Vers un nouvel homo-nationalisme ?

Les Marches des Fiertés 2012 sont apparues comme celles de toutes les victoires avec la promesse du mariage entre personnes du même sexe avant le printemps 2013 par le nouveau gouvernement. Un an après l'on a pu mesurer l'homophobie régnant dans le succès des "Manifs pour Tous" et le recul sur la PMA primitivement inscrite dans le texte de Loi.

Cependant, outre le fait que la problématique trans en était habituellement absente, une fois de plus celles-ci sont apparues, sans que cela ne questionne visiblement la presse, les CLGBT,..  comme des rassemblements festifs de femmes et d'hommes blancs à l'exclusion -ou presque- de toute autre couleur de peau...

Cette exclusion de fait va de pair avec un discours largement intégré par la plupart des mouvements politiques, y compris de Gauche. La "tolérance" serait une vertu unanimement partagée au sein des civilisations occidentales : européennes, américaines et israelienne. A noter d'ailleurs qu'en se donnant une image "Gay friendly", accueillante aux touristes LGBT, Israel tente dans la même logique de faire oublier l'occupation militaire de la Palestine, désignée comme obligatoirement homophobe et donc à civiliser par la force dans la meilleure tradition coloniale du XIX° siècle.

L'intolérance serait ainsi ailleurs, et particulièrement au sein des communautés maghrébines, turques,.. en fonction du peuplement venu pour chaque pays des anciennes colonies. Outre le fait qu'une telle posture permet de dédouaner "l'homme -ou la femme- blanc-he" de toute homophobie, elle est doublement dangereuse en pointant également du doigt de supposés "communautés", "quartiers" (comprendre quartiers défavorisés : le XVI° arrondissement de Paris n'est pas "un quartier" dans le langage courant...), où l'homosexualité serait cachée, violemment combattue par la population y compris à coup d'agression physiques, ou du moins méprisée plus qu'ailleurs...

Outre les mépris de classe, de" race", et surtout religieux c'est à dire anti-musulman qu'il induit, ce nouvel homonationalisme, dénoncé avec éclat par Judith Butler à Berlin en refusant le Prix de la Ville, n'est que la résurgence d'une vieille dérive de la Rome antique qui l'encourageait au sein de ses Légions afin de souder la solidarité entre soldats aux SA Nazis qui pratiquaient volontiers l'homosexualité masculine comme appartenant au culte du corps et de la "suprématie Aryenne". Les centres-ville, riches et blancs seraient ainsi gay friendly, les "quartiers"et " banlieues" (là aussi Neuilly n'est pas considérée comme une "banlieue" ) étant pour leur part homophobes entre autres tares : drogue, racket, trafics... en oubliant volontiers l'homophobie ordinaire des zones rurales d'où toute immigration est absente et des centres-ville loin d'être également épargnés.

La banalisation de ce discours au sein de l'ensemble -à quelques rares exception- de la classe politique et des milieux et associations LGBT est inquiétante à l'heure où partout en Europe l'Extrême-Droite connait une poussée importante de son influence, de la banalisation de ses thèses, arrivant même parfois au pouvoir localement comme l'ont montré les dernières Municipales. Une extrême-droite qui n'hésite plus à faire siennes les revendications homosexuelles et à présenter un visage avenant à ses membres : Marine Le Pen déclarait ainsi à Lyon en décembre 2010" J’entends de plus en plus de témoignages sur le fait que dans certains quartiers, il ne fait pas bon être femme ni homosexuel " , récupérant à son compte les combats féministes et homosexuels tout en se déclarant opposée à l'avortement et au "mariage homo" quitte à choquer une partie de son électorat traditionnel au nom du "relooking" du Front National.

Le choix de l'emblème de la Marche des fiertés 2011 n'etait à ce titre pas neutre : un coq gaulois au plumage bleu, blanc, rouge qui aurait eu toute sa place dans une fête du Front National. Le tollé soulevé par ce choix etait certes sain. Il n'en demeure pas moins qu'il est caractéristique d'un repli nationaliste -et machiste !- de la part des organisateurs qui n'ont fait aucune réflexion autocritique par la suite, expliquant au mieux qu'il s'agissait d'une gaffe, au pire d'une interprétation erronée de leurs détracteurs.

Enfin en présentant la Marche 2012 comme celle de la victoire, l'on évite soigneusement de pousser la réflexion, et par là même la revendication plus loin... La place prise par le Parti Socialiste au sein des CLGBT mériterait cependant d'être interrogée : "En 2011 on marche, en 2012 on vote" ou plus parlant encore "Le changement c'est maintenant !" posent la question de l'indépendance vis-à-vis du politique et des mots d'ordres des prochaines marches.
Les expulsions de sans-papiers clairement annoncées par Manuel Valls qui se situe dans la droite ligne de son prédécesseur Place Beauvau et plus encore maintenant à Matignon vont continuer à poser le problème de l'accès au soins aujourd'hui refusés à cette population y compris victime de la pandémie du SIDA. Les homosexuel-le-s vivant dans des pays les condamnant à la clandestinité, la prison ou la mort, de la Russie à l'Ouganda, vont continuer à être renvoyés "chez eux".

Le racisme d'Etat et la théorisation du "choc des civilisations" continuer à se développer...
En France même de nombreuses luttes restent à mener. L'accès au don du sang, d'organes ou les autopsies restent interdites aux Transpédégouines. La polémique menée de main de maître par la droite la plus réactionnaire, l'extrême-droite et certaines autoritées religieuses contre une pseudo "Théorie du genre" apparue subitement alors que les "gender studies" existent depuis les années 50 aux Etats-Unis d'Amérique avec les travaux de John Money et reprises par la suite par de nombreux chercheurs internationaux en est le dernier avatar. Les changements d'Etat-Civil restent des parcours du combattant épuisants devant les tribunaux pour les personnes transgenres.

Si les protestations, les déclarations, les démentis.. n'ont pas manqué face à cette offensive réactionnaire, force est de constater que la contre-mobilisation a été nulle. Aucune manifestation de rue un tant soit peu "politique" n'est venue contrarier le droite et l'extrême-droite. Aucun CGLBT (Centre Gay, Lesbien, Bi, Transgenre) n'a vraiment réagi à la hauteur des attaques subies. Les promesses non tenues sur la PMA et la GPA passées à la trappe n'ont suscitées que très peu de réactions.

Il ne s'agit pas ici de dénigrer le travail quotidien des groupes de parole, des interventions en milieu scolaire ou d'hébergement provisoire de jeunes en situation de rupture familiale due à leur homosexualité.

Mais il serait bon que les différentes composantes du mouvement LGBT reprennent conscience des luttes restant à mener pour l'égalité des droits et contre l'homophobie à l'école, au travail ou au sen du cercle familial. Des luttes qui ne se contenteront pas d'un défilé annuel marchandisé au son de la techno.

 

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Auteur: 
JC Petit 35