Trois livres et un colloque. Il y a eu aussi des étudiants et des lycéens en 1968

Le cinquantième anniversaire de mai et juin 1968 fait toujours couler beaucoup d’encre, Paradoxalement, il est peu question des jeunes scolarisés, étudiants ou lycéens de manière sérieuse. D'où l'intéret de signaler, dans la production actuelle, quelques ouvrages et initiatives.

Le 2 mai, le groupe d'extrême droite Occident mettait à sac le local de la FGEL, section de l'UNEF, à la Sorbonne. Le 3 mai, la police y pénètre et arrête des centaines d'étudiants. On parle bien sur de 1968...

Le cinquantième anniversaire de mai et juin 1968 fait toujours couler beaucoup d’encre, de voix et d’images, paré de toutes les vertus, ou de tous les vices (c’est selon les avis) d’une simple « révolution culturelle ». Certains voulaient l’enterrer tel Sarkozy en 2007, mais comme on ne peut effacer l’histoire la tentation est forte de l’embaumer. Heureusement une production sérieuse au cours des dernières décennies, s’est attachée de plus en plus à donner à voir, à entendre, à lire la grève générale dans les entreprises. Paradoxalement, il est peu question des jeunes scolarisés, étudiants ou lycéens. Quelques articles ou contributions dans des publications plus générales mais quasiment pas d’oubrages qui s’y consacrent, du moins en France.

Depuis le séminaire qui a débouché sur le colloque de l’IHTP en 1998, l’on a consacré les « années 1968 » comme une vaste période de contestation protéiforme traversant les pays industrialisés occidentaux comme ceux du bloc soviétique ou des pays dits du « tiers monde ». Des recherches ont tenté de déconstruire le duo devenu inséparable entre 68 et les mouvements étudiants, à coup d’images convenues régulièrement rediffusées.

Ces années 68 marquent un tournant de l’action et de l’organisation estudiantines Pourquoi ? Comment ? Le Germe – fondé en 1995 pour une approche scientifique de l’ensemble des aspects des mouvements étudiants des 19e au 21e siècles- a naturellement eu l’ambition de traiter ces questions, en stimulant la recherche, ce qui exigeait d’aller aux sources mêmes, travail facilité par la création en 2008 de la Cité des mémoires étudiantes. En près d’un quart de siècle, ce sont plusieurs dizaines de mémoires, contributions, communications, articles, chapitres d’ouvrages ou ouvrages eux-mêmes que le Germe a encouragés, entendus, discutés, présentés, sans oublier le travail de valorisation avec les expositions réalisées avec la Cité des mémoires étudiantes,Ce travail a mêlé - et continue à le faire - chercheurs, archivistes, acteurs d'hier et d'aujourd'hui.

Trois livres aux éditions Syllepse, un colloque international, des co-organisations, des contributions, des concours à diverses initiatives, un numéro de la revue Matériaux pour l’histoire de notre temps (Revue de La contemporaine (ex-BDIC), tel est notre apport à ce cinquantenaire, alors que depuis plusieurs décennies si les mouvements étudiants et lycéens des années 68 ont fait l’objet d’articles et communications – et le Germe n’y est pas étranger - quasiment aucun ouvrage n’y a été consacré Nous avons pu approfondir et élargir les savoirs, mobiliser et exploiter des sources nouvelles. Mais plus nous avançons, plus nous mesurons l’ampleur de ce qu’il reste à découvrir tant il n’y a pas un, mais plusieurs chantiers sur ce que furent les années 68 étudiantes, leurs effets, sur les mouvements étudiants bien sûr, sur l’enseignement supérieur comme dans toute la société tant en France que dans le monde.

Le colloque international « « Empreintes étudiantes des années 1968 dans le monde » part du constat que l’ombre portée de 68 a souvent été interrogée. D’aucun.e.s ont pu y voir un nouvel empire, tout au moins une emprise… Avec ce colloque, nous tentons de scruter les empreintes étudiantes de ces années. Il importe de poursuivre les travaux universitaires qui, depuis une trentaine d’années, se sont efforcés de sortir de l’impressionnisme journalistique, pour analyser l’événement, le mouvement, contribuer à établir sa chronologie, sa diffusion sociale et géographique, tant nationale, internationale que transnationale.

Cadeau imprévu pour cet anniversaire, ce sont des mobilisations étudiantes, et pour les comprendre une profondeur historique et une approche pluridisciplinaire. Et là encore, le réseau de chercheuses et chercheurs offre des analyses, des réflexions car, archives à l’appui, l’on peut montrer des continuités pour mieux saisir les mutations.

50 ans après, le travail continue.

* Jean-Philippe Legois, Alain Monchablon, Robi Morder, Etudiants en révolution?
* Jean-Philippe Legois, 33 jours qui ébranlèrent la Sorbonne
* Didier Leschi et Robi Morder, Quand les lycéens prenaient la parole
Et a redécouvrir:
Caroline Rolland Diamond, Chicago, le moment 68, Paris, Syllepse (col. Germe) 2011
Geneviève Dreyfus Armand et Irène Paillard (coord) Les années 68, un monde en mouvements, Nouveaux regards sur une histoire plurielle. BDIC/Syllepse 2008. Ainsi que sur le site de La contemporaine/BDIC l’exposition virtuelle éponyme BDIC/Cité des mémoires étudiantes/ La Parole errante,

Blog
Auteur: 
Robi Morder