UMP : que des bonnes nouvelles ?

L'UMP a donc élu son président. Comme prévu et ainsi que nul ne peut l'ignorer, il s'agit de Nicolas Sarkozy. Le surprenant est de voir tout le monde saluer la bonne nouvelle.

Côté UMP, même si Juppé et Fillon cachent mal leur grogne, c'est un concert de satisfactions. Ceux qui aiment Sarkozy se félicitent, puisque leur champion va poursuivre sa marche présidentielle, et ceux qui l'aiment moins aussi, car Sarkozy est plutôt mal élu, et le voici embarrassé d'un rival gênant en la personne de l'audacieux challenger que se révèle être Bruno Le Maire.

Mais c'est bien au-delà de l'UMP que s'arborent les sourires de contentement.

L'élection de Sarkozy, « c'est une bonne nouvelle » se réjouit Marine Le Pen.

« C'est une bonne nouvelle pour la gauche » surenchérit Jean-Christophe Cambadélis.

Bref, tout le monde il est content.

Mais que dit ce bel unanimisme de l'état de la vie politique en ce pays ?

Voici un homme politique qui, après avoir été plusieurs fois ministre de premier plan et président de la République, s'est vu écarté lorsqu'il revendiqua un deuxième mandat, qui traîne à ses basques une batterie d'affaires judiciaires aussi cliquetantes que peu reluisantes, opère son retour en affichant son obsession du pouvoir et de l’argent.
Tout à chacun voit que c'est elle qui l'oblige à s’emparer de l'UMP. Non pour soigner les plaies qui défigurent ce parti, ni pour lui donner un projet apte à restaurer la confiance des électeurs à son égard. Parce qu'il a besoin de disposer de cet appareil et des finances afférentes pour sa future campagne présidentielle. Depuis l’affaire Bigmalion, on sait combien colossaux peuvent être lesdits moyens financiers.

On connaît peu de pays qui se veulent dignes et démocratiques où de telles choses sont possibles.

Et que dit la gauche registre Cambadélis ? Que le retour de Sarkozy vaudrait, auprès d'un électorat qui ne supporte plus François Hollande, piqûre de rappel quant à la bonne raison qui l'a conduit à voter pour lui : se débarrasser de Sarkozy. « Au secours, il revient ! ». L’argument risque d'être un peu court pour légitimer la politique menée par le pouvoir socialiste et sauver le Parti socialiste...

Ce petit monde médiatico-politique tourbillonne pour crédibiliser l'idée que l'opération Sarkozy de (re)conquête de l'UMP est la grande affaire du moment. Et qu’il devient urgent de ne plus s'intéresser qu'à l'élection de 2017. S'il cessait de gesticuler et sourire, peut-être pourrait prendre en considération le sérieux de ce qui se passe.

La mal-élection de Nicolas Sarkozy à la tête de l'UMP ne résoudra pas magiquement la crise de la droite, mais va l'aggraver. Elle souligne la distorsion croissante entre l’autorité de Sarkozy parmi les membres de l'UMP et par ailleurs son influence au sein de l’électorat de droite, celui qui est en capacité, ou non, d'assurer la victoire du candidat conservateur au deuxième tour d'une élection présidentielle... Ce pourquoi Sarkozy, qui n'est pas parvenu à marginaliser Bruno Le Maire, est loin d'être débarrassé de Juppé. Une contradiction qui deviendra d'autant plus explosive lors des primaires promises qu'elle renvoie à deux options politiques inconciliables : séduire l'électorat Front national et s'adresser aux électeurs de droite modérée.

Quant à Jean-Christophe Cambadélis, quel espoir propose-t-il à la gauche lorsqu’il s’efforce de réactiver pour 2017 la fonctionnalité d'un duopole PS/UMP, versus Hollande/Sarkozy (étant entendu qu'un changement de nom est envisageable de part et d'autre) ? Tout en brandissant la menace d'une accession de Marine Le Pen au deuxième tour d'une telle élection après élimination au premier tour du représentant de la gauche . Ne faudrait-il pas bien davantage, et surtout tout autre chose, pour offrir au peuple de gauche une bonne nouvelle ?

En fait, derrière les sourires, on devine les grimaces des deux partis pivots de la Ve République qui l'un et l'autre se portent de plus en plus mal. Ce qui fait qu'à ce jeu des bonnes nouvelles, il n'y a qu'une gagnante. Oui, pour Marine Le Pen l’élection de Nicolas Sarkozy, par ce quelle signifie et surtout par ce qu'elle va entraîner à droite, en termes de radicalisation et de division de celle-ci, est une vraie bonne nouvelle...

Mauvaise nouvelle !

Francis Sitel

 

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