Une "gauche debout"

Le premier tour de l’élection présidentielle a commencé à dessiner un paysage politique inédit. La campagne a été marquée par une aspiration profonde au renouvellement de la vie politique. Cela s’est traduit par l’élimination ou la mise à l’écart des candidats « favoris » ou « naturels » (ceux de la droite et de la social démocratie). La crise politique a débouché sur une étape nouvelle de la crise de la Vᵉ République avec la défaite électorale des deux partis, Les Républicains et le Parti socialiste, et la qualification de deux présidentiables pour lesquels n’est pas assurée une majorité parlementaire… C’est une véritable explosion du paysage qui est en cours.

En arrivant quatrième au premier tour avec 19,6 % des voix, la candidature de Jean-Luc Mélenchon réalise une percée remarquable. Son score est un événement considérable qu’il faut analyser en tant que tel car dans la séquence électorale, c’est le premier tour de l’élection présidentielle qui marque les rapports de force entre les différents courants politiques, le reste de la séquence s’enchaînant à partir de cette photographie. 

Que peut-on dire du score de Jean Luc Mélenchon ?
un électeur sur cinq a voté pour lui ; il s’agit du vote jeune numéro 1 détrônant le FN ; il est souvent numéro un dans les communes et quartiers populaires à l’exception de huit départements du Nord et de l’Est du territoire,
le vote ouvrier et employé reste majoritairement FN mais l’écart se resserre. En cela, la campagne JLM a contribué à enrayer par la gauche la montée du FN.

il s’agit donc d’un vote de conquête (de nouveaux électeurs) et de reconquête (le salariat), déterminant dans la perspective de construire une nouvelle hégémonie dans la jeunesse et les classes populaires et enfin une inversion du rapport de force entre la gauche d’accompagnement libérale et la gauche radicale ; la fin du cycle ouvert par le congrès du PS en 1971, et, plus en profondeur, une première expression politique (après Nuit Debout) post crise du mouvement ouvrier.

Les suites politiques qu’impulseront Jean-Luc Mélenchon et les militant.es de la France insoumise sont donc déterminantes. La dynamique de la campagne autour du candidat Jean-Luc Mélenchon doit s’amplifier mais aussi s’élargir. Rassembler une nouvelle gauche, « une gauche debout », c’est la seule manière de battre immédiatement et durablement le FN et les politiques réactionnaires, lesquelles ont été alimentées par les renoncements de la gauche gouvernementale dont l’héritier est Macron.

Dans l’immédiat, il s’agit d’éliminer le FN et de rassembler pour les législatives à partir des forces qui ont soutenu JLM. Les prochaines élections législatives constituent une bataille essentielle pour faire vivre l’espoir qui a émergé pendant la présidentielle. 

La question de la reconstruction d’une gauche de gauche, une gauche de classe, est aujourd’hui posée. Les forces existent pour un large mouvement populaire. Elles doivent se rassembler à partir de la dynamique de la campagne de Jean-Luc Mélenchon et des aspirations à rassembler une gauche d’alternative.Une force nouvelle qui tire les enseignements du potentiel actuel et des échecs passés. Ensemble ! est disponible pour des constructions politiques nouvelles et s'engage à travailler aux convergences pour un tel projet.

Myriam Martin. Tribune publiée dans l'Humanité.

Article