement engagé dès maintenant devra déboucher en 2017 sur des candidatures communes aux législatives et d’une seule candidature à la présidentielle, celles d’une coalition pour une majorité alternative de gauche et écologiste, indépendante de la politique du Parti Socialiste, et pour s’opposer au retour de la droite et repousser le FN.  Pour y parvenir il faudra auparavant avoir posé les bases d’un rassemblement politique porteur d’une alternative à l’austérité et dont l’horizon ne peut se réduire à l’échéance présidentielle. À la fin du 2ème semestre 2015, Ensemble tirera un premier bilan d’étape de l’engagement de ce processus et des initiatives à proposer pour concrétiser cette perspective.

Pour le Front de Gauche, plus et mieux

Le Front de Gauche n’a pas encore réussi à mobiliser les millions d’électeurs qui rejettent la politique du gouvernement, mais qui choisissent l’abstention massive plutôt que la recherche d’une autre politique. De même le fonctionnement cartellisé a bloqué et bloque toujours la construction de cadre démocratique large et ouvert. Malgré tout, il a maintenu ses positions et s’est installé comme une force permanente posant à chaque échéance des initiatives de débats et de mobilisations pour promouvoir une autre politique. Malgré ses limites, il reste le point de départ incontournable pour toute construction de l’indispensable front social et politique, le premier point d’un rassemblement à gauche qu’il faut conforter en l’élargissant. Dans cette situation nouvelle, le Front de gauche est confrontée à des exigences importantes. Il doit ouvrir une nouvelle étape et redonner confiance dans la démarche qu’il a engagée.  La question de la participation citoyenne – que ce soit à travers la question des adhésions directes ou selon d’autres modalités – doit être prise à bras le corps, pour qu’il puisse favoriser dans les quartiers et les entreprises le rassemblement des énergies militantes. Cela implique de renforcer son unité et la construction d’une démarche commune entre ses composantes, une volonté partagée de travailler à une refondation de la gauche , combinée à l’indispensable autonomie vis-à-vis de la politique de la majorité du Parti Socialiste au gouvernement;  Faire vivre les différents espaces du Front de Gauche, les assemblées citoyennes, les Fronts thématiques, les assemblées générales nationales, développer les liens avec le mouvement social, le monde intellectuel et culturel, c’est ainsi que l’on favorisera la possibilité qu’une véritable dynamique populaire prenne  corps.

S’il ne peut aujourd’hui, à lui seul, constituer une alternative politique, il constitue une force d’initiative essentielle pour contribuer à construire la cohérence politique d’une alternative nouvelle. Dans cette perspective, son élargissement et ses liens permanents avec le mouvement social sont déterminants. Il s’agit de baser notre réflexion et nos actions sur le développement d’assemblées citoyennes, de collectifs de luttes, ouverts, éducatifs, revendicatifs ; de développer les initiatives qui se prennent sur le terrain social et politique comme avec le collectif AAA ; d’élargir sa démarche en contribuant à la dynamisation du mouvement social.

Il peut et doit constituer l’aile marchante d’une coalition de toutes les forces de gauche et écologistes opposées à la politique de Valls et Hollande. Si une telle coalition politique nouvelle et plus large commence à prendre corps, si l’espoir renait qu’une autre gauche peut offrir une autre issue que les renoncements au libéralisme, alors le Front de Gauche pourra reprendre sa marche en avant et enclencher une dynamique populaire. 

Pour Ensemble !, une nouvelle étape

Au terme de sa première année d’existence, notre mouvement Ensemble se voit conforté dans l’essentiel de ses choix. Nous avons maintenu le cap d’une politique de rassemblement pour une alternative à gauche, tout en défendant une stricte indépendance vis-à-vis de la politique du PS. Convaincus qu’aucune des organisations ou partis qui composent le Front de Gauche ne peut à lui seul refonder une dynamique politique d’ensemble, nous avons conservé, malgré les tensions existantes en son sein, la perspective d’un développement et d’un élargissement d’un Front de gauche qui se doit de rester uni, dans le respect de la diversité de ses composantes. Nous avons porté au débat un certain nombre de questions qui nous semblaient importantes dans la situation et dans la reconstruction d’une perspective d’émancipation. Cette perspective nous conduit aussi à maintenir et à renforcer des liens avec toutes les forces de la gauche radicale qui n’ont pas fait le choix du Front de gauche mais qui travaillent à al construction d’une alternative à la gauche du Parti Socialiste. Nous avons défendu une conception du rapport entre force politique et mouvement social, qui refuse l’établissement de rapports de subordination du mouvement social, syndical, associatif. Et nous continuons à considérer qu’il faut poursuivre la refondation d’un nouveau projet en y apportant le meilleur de nos traditions respectives, en mettant fin aux logiques de concurrence entre les différentes forces du rassemblement.

Nous avons réussi à mettre ensemble, dans un même mouvement, plusieurs organisations et des militants sans appartenance politique préalable, et voulons continuer à faire converger des traditions et cultures politiques différentes. Ce mouvement commun nous le voulons utile aux mobilisations sociales et écologiques, utile au Front de gauche par le renforcement de ses capacités d’action et par une volonté de faire force politique commune. Un mouvement utile aussi parce qu’il est capable de prendre des initiatives et de participer à des actions unitaires même quand le Front de gauche n’y est pas partie prenante en tant que tel.  

Ensemble va franchir une nouvelle étape lors de sa réunion nationale fin janvier 2015, pour que le rapprochement entre ses courants d’origine s’approfondisse, pour que les collectifs militants créés s’étendent et constituent la base du fonctionnement d’un mouvement ouvert et pluraliste. Nous y débattrons des perspectives à donner à notre projet politique, tel qu’il est défini dans la présente résolution, mais aussi d’une résolution spécifique mettant l’accent sur la mobilisation préparée par les collectifs Alternatiba et la coalition Climat COP21, lors du sommet mondial sur le climat à Paris fin 2015. Nous continuerons à avancer, autour de documents soumis à la discussion, notre travail de réflexion et de mise en commun sur notre projet d’émancipation, dessinant les contours d’une autre société et les grands traits des stratégies pour y parvenir. Un débat que nous ne voulons pas réduire à l’entre-soi d’un seul mouvement politique, mais qui doit se mener avec toutes les forces militantes qui recherchent une alternative de réelle transformation de la société.

Pour toutes ces raisons, celles et ceux qui ont décidé de se mettre Ensemble vous appellent à rejoindre le mouvement.

 

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