Turquie, de la crise politique vers la crise économique

Arrestations, inculpations, accusations étayées de népotisme et de corruption, démissions ministériels, ex-ministre dénonçant le premier ministre, limogeages en chaîne dans l’appareil judiciaire et policière, manifestations… Le temps politique semble s’accélérer en Turquie ou après une décennie de stabilité. Le pouvoir  de l’AKP (Parti de la Justice et du Développement, parti moralement conservateur, économiquement ultralibéral et nationaliste) et de son principal dirigeant, le premier ministre Recep Tayyip Erdogan[1], connaissent de sérieuses remises en cause non seulement par des secteurs de la société mais également par ses anciens alliés de la confrérie de Fetullah Gülen.

Il faut avant toute chose rappeler que cette stabilité était toute relative puisqu’un mouvement kurde de masse s’opposant régulièrement au gouvernement sur le terrain institutionnel, social ou politico-militaire a toujours existé.  La « question kurde », malgré l’entame de négociations ces dernières années n’a toujours pas débouché sur un accord politique viable. Outre cette question, la crise politique actuelle en Turquie peut être résumé par la conjonction de deux phénomènes distincts : les effets de la mobilisation sur des bases démocratiques de juin 2013 (suite au projet de destruction du parc Gezi à Istanbul) et l’affrontement pour le partage de richesses au sein de secteurs de la bourgeoisie pieuse.

Cette conjonction ne remet pas en cause le pouvoir de l’AKP à brève échéance mais elle l’affaiblit, d’autant plus que l’horizon économique se couvre selon tous les observateurs internationaux.

Les graines semées par le mouvement de juin  

Un premier élément est donc « l’héritage » du mouvement de juin dont faut brièvement rappeler les caractéristiques (qui avaient été largement évoquées ici :  http://www.gauche-anticapitaliste.org/content/turquie-toujours-taksim-partout-toujours-resistance-partout-de-lembrasement-lancrage ). Cela est d’autant plus nécessaire qu’un parallèle discutable a pu être fait avec la chute du gouvernement Morsi et le coup d’Etat militaire qui s’en est suivi en Egypte.

Le mouvement de juin était essentiellement celui de revendications démocratiques et de libertés individuelles contre un régime de type parlementaire autoritaire (ou le parti au pouvoir gagne effectivement des élections concurrentielles mais mène régulièrement une politique bafouant les libertés politiques et sociales). Il s’est déroulé dans la plupart des grandes villes du pays et a eu pour centre névralgique et symbolique la place Taksim à Istanbul.  Ce mouvement a été le fait d’une population, essentiellement jeune, jusque-là largement dépolitisée et nourrissant une hostilité individuelle contre l’AKP. Le résultat a donc été principalement un mouvement de politisation démocratique pour des pans de la population ayant accumulé différents griefs contre le pouvoir en place. Bien entendu, des éléments contradictoires existent par rapport à cette caractérisation mais ne remette pas en cause ce tableau d’ensemble.  

Il est ainsi absolument nécessaire de ne pas voir dans ce mouvement une variante turque « pro-armée » de l’Egypte. A la fin du mouvement de juin, il existait un sentiment de solidarité parmi les manifestants de Turquie pour la mobilisation en Egypte qui se développait. Cela tenait à une certaine identification contre Morsi (régulièrement qualifié par Erdogan de « frère ») et pour les manifestants mais globalement pas pour l’armée putschiste.

Au-delà de cette indication, le parallèle avancé dans certaines publications françaises est erronée pour deux raisons fondamentales :

1/Les Frères Musulmans ne peuvent pas être l’AKP : le capitalisme et les secteurs de la bourgeoisie sur lesquelles s’appuient l’AKP étant nettement plus développés que ceux des Frères. Gilbert Achcar expose cet aspect dans les annexes de son ouvrage majeur sur les révolutions arabes Le peuple veut !  (en menant une comparaison similaire entre AKP etEnnahda) ;

2/Le rôle de l’armée est différent en Egypte et en Turquie : en Turquie l’AKP a globalement réussi à domestiquer l’armée qui ne joue plus un rôle autonome (pas un seul communiqué de l’Etat-major sur les manifestations de juin, chose impensable il y a 15 ans). Au contraire, tout le monde a pu constater que la hiérarchie militaire a gardé son indépendance et sa capacité d’intervention propre.

Ainsi, l’affirmation selon laquelle « son contenu politique (Ndla : de la place Taksim)ressemblait plus au ‘Tahrir contre Morsi’ qu’au ‘Tahrir contre Moubarak’ » (Ozan Tekin dans Contretemps) [2] est un non-sens puisqu’en Turquie Erdogan, qui « règne » depuis plus de 10 ans (contrairement à Morsi) concentre le pouvoir politique et domine de facto l’armée. Si on reprend les termes de cette analogie bancale, Erdogan « équivaudrait » à Morsi et à Moubarak.

Il est possible de remarquer parmi les effets du mouvement de juin et de la chute du mur de la peur qui s’en est suivi dans la société, l’amplification d’une irrévérence de masse et d’un humour tourné contre les gouvernants, en particulier chez les jeunes, sans que le caractère corrosif n’étouffe des aspirations en « positif ». Il existe également des indices plus tangibles. La manifestation de solidarité suite à l’assassinat d’un jeune kurde par la police qui a regroupé des dizaines de milliers de personnes pour une bonne part turque et pas seulement kurde au milieu d’Istanbul peut être considéré comme une première et un produit direct du mouvement de juin. La LGBT Pride d’Istanbul de fin juin a mobilisé près de 50.000 personnes à Istanbul, un chiffre jamais atteint, dans une ambiance offensive et politique dans la continuité du mouvement. Bien qu’ayant logiquement réduits leur voilure et vu leur nombre diminué, les « forums démocratiques » de quartiers nés du mouvement n’ont pas disparu et les universités ont continué à connaître des soubresauts, notamment à Ankara... pour la défense du parc de l'Université Technique du Moyen-Orient (bastion du militantisme estudiantin de gauche).

C’est sur cette base qu’a été initié, un rassemblement le 22 décembre 2013 autour de la thématique du « droit à la ville » par différents collectifs issus du mouvement de juin soutenus par l’essentiel des forces de gauche radicale (qui sont généralement plus ou moins présents dans ces collectifs). Malgré l’agression très rapide et brûtale de la police, ce rassemblement est apparu comme un succès d’autant qu’il s’est déroulé dans un environnement de crise ouverte sur fond de corruption gouvernemental…

Ce qui est issu du mouvement de juin « bénéficie » en quelque sorte des révélations sur la corruption au sein de l’AKP et du gouvernement à l’initiative de la confrérie Gülen mais il n’existe aucune forme de solidarité entre les manifestants et la confrérie… si ce n’est dans le discours du premier ministre Erdogan (et de ses laquais) dénonçant un « complot global ». 

AKP et Gülen lavent leur linge sale en public

Pourtant, l’affrontement avec la confrérie Gülen, qui a soutenu par le passé le gouvernement Erdogan, est d’une tout autre nature. Cette confrérie (qui aime se désigner elle-même comme la « Communauté du Service ») est un réseau constitué autour de Fetullah Gülen un imam qui vit aux Etats-Unis. Il s’agit d’un réseau profondément capitaliste, conservateur, pro-américain, pro-israélien[3] qui a réussi à avoir des relais importants dans les milieux d’affaires, et surtout dans l’appareil policier et judiciaire et dirige un important groupe de presse (notamment le quotidien Zaman dont il existe une version française).

L’affrontement, qui couvait, entre l’AKP et la confrérie Gülen a été déclenché par la volonté du gouvernement de remettre en cause les instituts privés de cours particuliers, particulièrement nombreux en Turquie, et pompe à finance de la confrérie Gülen. La confrérie Gülen a utilisé ses relais dans la police et la justice pour lancer une opération anti-corruption fortement médiatique, les affaires sont exposées plus en détail icihttp://ovipot.hypotheses.org/9624 . Le fait est que le scandale a éclaboussé le gouvernement et les familles des principaux responsables de l’AKP, y compris le propre fils d’Erdogan. Après le début de la crise, le 24 décembre Fetullah Gülen adressa une lettre, rendue publique par la suite, destinée officiellement au président de la République, Abdullah Gül, et officieusement à Erdogan. Sous  couvert d’appels à faire baisser la tension et de manifestation de respect, Gülen adressait dans cette lettre des menaces à peine voilées de poursuite de révélations. Erdogan refusa de négocier et a réagi avec la détermination brutale dont il est coutumier : il a opéré à un vaste remaniement gouvernemental pour tenter de couper court au scandale, il a surtout limogé un grand nombre de haut gradés de la police et attaqué les magistrats proches de Gülen et en charge des enquêtes sur les affaires corruption.

Il ne faudrait pourtant pas croire que la séquence en cours est une lutte entre un régime de parlementarisme autoritaire et les défenseurs d’une « véritable » démocratie parlementaire bourgeoise et du principe de « l’Etat de droit ». En d’autres termes, que la confrérie Gülen ne porte pas une démocratisation qui serait insuffisante mais qualitativement « supérieure » à ce qui existe. Il suffit pour s’en convaincre d’observer quelques exemples. Ainsi, la trajectoire du procureur dessaisi Muammer Akkas, « héros » de la confrérie, est édifiante : son principal fait d’armes jusqu’à présent avait été de saboter l’enquête sur l’assassinat du journaliste turc-arménien de gauche Hrant Dink en 2007 par un jeune ultranationaliste.  Les positions exprimées par le quotidien Zaman sont encore plus significatifs. Deux exemples sont frappants. Lorsqu’en 2011, des avions de l’armée turque bombardèrent et tuèrent « par erreur » 34 villageois kurdes traversant la frontière pour faire du petit trafic de cigarettes, Zaman  soutint ostensiblement l’armée et le gouvernement[4], le quotidien prit une position également résolument hostile au mouvement de juin 2013 et pour la défense de « l’ordre ».

En somme, le conflit entre les deux n’est rien d’autre qu’une dispute sur le partage des richesses. Il est autant plus violent qu’il oppose deux groupes issus du même secteur de la bourgeoisie pieuse et incapables même de se hisser « au niveau de » la démocratie bourgeoise.

Dans cette lutte de partage, il est tout à fait probable qu’Erdogan prenne l’avantage sur la confrérie Gülen. Celui-ci ne peut pas compter sur une force politique capable de mobiliser en masse en sa faveur. L’AKP a connu quelques défections de députés mais tous ne pas liés à la confrérie. En réalité, la principale défection pro-Gülen est celui d’Hakan Sükür, ancienne vedette du football, élu député AKP en 2012, mais qui ne dispose pas de base propre. Enfin, les commentaires de la presse internationale considérant le président de la république, Abdullah Gül, également issu de l’AKP, plus « modéré » envers la confrérie et capable d’être un éventuel « recours » face à Erdogan ne sont que des vues de l’esprit. Il existe indéniablement des nuances au sein de l’AKP et entre Gül et Erdogan, mais aujourd’hui les couteaux sont tirés et s’opposer à Erdogan signifierait une guerre à mort qu’aucun dirigeant de l’AKP n’assumera (pas plus Gül qu’un autre). A sa façon, Erdogan semble donc avoir eu raison en empêchant toute position intermédiaire et en s’attaquant sans faire de détail aux réseaux de Gülen dans l’Etat puisqu’aucune force politique parlementaire, ou sociale ne portera secours à son ex-allié. 

Une victoire sur la confrérie est donc probable, mais à quel prix ? Toutes les révélations, les manœuvres précipitées et brutales du gouvernement, le ridicule même dont se couvre Erdogan se passent au vu et au su de la société. Le prestige du gouvernement et de l’AKP qui était déjà entamé et irrémédiablement remis en cause. Les discours dans les meetings dénonçant un hypothétique « complot global » est avant tout un aveu d’impuissance d’un parti qui n’est plus en situation offensive de conquête de la société mais est passé en situation défensive. L’AKP devrait dès lors multiplier les attaques contre ses opposants et les libertés publiques comme il l’a fait dès après le mois de juin[5]. Il reste toutefois capable de résister sur deux fronts (mouvements sociaux et Gülen) en capitalisant sur l’accumulation de capital inédit en Turquie et les miettes dont a bénéficié la population, ce qui lui assure une base de soutien peu active mais qui vote pour lui. Or, justement, l’avenir économique s’assombrit.

Nuages noirs sur l’économie

Depuis de nombreux mois, la plupart des observateurs économiques tirent la sonnette d’alarme sur les fragilités des économies de plusieurs pays émergents majeurs : Brésil, Indonésie, Afrique du Sud, Inde… et surtout Turquie. Dès le mois de juin 2013, The Economist déclarait l’économie turque « forte mais vulnérable » en pointant le recours massif à des capitaux à courts termes et la volatilité qui en découle[6]. La crise politique actuelle tend à accélérer les choses et à rendre saillantes les faiblesses économiques. Le 11 janvier 2014, The Economist en faisait le constat en indiquant que « le masque est tombé »[7] et que l’économie turque montre la superficialité de sa croissance dopée par une consommation des ménages et des investissements immobiliers financées par de l’endettement.  Le quotidien économique Les Echos résume la situation: « Cette crise intervient à un moment délicat pour la Turquie, pays endetté et dont l’économie dépend beaucoup de l’étranger. La situation financière est critique. Son déficit courant a atteint 49 milliards de dollars fin septembre, soit 10 milliards de plus que l’an dernier sur la même période. Il pèse autour de 7 % du PIB. Grâce à sa stabilité intérieure, il avait réussi ces dernières années à attirer massivement les investisseurs séduits par la forte croissance économique. Or, ces derniers partent, d’autant plus que le resserrement monétaire annoncé par la Réserve Fédérale est de nature à décourager les placements dans les devises émergentes. »[8]Le quotidien conservateur britannique Daily Telegraph n’indique pas autre chose quand il relaie que la croissance en Turquie n’est pas durable[9].    

Au bout du compte, la bourgeoisie turque, dans son ensemble et donc la bourgeoisie pieuse qui est la plus favorable à l’AKP, semble avoir mangé son pain blanc. L’AKP aborde cette crise à venir dans les plus mauvaises conditions qu’il a connu depuis son accession au pouvoir. Erdogan envisage le futur économique à court terme et souhaite sauver la prochaine échéance politique, les élections municipales du 30 mars 2014, en maintenant jusque-là des taux d’intérêts le plus bas possible[10].

Perspectives en chantiers

Toutefois, la crise politique existante, la crise économique émergeante et le pourrissement de la situation qui en résultera n’offrent en tant que tel aucune garantie.

Il est vrai que les deux principaux partis d’opposition parlementaires, le « kémaliste » CHP (Parti Républicain du Peuple)[11]  et l’ultranationaliste MHP (Parti de l’Action Nationaliste) ne bénéficient que marginalement de la situation. Le MHP est assez inaudible pour le troisième parti du pays, le caractère démocratique du mouvement de juin lui est en tant que tel défavorable et l’a décontenancé. Le CHP a un peu couru derrière le mouvement de juin mais n’a pas de véritable lien organique avec celui-ci. En portant, son choix de candidat pour les élections de 2014 à la mairie d’Ankara sur… le candidat ultranationaliste du MHP à ce poste en 2009 (en le « transférant »), le CHP montre sans surprise son éloignement de ce qui a émergé en 2013. Quant aux groupes « ultra-kémalistes », ils ont certes recruté dans le cadre du mouvement de juin 2013 mais ils ne peuvent constituer un élément déterminant de la période[12].

Ces élections de 2014 peuvent être l’objet de l’apparition d’une alternative de gauche radicale (mais il s’agit de la seule gauche en Turquie), des efforts partiels en ce sens pour des candidatures indépendantes et unitaires dans plusieurs villes notamment à Ankara constituent un indice en ce sens. Il faudra bien sûr que les petites organisations y prenant part parviennent à établir suffisamment de lien avec ceux qui étaient dans les rues au mois de juin, en particulier une jeunesse en voie de repolitisation. Il ne faudra pas non plus escompter de résultats spectaculaires pour éviter une quelconque démoralisation, tout comme le slogan de « gouvernement démission ! » n’est rien d’autre qu’un slogan à l’heure actuelle. Le chemin est encore long et plusieurs éléments négatifs existent :

- La faiblesse du mouvement ouvrier, notamment les syndicats qui restent généralement faibles malgré des initiatives prises dans de nouvelles branches. Le mouvement de juin 2013 a mobilisé des salariés mais avec peu de revendications de classe et surtout une manière d’agir évitant l’affrontement avec le capital[13]. Cela rend d’autant plus difficile l’accès à la clientèle électorale principale de l’AKP, les travailleurs pieux dont la conquête sur des bases de classe est un enjeu essentiel.

- La question nationale kurde n’a pas été résolue. La direction du principal mouvement kurde autour du PKK et de son dirigeant historique Abdullah Öcalan exprime une tendance à « ménager » le gouvernement AKP afin d’aboutir dans les négociations. Nous avions observé que la direction du PKK avait gardé ses distances avec le mouvement de juin 2013 (même si dans les grandes villes de nombreux kurdes avaient participé, « pris » par le mouvement de masse). Mais la direction du PKK ne se contente pas d’avoir son propre agenda, ce qui est dans une certaine mesure compréhensible, elle n’hésite pas à développer un discours très dangereux anti-arménien et antijuif.  Ainsi, la co-présidente du KCK (Groupe des Sociétés du Kurdistan, organisation « large » du PKK) Bese Hozat n’a pas hésité à déclarer récemment « En Turquie, aux côtés de l’Etat officiel, il existe des Etats parallèles. Par exemple, la confrérie Gülen est un Etat parallèle. Les lobbys israéliens, nationalistes arméniens ou grecs-orthodoxes sont également des états parallèles. »[14].Le malaise à gauche fut tel qu’il engendra une protestation officielle de membres arméniens du HDP (Parti Démocratique du Peuple) « parti frère » du mouvement kurde dont la direction fut obligée d’exprimer des réserves[15]. La manipulation des questions des minorités, leurs mises en concurrence entre elles reste un écueil bien réel.

Situer ces écueils ne doit pas faire perdre de vu l’essentiel : pour la première fois depuis très longtemps un vent vivifiant a soufflé dans l’atmosphère de la société turque surchargé des miasmes de la peur, du chauvinisme, du fatalisme, du repli conservateur sur soi, du machisme et de l’homo-transphobie violents et débridés… L’air devient plus respirable, or il faudra du souffle pour la période qui s’ouvre.

Emre Ongün

[1] Le premier ministre est le principal poste politique en Turquie, plus important que le président de la république qui est également membre de l’AKP. Il est prévu que le président de la république soit directement élu par le peuple sur le modèle français, cette fonction supplanterait celui de premier ministre. Il est probable que Recep Erdogan soit candidat à la présidence de la république courant 2014.    

[2] http://www.contretemps.eu/interventions/ce-nest-pas-lislamisme-que-manifestants-turcs-rejettent-cest-n%C3%A9olib%C3%A9ralisme . Il s’agit d’une traduction d’un entretien accordé en anglais à Al Ahram online. Ozan Tekin est présenté comme « un auteur turc, éditeur du site Marksist.org, ‘un site d’information turc ancré à gauche’ », il convient de préciser que ce site n’est pas juste un site « de gauche » mais est l’émanation de la section turque de l’International Socialist Tendancy (dont la principale composante est le Socialist Workers’ Party anglais), section qui avait fait campagne pour un « oui critique » au projet constitutionnel de l’AKP qui fut adopté par référendum.

[3] Par exemple, orsque des militants pro-palestiniens turcs, eux-mêmes issus de l’islam politique, ont été tués par la marine israélienne sur le bateau Mavi Marmara, F.Gülen déclara qu’ils auraient dû demander la permission d’Israel pour réaliser cette opération précisant qu’agir sans cette autorisation était une insoumission à l’autorité, éminemment condamnable.

[4] Cet épisode illustre également l’absence de fracture véritable entre la hiérarchie militaire et le gouvernement. Si le gouvernement admit du bout des lèvres une « erreur », il ne désavoua à aucun moment l’armée, bien au contraire. L’hypocrisie du mouvement Gülen a été illustrée lorsque Zaman, titrant subitement sur la souffrance des villageois « qui attendent justice », le 24 décembre 2013 après le début de sa dispute avec l’AKP. 

[5] Par exemple, en dénonçant… les colocations mixtes.

[6] http://www.economist.com/news/europe/21579491-turkey-remains-highly-exposed-loss-confidence-foreign-investors-strong-vulnerable

[7] http://www.economist.com/news/finance-and-economics/21593496-political-turmoil-exposes-economic-malaise-mask

[8] http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/finance-marches/actu/0203214478625-turquie-devise-et-bourse-au-tapis-639923.php

[9] http://www.telegraph.co.uk/finance/comment/ambroseevans_pritchard/10539706/Turkey-first-of-Fed-Taper-victims-as-political-crisis-scares-investors.html

[10] Suscitant pour cette raison l’ire de The Economist

[11] Membre de l’Internationale Socialiste, très vaguement « étatiste », plus résolument libéral, nationaliste de manière plus ou moins soft selon les périodes, qui n’est pas une déformation issue du mouvement ouvrier comme la social-démocratie européenne mais est un sous-produit de l’appareil de l’état turc.

[12] Et s’il faut les combattre, il ne faut pas exagérer l’importance de ces courants qui restent visibles mais relativement faibles.

[13] Rappelons que concrètement les occupations de places et les manifestations de masse se sont déroulées hors des heures de travail (soirée, week-end). De même, la grève annoncée par deux confédérations minoritaires (KESK et DISK) a été symbolique et s’est résumé à la manifestation de deux cortèges syndicaux.

[14] Elle ne faisait que reprendre ainsi des propos assez similaires d’Abdullah Öcalan dans la presse kurde.

[15] Le HDP regroupe des militants issus de la mouvance nationale kurde autour du PKK et des secteurs de la gauche, ce parti soutient dans le Kurdistan turc le BDP (Parti de la Paix et de la Démocratie, parti issus de la mouvance nationale kurde autour du PKK). Les co-présidents du HDP symbolisent ce regroupement : Sabahat Tuncel, militante kurde élue députée à Istanbul, et Ertugrul Kürkcü, issu de la gauche radicale turque. Le communiqué des deux co-présidents indiquait qu’ils « comprenaient les inquiétudes suscitées » par ces propos.

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