Tout cela est peut être trop vulgaire ?

Nous le savons, la victoire de Jupiter Macron a de solides raisons ; mais ce « charisme reste fragile » (MACRON : un « charisme » encore très fragile ). Observons un peu ce « grand monde » : ils sont du côté où l’argent public et l’argent privé se mélangent. De mauvaises habitudes ? Plutôt un ‘habitus de classe’ de la « noblesse d’Etat »…

Logiquement, autour de Macron, les affaires ne tardent pas.
On a vu Bayrou et le MODEM, sans enrichissements personnels semble-t-il, – tout le monde n’est pas Fillon ! - : l’argent public sert les profiteurs du système, leurs activités sociales et politiques ; les aventures financières du FN le démontrent si bien. Il y en aura d’autres.

Le Président nouveau, jupitérien, est donc vite tiré hors de son Olympe.

Ainsi en va-t-il d’un de ses jolis coups pour rafler les sentiments des écolos orphelins de parti : outre la récupération de De Rugy à la recherche d’un destin, visible au « perchoir » de l’Assemblée nationale, Macron a pris un autre joker, mais celui-ci va-t-il sombrer plus vite que prévu ? Le Canard Enchaîné a révélé le mercredi 5 que Nicolas Hulot a profité de larges rémunérations au sein de sa fondation et d’une entreprise. « Révélations sur des profits embarrassants pour le ministre Nicolas Hulot »… EDF a versé 460.000 euros à la fondation jusqu’en 2012 – et 100.000 depuis. L’hebdomadaire note « Un possible conflit d’intérêts pour celui qui va devoir bientôt prendre position sur l’EPR de Flamanville, détenu par EDF »… ". Et ce n’est pas fini. "De 2012 à 2017, Veolia a casqué 200.000 euros par an à la Fondation, et ce généreux mécène siège même à son conseil d’administration", écrit le Canard Enchaîné.  Rappelons que dans le champ de compétences du ministre de la Transition écologique, apparaît "l’écologie circulaire" (le recyclage des déchets), un marché brigué par… Veolia. Il paraît qu’un nouvel organisme jupitérien, la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, "appréciera s’il y a conflit d’intérêts". Quelle autonomie peut-il avoir ?

Celles et ceux qui voulaient de la transparence sont-ils comblés ? Gérard Collomb et Richard Ferrand ont montré leur savoir-faire pour le choix des ministres et des députés ! Après « l’étourderie » au sujet du MODEM et des arrangements privés de monsieur Richard Ferrand avant son entrée dans l’Olympe, la coupe se remplit…

En même temps, que faire du nom de  la ministre du Travail ? Faudra-t-il l’appeler « retour d’ascenseur » ou « investissement ». Cette DRH, qui a aussi toute la confiance du patron du MEDEF, dirigeait Business France, un organisme lié au Ministère des Finances quand Macron et son monde opéraient le lancement du jeune Rastignac. Pour lui donner du lustre international auprès des patrons et de la presse  de Californie, il fallait une réception visible, en janvier 2016. Elle a fait cela vite fait, en demandant à Havas d’en assurer tout ce qu’il fallait. Qu’y aurait-il de répréhensible, on se le demande, à ce qu’un organisme du Ministère mettent en pleine lumière les qualités de Jupiter pour faciliter son éclosion ? Il y a des moments où la DRH doit jouer son rôle… Bref, l’affaire sera traitée en justice pour ‘irrégularités’. Si elle reste à son poste le temps des ordonnances anti-travail, il n’y aura pas de doute : madame ‘retour d’ascenseur’ sera soutenue par le jeune Rastignac devenu Jupiter. On sait à qui sert la diminution des « contraintes ».  Une sorte de « manifeste » : n’emmerdez pas les riches ! Il le sait, elle aussi.
Christophe Castaner, le porte-parole du gouvernement a demandé, -sans raison ?-, à la presse la semaine dernière de "ne pas chercher à affaiblir" la ministre du Travail… et a minimisé l’affaire qui selon ses mots concerne "juste le dépassement d'un seuil de marché public pour une manifestation internationale". Selon Le Canard enchaîné, le coût de l'opération réalisée par Havas pour Business France, sans appel d'offres, aurait été de 381.759 euros, dont 100.000 euros pour frais d'hôtel. Dans le cadre de l'enquête préliminaire ouverte notamment pour favoritisme, les sièges de Business France et d'Havas ont été perquisitionnés le 20 juin. Les juges enquêtent désormais sur des soupçons de favoritisme.
 
Ils ne pourront sans doute pas, en l’état de la législation, enquêter sur le cas de la ministre de la Santé, un beau mélange de financement à la Hulot et de positions de pouvoir à la Pénicaud. On peut en juger rapidement. Agnès Buzyn  dépend du Big Pharma comme Hulot de ses bailleurs… Lorsqu’elle était présidente du conseil d’administration de l’IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire) et de l’INCa (Institut national du cancer), de 2012 et 2014, elle déclare avoir été directement rémunérée pour diverses activités par le laboratoire Genzyme, désormais filiale de Sanofi, de 1998 à 2011 ! Entre 2005 et 2011 elle était aussi rémunérée par les laboratoires Bristol Meyers-Squibb et Novartis. Ces deux laboratoires ainsi que Pierre Fabre et Schering-Plough (filiale de Merck) ont aussi financé entre 2005 et 2011 l’association Robert Debré qu’elle dirigeait. Comment peut-on imaginer que la médecine puisse être libre et indépendante vis-à-vis des intérêts financiers colossaux des laboratoires pharmaceutiques ? Membre du conseil supérieur des programmes de l’éducation nationale entre 2013 et 2016, elle veillait à ce que les étudiants en médecine soient fortement sous l’influence des labos… Mais la ministre considère que “les conflits d’intérêts entre experts et laboratoires pharmaceutiques sont un gage de compétence”. Nous y voyons pouvoir et carrières sous dépendance. Il y a un terme pour cela, « la bonne gouvernance » : voilà bien une réalité à débattre publiquement pour ne plus subir les bobards.

Plus discret tant qu’il n’a pas de « suites » trop visibles en Corse, un autre volet des « affaires » mérite quelques minutes d’attention : les « copains ». Deux villas en cours de construction ne seront pas détruites, sauf victoire en justice de l’association de défense de l’environnement. Monsieur Ferracci, qui se dit homme de gauche et proche de monsieur Macron préfère somme toute payer une amende de un million d’euros. Pourquoi gagne-t-il « en justice » ? Proche lui-même de Robert Hue, il  a dirigé le groupe Alpha, conseils aux comités d’entreprise, et, après des multiples services rendus à Thierry Le Paon, ex dirigeant de la CGT le voici en « conseiller » en relations sociales consultant de l’Elysée. Son fils est un des meilleurs amis d’Emmanuel Macron… Les deux maisons valent aujourd’hui 5 à 10 millions d’euros chacune : « un parking, un réseau électrique, une adduction d’eau, une piscine… tant pis pour la biodiversité » déclare l’association U Levante qui poursuit en cassation.

Des chiffres faramineux ? 

La Ministre du Travail, RDH respectée » de Business France, s’appelle sans doute « retour d’ascenseur », ou peut être « investissement réussi » : madame Muriel Pénicaud devra sans doute rendre des comptes à la justice pour « non respect de règles de marchés publics », puisqu’elle a réussi le tour de force de détourner de l’argent public, à Las Vegas, pour « lancer la campagne américaine de Jupiter. Pour faire bon poids, ajoutons que ses conseillers et ami.e.s en matière de relations avec les syndicats ne respectent pas la loi littoral, en Corse,  pour s’autoriser une construction de demeure familiale traditionnelle justement en zone inconstructible… Grâce à l’influence de Jupiter, monsieur Ferracci  espère bien ne pas être obligé de déconstruire.

Il y a dans ces quelques observations comme un florilège, des traces visibles du regroupement qui cherche à se stabiliser au pouvoir.  Accumuler les chiffres de leurs prébendes, de leur utilisation des fonds de la République pour leurs usages privés, finalement, donne le tournis. Mais retenons les faits décisifs. Les écolos de la phrase et des petits arrangements ; les cadres supérieurs et patrons influents dans les eaux du pouvoir depuis DSK, Christine Lagarde, et les carrières internationales des éléments de la bourgeoisie française (lire Bourdieu et les Pinçon-Charlot) ; les conseillers en relations sociales, assez proches d’un côté de la CFDT et de l’autre de Robert Hue, voire de Thierry Le Paon, qui fut secrétaire général de la CGT.
Ces « clous dépassent » de la surface lisse que vise à montrer Jupiter : l’essentiel est de faire en sorte que la bourgeoisie managériale prenne les commandes de l’Etat. Il faut remodeler plus durement la domination de classe ; faire reculer les droits sociaux, les organismes qui en assurent la pérennité. Le mot d’ordre implicite des projets d’ordonnances anti-travail, comme de tous les projets qui suivent, est « dualisation du marché du travail, précarité, et plus de responsabilités individuelles ». Et ce, de manière d’autant plus radicale et rapide que la bourgeoisie a conscience des attentes et que Macron ne pourra jouer éternellement sur l’ambiguïté et la démagogie.
Après son alliance électoraliste au centre et avec son homme de confiance, Ferrand, à la tête du « groupe parlementaire », qui a montré son peu de scrupules pour les règles de gestion en vue de ses intérêts privés, la coupe est pleine, non ? Mais cela reste encore un peu discret dans les débats publics.
Ces exemples, dignes des sbires qui entouraient Sarko et de son ostentation de lui-même quand il s’était pris pour la superstar qui allait durer dix ans... Vous souvenez-vous de son projet d’aller  "faire quelques jours de retraite dans un couvent" pour retrouver du calme après la bataille de l’élection de 2007 ?  Non, cela se dit 48h, pour se donner une allure de profondeur. Il avait fini par choisir le bateau de Bolloré pour une croisière dansante…
Leur monde les tient.
Et les charismes sont des dépendances, voulues par quelques uns pour participer à la domination du plus grand nombre. C’est fou ce que nous sommes « modernes » : depuis Esope et ses grenouilles à la recherche d’un roi aux analyses de Max Weber, en passant par « la servitude volontaire » que La Boétie mettait en évidence.

Oui, Jupiter peut perdre

Il y aura des couacs, entre eux, même avec un brin de « reprise économique » : arbitrer entre « le commerce » et le « principe de précaution » ; plaire aux uns sans décevoir les autres : l’expression « et en même temps » va trouver son mur dans "il y a tel ou tel choix à faire". Il faudra donc faire tenir le point fragile institutionnel, que l’opinion publique et les groupes sociaux vont découvrir, les 380 suivistes si peu représentatifs de la réalité sociale du pays. Pour les tenir en main et s’assurer leur fidélité, la promesse d’une diminution d’un tiers des députés et d’une centaine à la proportionnelle a de quoi pousser à la discipline celles et ceux qui veulent durer dans les fonctions.   
Pour nous, soyons vraiment sans illusion : ce « charisme » reste faible et cette Assemblée nationale, élue par trop peu de participation populaire l’expose à des retours de mobilisations hostiles. Toutefois, pour que Jupiter et son monde en sorte affaiblis, il faut évidemment prendre le temps et les moyens de regrouper les forces du refus. Le texte Pour nos droits sociaux en donne quelques indications, avec celui du regroupement contre l’état d’urgence.
A lire leurs projets, ils semblent vouloir faire passer une réduction massive des droits du travail, des allocations chômage, des retraité.e.s. Vouloir faire aussi bien que Juppé droit dans ses bottes en novembre 1995,  - « puisqu’on a une majorité autant en profiter pour faire tôt le plus possible »-. Si Jupiter a cela en tête, sachons nous unir, avec toutes celles et de tous ceux qui le combattent, grâce à un accord pour refuser et pour mettre en valeur d’autres propositions, celles qui peuvent reconstruire  un bloc social de lutte et un nouveau projet de société.

Des luttes sont à construire avec les intéressé.e.s. Des mobilisations pour mettre en échec, par la force du nombre, la nouvelle majorité qui sera prompte à se souder sur « pas de statu quo ». Souvenons-nous des horaces et des curiaces : le premier qui crie « je suis le premier » est responsable de l’échec de lui-même et des autres. « Soyons donc les premiers », oui ! A rassembler et débattre, pour constituer un rapport de force. Une question pas si « élémentaire » que cela …
En un sens, les faiblesses de Macron et son monde comportent un piège pour les forces du mouvement ouvrier : celui d’attendre l’explosion d’un baril de poudre en se contentant de « s’affirmer les premiers contre ». Nous devons détourner des millions de personnes de ce nouveau pouvoir : imposer le maintien de droits contre les projets gouvernementaux, défendre les militants contre les répressions, opposer des exigences qui regroupent, contre une politique d’injustice et d’inégalités. Nous devons d’autant mieux affirmer les possibilités d’une toute autre société en changeant des règles de la propriété et du pouvoir que la résistance a besoin de perspective pour se développer.

Et dès maintenant montrer toutes leurs hypocrisies, leurs fausses « vertus », leurs mensonges, leur vrai visage. Dont celui-ci : dans une démocratie banalement ordinaire, une grande partie du personnel politique en responsabilité actuellement ne devrait pas y être autorisé, pour incompatibilité de fonctions.

Pierre Cours-Salies 10 juillet 2017

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Auteur: 
Pierre CS Montreuil