Vérité et justice pour la Syrie

Chaque jour apporte son lot de révélations nouvelles sur la tragédie que vit le peuple syrien et sur les atrocités criminelles dont «l’Etat de barbarie» d’Assad, pour reprendre la juste expression de Michel Seurat, se rend toujours plus coupable, avec la complicité de ses soutiens russes et iraniens. La semaine dernière, un rapport de Human Rights Watch sur l’utilisation d’armes chimiques lors de l’offensive sur Alep venait s’ajouter à celui de Médecins sans frontières sur les attaques délibérées contre les hôpitaux. Quelques jours auparavant, c’était le rapport d’Amnesty International dénonçant le meurtre de plus de 13 000 personnes dans des conditions épouvantables à la prison de Saidnaya, près de Damas et, s’il fallait encore s’enfoncer un peu plus dans l’abomination, la révélation par Mediapart de viols d’enfants, ainsi que d’innombrables témoignages d’exactions diverses, qui viennent s’ajouter aux crimes de guerre commis par l’armée syrienne et ses alliés. La population civile continue d’être bombardée et affamée, contrainte à la fuite. Aujourd’hui, près de 12 millions de Syriens sont déplacés (4,7 millions en exil, la plupart dans des camps de réfugiés en Turquie ou au Liban ; 7,6 millions déplacés au sein de la Syrie elle-même).

Face à cela, les institutions internationales sont prises en otages par le veto russe systématiquement utilisé au Conseil de sécurité de l’ONU contre toute tentative de protestation et de sanctions. Pire : l’idée qu’on ne peut rien faire, ou qu’Assad, aussi détestable soit-il, est après tout le meilleur rempart contre Daech se répand insidieusement dans les opinions occidentales, appuyée par un négationnisme efficace et la propagande du régime qui s’efforce, parfois avec succès, de présenter Assad en interlocuteur respectable.

Nous refusons énergiquement cette complaisance et cette résignation ! Rappelons que les forces d’Assad ont combattu à Alep la résistance syrienne, laissant le champ libre à Daech pour réinvestir Palmyre. Que ces deux-là sont donc secrètement complices. Et que le combat contre Daech, s’il veut être légitime et efficace, doit aussi être un combat contre Assad et ses alliés. Nous appelons l’opinion publique à se mobiliser avec nous pour obliger les gouvernements européens à cesser la politique de l’autruche. Exigeons d’eux qu’ils condamnent clairement les violations du droit international et les exactions d’où qu’elles viennent afin que soit mis un terme aux crimes du régime; et qu’ils mettent en œuvre tous les moyens juridiques internationaux et nationaux pour enquêter et faire cesser l’impunité du régime de Bachar al-Assad.

Nous recommandons en particulier de soutenir le «mécanisme international, impartial et indépendant sur les violations les plus graves du droit international commises en République arabe syrienne depuis mars 2011», voté par l’Assemblée générale de l’ONU en décembre, afin qu’il ne demeure pas une coquille vide ; d’exiger la visite en Syrie d’une commission d’enquête indépendante sur les actes de torture commis par le régime (la Syrie ayant signé la convention contre la torture en 2004, malgré son rejet de l’article 20) ; de renforcer, réformer et utiliser au mieux les dispositions existantes dans certains Etats sur la compétence universelle, pour permettre des poursuites et des procès par des juridictions nationales, et s’en doter rapidement pour les autres ; de soutenir le travail des associations de défense des droits de l’homme, notamment syriennes, et des ONG internationales ; d’accorder beaucoup plus largement l’asile aux réfugiés syriens et les accueillir dans les meilleures conditions possibles, en apportant aux victimes de la torture l’assistance médicale, psychologique et juridique nécessaire.

Parmi les premiers signataires :

Hamit Bozarslan, EHESS ; François Burgat, politologue, université d’Aix-en-Provence ; Dominique Cambianica, présidente du Comité d’aide humanitaire au peuple syrien ; Jean-Paul Chagnollaud, professeur des universités, président de l’Iremmo ; Leyla Dakhli, universitaire, Centre Marc-Bloch ; Gilles Dorronsoro, professeur, université Panthéon-Sorbonne ; Mathias Enard, écrivain ; Antoine Garapon, IHEJ, revue Esprit ; José Garçon, Irène Goldstein, collectif des amis d’Alep ; Pierre Hassner, spécialiste des relations internationales ; Françoise Héritier, anthropologue, Collège de France ; Dick Howard, philosophe ; Stony Brook, University ; Salam Kawakibi, Arab Reform Initiative ; Ivan Lovrenovic, écrivain, Sarajevo ; Daniel Lindenberg , revue Esprit ; Marielle Macé, directrice de recherche, CNRS ; Farouk Mardam Bey, écrivain et éditeur ; Olivier Mongin, revue Esprit ; Marie-Rose Moro, ethno-psychiatre ; Michel Morzière, président d’honneur de Revivre ; Véronique Nahoum-Grappe, anthropologue, EHESS ; Thomas Piketty, économiste, EHESS ; Zahia Rahmani, écrivain, NYU ; Leïla Seurat, politologue, Ceri ; Emmanuel Terray, anthropologue, EHESS ; Yves-Alexandre Tripković, plateforme artistique Theatroom ; Avram Udovitch, historien islamologue, université de Princeton ; Leïla Vignal, géographe, université d’Oxford ; Frank Westerman, écrivain, Allemagne ; Pierre Zaoui, philosophe, revue Vacarme…

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