Université d’été d’Ensemble : la table ronde sur la situation politique

Nous pensons utile, dans un contexte de crise politique et des nombreuses déclarations dans les Universités d’été, de publier un compte rendu de la table ronde sur la situation politique, tenue à Pau le jeudi 28 août.

Cette table ronde est un succès politique car Ensemble! a réuni un arc de forces très large avec toutes les composantes du Front de gauche (malheureusement Lucien Jallamion, de République et socialisme, était déjà reparti ce jour-là), plus Europe-Ecologie Les Verts (EELV), le NPA, et un militant PS critique du courant Démocratie et socialisme, venant de la région, qui intervient depuis la salle. Vrai débat, sans langue de bois.

Etaient donc présents : Martine Billard (PG), Pierre Laurent (PCF), Sandrine Rousseau (porte-parole EELV), Anne Casalini (PCOF), Delphine Helle (GU), Marie-Christine Vergiat (députée européenne FDG, non "encartée"), Christian Zueras (NPA) et Jean-Yves Lalanne (PS, Démocratie et socialisme, depuis la salle), et bien sûr Ensemble ! avec deux porte-parole : Clémentine Autain, qui a introduit le débat, et Jean-François Pellissier qui présidait.

Chacun-e a pu parler 7 ou 8 minutes, suivies d’une quinzaine d'interventions de la salle, les intervenants ont ensuite répondu aux interpellations et questions.

Sont ci-après résumés les contenus essentiels des interventions, parfois plus denses dans les réponses que dans le propos liminaire (notamment pour Pierre Laurent, qui a eu du temps pour répondre longuement, contrairement à d’autres limités par des contraintes d’horaires de retour, comme Martine Billard et Delphine Helle).

On note bien sûr un large accord général sur l'analyse du coup de force de Valls-Hollande et pour caractériser la politique du gouvernement comme de droite, ou sociale-libérale, ou très "libérale".

*Clémentine Autain (Ensemble !) : son intervention complète ici 

www.ensemble-fdg.org/content/intervention-de-clmentine-autain-pau-universit-dt-densemble

* Pierre Laurent (PCF) : Le recul électoral  du FDG ne date pas des municipales, puisqu’on note des problèmes dès juin 2012 (résultats des législatives) et ensuite dans toutes les élections partielles. Il  ne convient donc pas de parler « d'échec » et il est nécessaire de continuer le FDG, d’approfondir sa construction en visant un rassemblement plus large, avec une ambition majoritaire. C’est l’enjeu de l’Assemblée de rentrée du  6 septembre, ainsi que de la Fête de l’Humanité. Il y a des possibilités de grande crise dans PS; il convient donc de s'adresser aux militants et électeurs, d’où la présence à la Rochelle. Répondant à une interpellation sur la dissolution de l’Assemblée nationale, il est d’accord pour qualifier le gouvernement Valls2 comme illégitime, mais souligne ce qu'enclencherait une dissolution, en faisant remarquer que nous n'aurions alors que 40 jours pour mener campagne, donc rien ne dit que cela ferait avancer la situation. Il propose de réfléchir à l’exigence d'inverser le calendrier entre législatives et présidentielles, notamment dans le cadre d’une campagne pour une 6ème république. Il est possible de « rassurer » certains  à propos des sénatoriales :  il n' y a pas d'accord avec le PS, la probabilité est que le groupe FDG perde 5 élus. Pour répondre à la question des alliances en vue des prochaines élections régionales (qui peuvent s’accélérer au premier semestre 2015), il estime qu’avec le gouvernement Valls2, il est probable que l'on va vers au moins autant de listes "autonomes" qu'en 2010 et qu'il y aura sans doute nombre de listes « régionalistes ».  Il propose surtout de réfléchir à des listes larges, constituées autour des réponses à opposer à la réforme territoriale. Au sujet de l’ouverture  plus grande du FDG et de son mode de fonctionnement, il estime que l'adhésion directe n'est pas la seule réponse, même s’il faut continuer à réfléchir;  il y a en effet des réticences dans le PC à ce sujet et il faut en tenir compte.

* Martine Billard (PG) : Elle insiste sur la nécessité pour le Front de gauche de clarifier son rapport au PS. Selon elle, le concept de gauche n'est plus opératoire, car il charrie des confusions. Elle fait remarquer que nous sommes interpellés pour avoir appelé à voter « à gauche » (Hollande) au deuxième tour de 2012. Nous ne sommes pas compris, même si nous avons eu raison d'appeler à chasser Sarkozy.  Mais aujourd’hui, l'appel à "rassembler la gauche", dit comme cela, ne peut pas être un axe clair et efficace. Il y a des conditions à remplir, notamment l’attitude sur le budget, etc. Il faut bien sûr travailler avec les secteurs PS critiques et avec EELV, mais pas avec direction PS. Il y a nécessité de clarifier cela dans le FDG, notamment côté PC. Elle suggère de remplacer l'idée de gauche par "Front du peuple". Elle lance un appel à une large ouverture du FDG, et à accepter enfin des adhésions directes. Ce débat est l'enjeu du 6 septembre.

* Sandrine Rousseau (EELV) : Elle approuve (ou se réjouit) de la sortie d’EELV du gouvernement, dont elle fait une critique acerbe. Elle accepte la proposition faite par Clémentine Autain pour Ensemble d'Assises contre l'austérité, rassemblant la gauche critique. Mais elle ajoute qu'il ne faut pas que cette proposition apparaisse comme un ralliement à quiconque. Il faut donc la co-organiser (ce qui bien entendu correspond exactement à ce que nous proposons aussi).

* Anne Casalini (PCOF) : Elle commence par insister sur la gravité de la situation internationale et les mobilisations en soutien à la Palestine. Elle se montre assez proche d'Ensemble et du PG, quant à l’analyse de la crise politique actuelle. Elle insiste aussi sur la nécessité de  maintenir le FDG et de le rendre plus dynamique.

* Delphine Helle (GU) : Elle se prononce pour un rassemblement plus large que le Front de gauche pour sauver la gauche, et sur la nécessité de s’adresser au PS tel qu’il est. La GU défend la perspective de « majorité rouge, rose, verte ». Elle ne répète pas les critiques habituelles très véhémentes portées ces derniers mois par la GU contre les dérives « gauchistes » de certains dans le Front de gauche (notamment le PG et Ensemble). Elle est d’accord sur la nécessité d’ouvrir davantage le Front de gauche et par exemple les adhésions directes, mais selon elle il faut procéder dans l’ordre : vu la crise politique, ce n’est pas la priorité du jour.

* Marie-Christine Vergiat (députée européenne FDG, Sud-est) : Elle tient à bien faire comprendre qu'elle n'appartient à aucune formation politique initiale du Front de gauche, et donc répond à toutes les sollicitations de débats. Elle se prononce pour un Front de gauche bien plus ouvert, donc donne son accord avec adhésions directes, ou toute autre forme allant dans le sens de donner plus de poids aux personnes  dites « non encartées », aux animateurs-trices de mouvements sociaux, etc. Elle insiste sur la nécessité de construire dans le Front de gauche un Front thématique Europe, notamment pour bien comprendre comment fonctionne l’Europe et ses institutions, et approfondir l’élaboration.

* Christian Zueras (NPA) : Il insiste surtout sur les mobilisations récentes : luttes sociales (cheminots, hôpitaux…), défense des droits démocratiques (Roms…), ou mobilisations internationalistes (la Palestine notamment, ou le NPA a acquis une notoriété dans le monde arabe cet été, grâce à sa visibilité dans les manifestations, y compris interdites). Répondant à une interpellation sur la nécessité que le NPA participe à la construction d’un « débouché politique » comme moyen pour conforter les luttes, il réfute l'idée que le débouché politique (genre FDGauche, ou autre) encourage mécaniquement les luttes. Il rappelle l’époque du Programme commun des années 1970, qui était un frein aux luttes, plutôt qu’un accélérateur.

* Jean-Yves Lalanne (PS, courant Démocratie et socialisme) : il intervient depuis la salle et réfute d’abord l'idée que l'autonomie vis-à-vis du PS serait par définition une politique efficace. Il donne l’exemple de l’audience électorale déclinante du Front de gauche ou du NPA. Il affirme s’opposer tout à fait à la ligne du gouvernement, et se montre d'accord pour un travail commun et pour rassembler. Mais il lance un appel vigoureux à l'unité y compris avec tout le PS. Il estime que le gouvernement est minoritaire dans le PS et que donc la possibilité de changer la majorité politique dans le PS existe dans le prochain congrès. Pour lui, l'avenir de la gauche se joue dans le PS et dans son changement d’orientation. 

Dominique Mezzi

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