Un semblant de vote pour un déconfinement invraisemblable

L’annonce du Président d’un déconfinement au 11 mai semblait avoir surpris plus d’un ministre. Les cacophonies qui s’en sont suivies en seraient savoureuses si la décision ne devait pas être prise avec gravité et hauteur tant elle implique la santé de toutes et tous. Emmanuel Macron a-t-il voulu marquer un coup politique avec une telle ambition ? Les approximations de Jean-Michel Blanquer et d’autres ministres du gouvernement ont en tout cas révélé le coup de poker : l’annonce de bon communicant ne semblaient baser sur rien de très solide. “Words, words, words” comme dit Hamlet.

Deux conférences de presses plus tard, où le Premier ministre et Olivier Véran ont fait la démonstration de leur maîtrise du parler pour ne rien dire en deux heures, érigé au rang d’art sous ce quinquennat, il était encore difficile de saisir comment la France allait sortir du confinement. Pendant ce temps, on apprenait que certains respirateurs commandés par l’État à quatre fleurons de l’industrie française ne sont pas efficaces pour les patients Covid-19 et que la fourniture de masques dépend de la production individuelle ou de l’achat à partir de la modique somme de 3 euros – encadrer les prix ne vient pas à l’idée du gouvernement car il ne faudrait pas « freiner l’innovation » nous rétorque la secrétaire d’État Agnès Pannier-Runacher. Mais ça y est, le gouvernement se dit enfin prêt à présenter son plan de bataille.

Ce mardi 28 avril, un texte sera enfin soumis à l’Assemblée nationale, en présence réduite d’un peu moins de 15% des députés. Il devrait être suivi d’un vote immédiat après une courte après-midi de débat. Ces conditions d’étude du texte sont tout simplement anti-démocratiques. C’est un simulacre qui est organisé, une simple mise en scène. Oui, la gestion de la crise sanitaire se fait chaque jour plus autoritaire.

Nous ne cesserons de poser nos questions, de soulever des lièvres dans le temps qui nous sera accordé peu gracieusement par la majorité dont le chef de file était encore inquiet, il y a peu de temps, de tout le mal que l’épidémie pourrait faire à notre démocratie. Plus capitales encore seront les discussions qui s’engagent entre organisations politique des gauches et des écologistes, avec les acteurs-trices du mouvement sociale, les citoyen.ne.s et toutes celles et ceux qui veulent saisir dans cette crise l’occasion de bifurquer vers un devenir délivré des absurdités marchandes et productivistes.

Extrait du Blog Le Fil des communs

Clémentine Autain et Elsa Faucillon

Article