Textes de références du Mouvement : texte 1 Notre orientation politique

Trois documents constituent des «textes de références» du Mouvement, qui lui permettront d’inspirer ses actions et prises de position sur les grandes questions, pour la période transitoire qui s’ouvre après les Assises des 23 et 24 novembre  2013. Ils sont le résultat d’une discussion menée depuis mai-juin 2013, travaillés et validés lors des réunions nationales et réunions du Comité de Liaison entre les composantes et les militants qui ont participé au processus «Trait d’Union/Tous  Ensemble». Il reste des questions qui sont laissées en chantier, et des débats qui restent ouverts, et qui feront l’objet d’un travail d’élaboration qui sera poursuivi au-delà des Assises.

 

1.1) Une crise, des crises : menaces sur la civilisation humaine

La montée en puissance des périls qui menacent la société monde se manifeste par les multiples crises économiques, sociales, écologiques, démocratiques, étroitement imbriquées. Nous sommes dans une ère de grands bouleversements, de réorganisations globales du système économique et des relations internationales, de reclassements politiques fondamentaux. Cette crise confronte l’humanité à d’authentiques enjeux de civilisation, la combinaison de multiples crises prenant racine dans des causes et échelles historiques différentes.

Ainsi la crise économique et financière actuelle résulte du dérèglement de la mondialisation néo-libérale telle qu’elle s’est peu à peu imposée comme modèle dans le bloc capitaliste occidental (circulation totalement libre des capitaux, mise en marchandise de toute la vie sociale, états mis en concurrence, apparition de formes protoétatiques multinationales telles que l’Europe, détruisant les formes historiques d’« Etat social », au lieu de favoriser la bonne échelle de réponse à des questions mondiales telles que la crise écologique…) depuis le milieu des années 1970, en réaction à la phase expansive épuisée de l’après-guerre.

La domination impérialiste de quelques États et la domination économique des multinationales s’enchevêtrent. Des conflits armés ensanglantent bien des pays ou sous-continents. Les activités criminelles recyclent des sommes colossales dans le système financier par la porte dorée des paradis fiscaux. Les droits démocratiques et libertés publiques sont limités y compris en Europe. Les formes les plus brutales d’exploitation, salariée, domestique et sexuelle se maintiennent, voire se développent à l’encontre des femmes même si, ponctuellement, leur situation a pu s’améliorer du fait de l’accès massif au salariat.

Nombreux sont celles et ceux qui sont contraint(e)s à l’exil pour fuir la misère. Le développement des préjugés xénophobes face aux migrant(e)s est puissamment alimenté par des discours racistes et des politiques discriminatoires généralisées.

Une nouvelle fois, l’alternative « socialisme ou barbarie » est d’actualité.

La crise écologique, à la fois multidimensionnelle et globale, résulte directement de la dynamique destructrice du capital déchaîné, et d’une accélération sans précédent du productivisme, nécessaire au capital pour trouver des débouchés à son infinie et continuelle « production de marchandises ». Le vingtième siècle tout entier, et surtout sa deuxième moitié, ont été le théâtre du développement de fulgurants moyens énergétiques, de pillage des ressources naturelles, de destruction des écosystèmes humains/ nature, de fabrication de capacités destructrices immenses simultanément à la course technologique dont les promesses, positives ou négatives, sont profondément contradictoires. Cette crise écologique plonge aussi son origine ancienne dans des rapports humanité/nature bien spécifiques à la civilisation occidentale et marqués par la domination. Les classes dominantes se montrent incapables de prendre les mesures qui permettraient d’enrayer le changement climatique, l’effondrement de la biodiversité, l’acidification des océans, l’érosion des sols, ou encore la pollution chimique généralisée, ainsi que la crise alimentaire, la crise du modèle productiviste agricole, l’artificialisation croissante des sols, l’extractivisme, les pollutions etc...

La crise est également une crise démocratique profonde dans les pays occidentaux, exprimée à travers une abstention électorale grandissante et un rejet massif du système politique, synonyme de professionnalisation et de carriérisme, de cynisme, de domination des oligarchies et de corruption à toutes les échelles résultant des liens de plus en plus étroits entre les bourgeoisies financières et les élites politiques et médiatiques.

Les classes dominantes accentuent la répression contre les mouvements sociaux et toutes les formes de contestation de l’ordre établi. Elles n’hésitent pas à désigner des boucs émissaires parmi les couches populaires les plus défavorisées pour détourner les résistances à la remise en cause des politiques sociales.

Elles utilisent l’idéologie raciste, identitaire et xénophobe pour maintenir leur domination. Ultra-libéralisme économique et criminalisation des luttes populaires vont de pair, ainsi que le renforcement des pouvoirs régaliens des états en même temps que la dénonciation du tout-état pour les droits et les politiques publiques.

Pourtant, les moyens du développement humain, de l’épanouissement, de l’éducation, de l’accès à la culture, de la préservation et de la valorisation de la biodiversité n’ont jamais été aussi considérables. Mais ils servent à accroître le poids de la domination du capital et les champs où elle s’exerce. Les moyens de production et de communication sont accaparés et détournés par les plus riches, protégés par les systèmes technocratiques, policiers et militaires, quand ils devraient construire une citoyenneté mondiale. La propriété n’a jamais été aussi concentrée en quelques dizaines de milliers de mains quand des milliards de femmes et d’hommes n’accèdent pas aux droits fondamentaux.

Enfin, la crise est géostratégique : la montée en puissance des pays dits « émergents » est pour les sociétés du Nord le début de la fin d’une hégémonie de cinq siècles, faite pour partie de pillage et de domination coloniale. L’hégémonie militaire états-unienne perdure malgré l’émergence d’un monde multipolaire. Mais le chamboulement des hiérarchies entre blocs d’Etats, résultant de l’effondrement de l’URSS, combinée avec la crise du projet d’émancipation humaine (du socialisme, du communisme, des visées progressistes, des espoirs portés par les révolutions anticoloniales, etc.) provoquent la résurgence de forces sociopolitiques ou idéologiques enfouies pendant des décennies : (nationalisme exacerbé, nouvelles guerres d’affrontements nationalistes ou prétendus «choc de civilisations», guerres asymétriques entre grandes puissances et «terrorisme», retour d’un intégrisme des toutes les religions, etc...).

Résistances sociales et révolutions

Sur l’ensemble des continents, les peuples se dressent et expriment leur aspiration à la justice et à l’égalité. Après l’Amérique latine, la révolution a resurgi dans le monde arabe, évinçant des dictatures parmi les plus emblématiques, et les exigences démocratiques et sociales qu’ils ont exprimées ont ébranlé toute la région.

Ces révolutions ont montré que les peuples peuvent bousculer l’ordre existant, renverser le pouvoir, changer le cours de l’histoire. Les forces de la contre-révolution n’ont pas tardé à réagir pour tenter de briser une dynamique redoutée par les oligarchies dominantes et les grandes puissances, mais elles sont loin d’être parvenues à leurs fins.

Sur l’ensemble du globe, dans des formes diverses, luttes sociales, grèves générales et mobilisations de rue se conjuguent avec des mouvements massifs de la société comme celui des « Indignés » pour contester un ordre où 99% des habitants de la planète subissent la tyrannie de 1% de possédants et de boursicoteurs. La trajectoire du mouvement altermondialiste, ainsi que les convergences de forces syndicales au niveau international, témoignent de la volonté de nombreuses fractions des mouvements sociaux de se coordonner et d’élaborer une plate-forme et des méthodes de luttes  communes.

L’Europe est ainsi le théâtre d’un affrontement persistant entre les peuples et les élites dirigeantes. Le refus de l’austérité fait descendre des millions d’hommes et de femmes dans les rues. Les gouvernements parviennent à faire passer en force leurs politiques de destruction sociale et de régression démocratique, la finance réussit même parfois à mettre en place des équipes ne procédant pas d’une élection, mais leurs marges de manœuvre se réduisent à mesure que leur autorité s’affaiblit.

Mais le mouvement syndical, le mouvement écologiste ou encore les forces de la gauche peinent à organiser la résistance face à une bourgeoisie coalisée malgré ses divisions. Les tentatives de coordination de certaines luttes syndicales à l’échelle européenne restent très difficiles ou limitées dans leurs effets. Une dissymétrie énorme se maintient entre la centralisation du pouvoir capitaliste et celle du mouvement de résistance, dans la capacité à transnationaliser l’élaboration des programmes d’action, et à les populariser dans les espaces nationaux. Il manque aussi à ces batailles prometteuses une perspective politique internationale à même de faire surgir un espoir et de permettre aux mouvements populaires d’arracher des victoires.

La crise de la gauche et du projet d’émancipation

Les mouvements d’émancipation traversent une période difficile. La fusion opérée à la fin du 19ème siècle entre le mouvement réel des luttes de classe et les idées socialistes et communistes a été désarticulée par 40 ans de contre-révolution néo-libérale, de destruction des collectifs de travail, de recul de la conscience de classe, entraînant des régressions sociales, politiques et idéologiques.

L’histoire des luttes populaires n’est pas, pour autant, une simple succession de défaites. Il faut se garder de toute lecture fataliste : de nouvelles formes de résistance et de subversion, avec la force qui s’en dégage, surgissent ou surgiront et nous devons y être attentifs afin d’y jouer un rôle actif.

Le meilleur programme du monde ne sera rien sans luttes et expériences fondatrices. Mais ces dernières ne surgissent pas du néant : elles mûrissent et s’épanouissent au travers de la multitude des débats et combats qui peu à peu dessinent le possible.

Nous ne partons pas de rien, mais nous sommes loin d’avoir toutes les réponses. Il s’agit tout d’abord de montrer que nous sommes capables de répondre aux grands enjeux auxquels l’humanité est confrontée face à la multitude des crises qui l’accablent.

C’est la possibilité même d’une alternative socialiste au système capitaliste qu’il s’agit de reconstruire. Les luttes ont besoin d’un horizon politique qui aujourd’hui a reculé à une échelle de masse, notamment en Europe.

L’ancien projet socialiste doit donc être remanié pour être à la hauteur des questions posées, particulièrement par l’échec des économies administrées et bureaucratisées, mais aussi par celles que la crise écologique globale a fait surgir et dont les conséquences menacent la possibilité même de construction d’une autre société, libre et fraternelle. Cet objectif implique un remaniement profond des anciens cadres de pensée et d’organisation. Cela demande aussi d’être attentif et disponible aux nouvelles formes de contestation et d’organisation qui peuvent émerger, et d’intégrer les dimensions sociales, écologiques et démocratiques dans un même projet de lutte des classes émancipateur trouvant des déclinaisons concrètes.

Nous sommes donc dans une période de recomposition politique et de reconstruction d’une nouvelle perspective d’émancipation, après les ravages du stalinisme et du réformisme social-démocrate. Cela suppose de faire la synthèse du meilleur des différentes traditions du mouvement ouvrier, communiste, socialiste, écologiste, républicain, les apports issus des luttes sociales et politiques, des mouvements féministes et pour l’égalité des droits, et de l’ensemble des progrès sociaux et culturels qui ont émergé.

1.2 ) Eléments sur la situation française

L’expérience politique des alternances : depuis une trentaine d’année, plusieurs formes de gouvernements ont alterné, dominés par la droite ou par le parti majoritaire à gauche, le PS. Le grand espoir suscité par 1981, avec des acquis limités mais réels, s’est évanoui deux ans plus tard avec le choix de l’austérité déjà à l’époque imposée par l’Europe capitaliste et l’acceptation des règles du marché mondial. Un nouvel espoir est né en 1997 avec la «gauche plurielle», résultat de la mobilisation sociale de 1995 et des années précédentes, porteuse d’exigences sur les services publics, la protection sociale, la lutte contre le chômage. Là encore, après quelques décisions emblématiques (35 heures sabotées par le patronat faute d’une loi contraignante), le gouvernement plongera dans l’accompagnement libéral (privatisations à outrance).

Malgré ces échecs, la direction du PS a au contraire évolué clairement dans l’accompagnement du capitalisme : campagne avec la droite pour le traité constitutionnel de 2005, horizon capitaliste accepté comme non indépassable, refus de l’ancrage de classe du projet politique (Terra Nova). C’est le social-libéralisme : un pari de compromis avec le capitalisme (transformé en gestion pure et simple au gouvernement), tempéré dans un donnant-donnant avec certaines directions syndicales, autour de contre-réformes. Depuis l’élection de Hollande, la dérive est encore accentuée, tandis que l’équipe au pouvoir piétine les repères du « peuple de gauche », du TSCG à la réforme des retraites en passant par l’ANI et la politique anti-Roms, ou anti-immigrés.

L'évolution du PS a coïncidé (années 1980) avec son hégémonie sur l'ensemble de la gauche comme force d'alternance face à la droite. C'est une logique de mutation en Parti démocrate (ou du centre) qui est à l'œuvre. Mais celle-ci est contrecarrée par les éléments de fidélité au passé socialiste, et par la radicalité maintenue dans la société qui se manifeste dans les grandes mobilisations sociales périodiques. De ce fait le PS se trouve confronté à une contradiction forte : sa politique génère une distanciation croissante avec les classes populaires, alors que le vote de ces dernières reste un élément déterminant de sa force électorale pour accéder aux responsabilités.

La droite veut gouverner par elle-même : le constat de la dérive du PS n’efface pas, même s’il le modifie, une autre donnée de la vie politique : la bourgeoisie reste indéfectiblement attachée à des modes de gouvernement directs de son propre personnel politique. La présidence Sarkozy est allée le plus loin, la plus cohérente pour incarner les besoins du capitalisme de notre époque : chercher l’affrontement pour défaire les acquis sociaux des mobilisations, décourager le mouvement social et effacer mai 68 comme moment fondateur, tisser des liens avec l’électorat de la droite extrême pour anéantir la conscience de classe, rogner la laïcité, accroître les pouvoirs régaliens. Cette politique a été mise à mal par un sursaut populaire (2010) redonnant vie à un besoin d’alternative de gauche, déjà manifesté dans les élections intermédiaires (régionales). La fonctionnalité du PS, déjà maître des institutions locales ou régionales, a repris du poids pour traduire une exaspération populaire en succès électoral et institutionnel. Il en est ainsi tant qu’une véritable alternative à cette puissance politico institutionnelle n’est pas apparue sur la scène politique. Une telle alternative peut naître ou prendre racine dans les mobilisations, mais elle ne peut se consolider ou se stabiliser nationalement que si elle s’incarne dans une force politique.

La polarisation droite-gauche reste donc, en dépit des confusions et des reculs, une donnée structurante de la vie politique et demeure, même de manière très déformée, une réfraction de l’affrontement de classes. Se maintient en effet dans la durée une « polarisation », un potentiel de radicalité politique en France, qui puise ses racines jusque dans la Révolution française, potentiel que les néo-conservateurs et le patronat veulent précisément détruire. Y renoncer (par exemple parce que des personnes votent Front de Gauche sans adhérer aux repères droite/gauche) serait prendre le risque de reculer encore plus quant à la nécessaire reconstitution d’une conscience politique plus acérée.

Ce n’est pas d’abord par adhésion au programme du PS que le peuple de gauche vote pour lui (ou s’en détourne), car l’expérience catastrophique des alternances est maintenant partagée par une fraction importante de la population. Cette lucidité populaire ouvre un espace pour une nouvelle donne politique, pour peu que le rassemblement se construise nationalement autour d’une gauche crédible et attractive.

Le défi pour la gauche de transformation sociale est donc d’échapper à l’alternative mortelle entre soumission au PS par réalisme, ou la dénonciation impuissante. Il convient de rompre avec l'illusion que l’hégémonie du PS serait le produit de sa politique, et non de la place qu'il occupe dans le système de pouvoir.

L’alternative possible : en 2012, à la différence de 2007, le peuple de gauche s’est remobilisé pour en finir avec Sarkozy et parce que Hollande a été contraint, pour gagner, de retrouver ponctuellement des accents de gauche qu’il n’avait pas anticipé (contre la finance, pour la justice sociale, pour renégocier le traité Merkozy), et parce qu’à sa gauche, le Front de Gauche incarnait une polarisation efficace précisément sur ces questions, avec la claire volonté de battre la droite.

Au pouvoir, Hollande s’est très vite recadré sur le fond de son projet propre : accepter les diktats de la troïka, cajoler le patronat (compétitivité) en espérant que celui-ci accompagnerait une relance. Mais la crise Cahuzac révèle que, derrière l’acceptation des règles néolibérales, toutes les dérives sont possibles. Dès lors, il ne reste plus rien pour stabiliser le pouvoir.

La remobilisation populaire et majoritaire à gauche en 2012 est restée fragile. La politique du gouvernement et les déceptions qu’elle provoque peuvent avoir pour effet d’ouvrir une brèche béante au FN. Face à ce danger il y a urgence pour que des mobilisations populaires inversent la tendance, et pour que la gauche de transformation soit en capacité de consolider la conscience à gauche qu’une alternative est possible.

Ayant été une composante indispensable de la majorité populaire qui a chassé Sarkozy et la droite, le Front de gauche est légitime pour engager une bataille pour ravir l’hégémonie du PS en s’adressant à toute la gauche, pour tendre la main aux secteurs critiques, organisés ou non, et préparer les conditions d’une relève majoritaire.

1.3 ) Le Front de Gauche, pour changer les rapports de force et gouverner à gauche pour rompre avec l’austérité

Le Front de Gauche a franchi une étape en en 2012. La campagne présidentielle a permis d'entrevoir la possibilité d'une jonction entre des solutions politiques à gauche et les mobilisations populaires (résultats électoraux, rassemblements massifs de la Bastille, du Prado, présence de secteurs en lutte). Les législatives ont été plus difficiles, dominées par la logique institutionnelle qui réduit l'enjeu à donner une majorité au président élu et à écarter la droite. Il n'était pas encore possible, dès ce moment-là, de rendre crédible une alternative à la politique proposée par le PS.

Mais le fait politique principal, c’est l'installation, par le Front de Gauche, d’une autre perspective à gauche. Des répliques de la force affirmée dans sa campagne du premier tour ont eu lieu : dès septembre 2012 avec la manifestation contre la ratification du traité européen, en 2013 avec la campagne « une alternative à l'austérité, c'est possible ! » et la marche du 5 mai. Ces exemples indiquent une voie d'action et de propositions en dehors des échéances électorales et nourrissant celles-ci.

Mais cela ne saurait suffire. Le Front de Gauche doit viser à faire prévaloir, au sein d’une gauche traversée par deux orientations inconciliables, une autre politique que celle mise en œuvre par le gouvernement et la direction du Parti socialiste. C’est une réorganisation et une recomposition d’ensemble de la gauche que nous visons, autour d'une ligne de partage entre adaptation aux logiques libérales et volonté de rompre avec elles, un débat qui traverse l’ensemble de la gauche et du mouvement social.

Un Front de Gauche indépendant

Le choix du Front de Gauche de ne pas participer au gouvernement Ayrault a été une décision importante. Le Front de Gauche se considère comme partie prenante de la dynamique populaire majoritaire qui a chassé la droite et N. Sarkozy, mais il est indépendant de la majorité présidentielle et gouvernementale qui met en œuvre les 60 propositions de François Hollande. Pour la première fois sous un gouvernement de gauche, il existe à gauche une force politique rassemblée, unitaire, autonome et indépendante, disponible pour porter les exigences populaires et résister aux pressions du Medef et des marchés. Une force déterminée à rassembler des majorités à gauche, dans le mouvement social, au Parlement, autour de propositions de lois actant de nouvelles avancées pour le mouvement populaire. Dans la phase actuelle de perte massive de légitimité du gouvernement Hollande-Ayrault, il est de plus en plus urgent que le Front de Gauche prenne des initiatives pour imposer à gauche une véritable alternative politique majoritaire, en opposition à celle du gouvernement.

Rendre crédible la perspective d'une autre majorité et d'un autre gouvernement à gauche

Le Front de Gauche doit inscrire ces batailles immédiates dans la construction indispensable d’une politique alternative à l’austérité, celle que devrait mettre en œuvre une majorité et un gouvernement vraiment à gauche. Le Front de Gauche doit être candidat à une majorité et à un gouvernement anti-austérité, rompant avec les logiques libérales et productivistes, pour contrôler le système financier, étendre les pouvoirs, les droits et la démocratie pour les salariés et le peuple.

Pour cela, le Front de Gauche doit agir pour changer les rapports de force au sein de la gauche, pour créer les conditions qui rendent possible l’émergence d’une autre majorité et d’un autre gouvernement. Tout est à faire pour engager un vrai changement, et ne pas laisser la place à la démobilisation et à l'abstention favorisant un retour d'une droite flanquée d’une extrême droite candidate au pouvoir. Il faut donc travailler à dresser les contours de ce que pourrait être cette nouvelle majorité au sein de la gauche et dans le mouvement social. Un gouvernement issu de cette majorité s’appuierait en permanence sur de puissantes dynamiques populaires, indispensables à la transformation immédiate des conditions de vie du plus grand nombre. Cette perspective d’un gouvernement de rupture avec l’ordre libéral devra s’affirmer en convergence avec des projets similaires dans d’autres pays, notamment en Europe, pour engager de nouvelles conquêtes collectives.

Le Front de Gauche doit chercher à engager la constitution de rassemblements les plus larges possible, temporaires ou permanents, sur la base d’objectifs limités mais rassembleurs, avec les organisations syndicales et associations, avec la volonté de regrouper tous ceux qui à gauche, et au-delà du Front de Gauche, du côté du PS ou d’EELV, ou de l’extrême gauche, sont prêts à agir. Le Front de Gauche jouera pleinement son rôle s’il est capable de convaincre autour des mesures alternatives qu’il défend dans un va et vient entre ces résistances et le terrain législatif et politique.

Le Front de Gauche se doit également d’être une force de proposition pour engager le débat en direction de l’ensemble de la gauche afin de construire les bases d’une alternative politique au social-libéralisme, sur ce que devrait être le programme d’un gouvernement et d’une majorité qui se confronterait au patronat et à la finance et refuserait les politiques d’austérité. Les assises du 16 juin 2013 constituent une première étape en ce sens. Cette démarche doit se déployer dans les quartiers et les lieux de travail pour favoriser le rassemblement des énergies militantes et permettre à une véritable dynamique populaire de prendre corps. Cela pourrait se développer à travers un processus de rencontres coorganisées à l’échelle nationale et locale avec toutes les forces de gauche, écologistes et du mouvement social, qui partagent ces objectifs.

Agir par des campagnes politiques régulières

Le Front de Gauche n'est certes pas à lui seul la représentation politique des radicalités et du mouvement social. Bien au contraire, il doit défendre une conception qui refuse l’établissement de rapports de subordination du mouvement social, syndical, associatif, derrière toute force politique qui se prétendrait le «débouché» ou «l’avant-garde». Les mouvements sociaux sont aussi producteurs de propositions et de réponses politiques, et doivent rester maître d’œuvre dans l’organisation directe de l’action sociale, sans être sommés de se rallier aux initiatives des forces politiques.

Avec cette orientation, les campagnes engagées doivent être prolongées :

- Contre l’austérité : refuser les contraintes fixées par l’Union européenne pour généraliser l’austérité, en luttant pour désobéir aux injonctions de la Troïka (UE, FMI, BM) qui veut empêcher tout écart à l’orthodoxie libérale. Une campagne qui trouvera son prolongement, en France et en Europe, aux élections européennes.

- Pour l’emploi : faire la loi pour empêcher la vague de licenciements et la montée du chômage orchestrée par le MEDEF : loi d’interdiction des licenciements dans les entreprises qui versent des dividendes à leurs actionnaires, préemption sur les entreprises pour la reprise d’activités viables, droits des salariés pour s’opposer aux plans « sociaux », droit de reprise par des coopératives ouvrières pour conserver les emplois, les activités, les projets sociaux et écologiques, relance d’une campagne forte pour une réduction massive du temps de travail...

- Pour l’appropriation sociale et démocratique : soutien aux exigences des syndicats et des salariés qui demandent un contrôle public ou une nationalisation de leur entreprise. En soutenant la convergence des luttes des salariés dans les entreprises menacées, le Front de Gauche cherchera à convaincre qu’il y a une alternative à l’impuissance affichée par le gouvernement.

- Pour l’égalité des droits, contre toutes les discriminations et oppressions :

* Contre le racisme et la xénophobie : pour le droit de vote des étrangers aux élections locales, le Front de Gauche devra mobiliser avec toute la gauche prête à ne pas reculer, pour gagner cette extension des droits promise par le candidat François Hollande ; refuser les reculs du ministère de l’intérieur qui se met dans les pas de ses prédécesseurs sur les contrôles au faciès ou les expulsions de Roms...

* Pour l’égalité femmes/hommes : défendre la proportionnelle intégrale et la parité à toutes les élections, porter une loi antisexiste afin de condamner les discriminations et insultes à caractère sexiste, une loi cadre et des campagnes nationales contre les violences faites aux femmes, promouvoir une culture de l’égalité à l’école, favoriser la mixité des métiers, combattre le temps partiel subi, introduire des sanctions pour non-respect de l’égalité salariale femmes/hommes, remettre à l’ordre du jour la réduction du temps de travail, créer un service public de la petite enfance, porter une réforme des retraites qui compense les inégalités, garantir l’effectivité et la gratuité du droit à la contraception et à l’IVG ;

* Contre l’homophobie et pour l’égalité des droits d’alliance et reproductifs quelles que soient les orientations sexuelles, pour le mariage pour toutes et tous, pour faire reconnaître les droits du second parent quel que soit le couple, pour créer un statut pour reconnaître les droits des tiers dans les familles (homoparentales comme hétéroparentales recomposées) ;

- Briser la dictature de la finance, prendre des mesures législatives pour un secteur public bancaire et un contrôle public sur les banques, pour s’émanciper des marchés financiers, pour que la BCE prête directement aux Etats. Exiger à la fois un audit de la dette et un moratoire conduisant au non-paiement des intérêts des dettes indues ;

- Engager la transition écologique, réorienter dès maintenant l'investissement public et l'emploi vers des solutions écologiques dans les énergies renouvelables, les transports, le logement, l'eau. Revenir à une maîtrise à 100 % publique des entreprises du secteur de l'énergie. Engager un débat démocratique national sur la transition énergétique, et organiser un référendum sur la sortie du nucléaire. Refuser les OGM et l’exploitation des gaz de schiste. Etablir un programme écologique global d'économies d'énergie, la relocalisation d'activités économiques, une agriculture paysanne, le développement d'une agriculture biologique accessible à toutes et tous.

Nous voulons et pouvons gagner, sans attendre, plusieurs avancées sur la base de campagnes de ce type appuyées sur les mobilisations sociales. Les campagnes et actions du Front de Gauche seront des points d’appuis pour illustrer et construire cette alternative de gouvernement, changer les rapports de force au sein du mouvement populaire et gagner l'hégémonie sur une telle orientation à gauche.

Construire une perspective de Front de Gauche au niveau européen

La crise du capitalisme, celle de la construction ultra-libérale de l’Union européenne, les solutions catastrophiques engagées par la Troïka, les dérives des gouvernements socio-libéraux acceptant de gérer ces plans d’austérité, ont provoqué de puissants mouvements sociaux de résistance, et redonné de l'espace et de la force aux gauches antilibérales européennes, plus crédibles, porteuses d’ambitions plus affirmées. On l’a vu plus en Grèce, en Espagne, au Portugal, la combinaison de mouvements sociaux importants et de coalitions de gauche liées à ces mouvements permet des progrès politiques notables dans la prise de conscience qu'une autre politique est possible en Europe.

Les élections européennes en 2014 seront l'occasion d'affirmer dans plusieurs pays, dans une même campagne, une même gauche de transformation sociale, défendant des solutions politiques communes, (banque publique, refus du Traité, alignement vers le haut des législations sociales et fiscales, démocratie européenne...). En lien avec le Parti de la gauche européenne, nous pourrons ainsi faire apparaître une coalition de ces gauches européennes, car il n'y aura pas d’alternative à la crise si elle est pensée uniquement à l’échelle d’un seul pays.

Approfondir la stratégie du Front de Gauche

Tout en conservant la démarche du consensus, laissant en débat ce qui n'est pas encore collectif, il est nécessaire d’engager dans tous les lieux militants du Front de Gauche une démarche d'enrichissement de son programme : la question de l’appropriation sociale, les nouveaux droits pour les salariés à la reprise de leurs entreprises, ou encore l’approfondissement du débat sur la transition écologique.

Pour avancer, l’essentiel est de reconnaître que nous cherchons à élaborer un programme basé sur une perspective d’action et de transformation, la diversité des cultures politiques servant la dynamique de l’ensemble.

Le nouveau texte stratégique adopté début 2013 par le Front de Gauche, représente une avancée collective dans la redéfinition de nos propositions, de l’issue politique gouvernementale pour sortir de la crise, de nos rapports aux autres forces de la gauche. Il doit permettre d'avancer vers un véritable Front politique, social et populaire, qui s’appuie sur les mobilisations sociales, seul à même d’assumer la confrontation nécessaire avec les classes dominantes, dans les luttes et dans les urnes.

Le Front de Gauche, un rassemblement ouvert, rassemblant des organisations et permettant l’engagement individuel, pour créer une dynamique citoyenne

Quelles que soient les limites de sa construction initiale, le Front de Gauche est aujourd’hui un cadre politique incontournable. Il s’agit désormais de faire force politique ensemble pour gagner la majorité à gauche, pour cela, l’élargissement du Front doit être recherché en permanence.

Le processus de rassemblement ne doit jamais être figé. Toutes les forces d'une gauche de transformation ne se trouvent pas encore dans le Front de Gauche, elles existent au sein d’EELV et du PS, et dans l’extrême gauche parmi de nombreux militants de ces partis, dans les associations, les syndicats, les quartiers populaires. Les courants et organisations qui s’inscrivent dans la gauche de transformation doivent pouvoir y prendre place dans le Front de Gauche s’ils le souhaitent.

Mais le Front de Gauche doit aller au-delà du rassemblement des seuls partis politiques, et permettre aux acteurs engagés dans les mouvements sociaux de trouver une place pour traduire leurs combats quotidiens sur le terrain politique. Il doit être aussi un lieu de rassemblement populaire, pour combattre la résignation et le repli sur soi, pour réduire la coupure entre les milieux populaires et les formes actuelles d’action politique. Un de ses objectifs doit être de devenir un lieu de solidarité permettant aux jeunes et aux salariés de s’organiser pour défendre leurs aspirations et reconstituer une conscience et une culture politique.

Le Front de Gauche, après avoir adopté un texte sur son « fonctionnement et développement», peut franchir une nouvelle étape en partant de deux constats :

- La volonté de certains partis de se maintenir comme organisations spécifiques, avec la souveraineté sur leurs décisions ;

- Le constat que beaucoup de citoyen(ne)s engagé(e)s avec le Front de Gauche ne souhaitent pas adhérer à une organisation politique tout en voulant être pleinement- acteurs/trices de la vie du rassemblement politique.

Il faut maintenant engager et expérimenter des formes de participation citoyenne collectives. Sous des dénominations diverses, des « assemblées citoyennes » se pérennisent, des « collectifs citoyens » se construisent, des « comités populaires » se développent. Parfois, ils se créent en association locale du Front de Gauche, à laquelle on peut adhérer et être partie prenante des discussions et décisions d’action.

C’est la condition essentielle pour que le Front de Gauche se transforme, pour qu’il soit à la hauteur de ses responsabilités. Cela ne signifie ni la dislocation des composantes dans un nouveau « parti », ni qu’il faille être d’accord sur tout, ni que des initiatives propres à telle ou telle organisation soient impossibles. En sens inverse, aucune des personnes ne se reconnaissant pas dans une organisation ne doit avoir le sentiment qu’elle est le jouet de structures bien rodées.

Dès lors, il peut être composé, à égalité de dignité, d’organisations constituées (partis et mouvements) et de structures localisées (assemblées citoyennes ou autres) où des personnes ont la possibilité d’adhérer directement.

Plus précisément, il s'agit de mettre en œuvre ce qui a fait accord entre tous :

- un Conseil National et une coordination hebdomadaire élargis à de nouvelles personnalités issues du mouvement social et non membres de partis ;

- des « Fronts thématiques » pour donner au Front de Gauche les moyens d’intervenir dans tous secteurs de la vie politique et sociale.

- des moyens de communication collectifs (site internet géré collectivement, publication régulière) en appui aux collectifs locaux ;

- des réunions nationales, sous la forme de « convention » ou d'«assises » rassemblant les divers espaces du Front de Gauche (Assemblées Citoyennes, Fronts Thématiques, Conseil et Coordination Nationale).

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