Ya pas de justice

Le Conseil d’Etat n’est pas un tribunal révolutionnaire ; Il vient pourtant de mettre un coup d’arrêt à la révolution conservatrice, autoritaire  et néolibérale de Macron.   Il nous faut savoir le prendre en compte

Note préalable : les femmes sont la moitié du ciel dit un proverbe chinois , elles sont plus de la moitié des précaires chômeurs, salariés pauvres et pauvres tout court.
De même la précarité touche largement les jeunes racisés des quartiers populaires, stigmatisés a l’embauche et dans l’organisation du travail...
La précarisation est une des formes, dans le domaine du travail, des discriminations qui sévissent dans cette société

Je n’ai, je crois jamais cédé au triomphalisme à propos de la décision du Conseil d’Etat sur l’assurance chômage. Il ne fallait pas attendre que la juge fasse siennes  toutes les conclusions des syndicats.
Aussi je suis surpris par le défaitisme de ceux qui disent que ce n’est qu’une suspension (juridiquement pouvait il en peut en être autrement dans un référé?), que, de toute façon, ils vont recommencer …. bref que les mobilisations et les luttes ne servent à rien.

Des mauvais perdants s’en prennent au droit

Nos adversaires mesurent beaucoup mieux que nous la défaite qu’ils ont subi, la violence de leurs réactions l’indique clairement. Elle va jusqu’à mettre en cause la justice : au delà  des aspects conjoncturel, les journalistes « économiques » (libéraux) dénient à la justice toute compétence économique. Cette dernière serait réservée aux experts économistes, comme si il n’y avait qu’une économie qui aurait le monopole du savoir contre des juges ignorants. Pour ce faire, ils nous disent que la juge n’avait pas à se prononcer sur « de nombreuses incertitudes [qui] subsistent quant à l’évolution de la crise sanitaire et ses conséquences économiques sur la situation de celles des entreprises qui recourent largement aux contrats courts pour répondre à des besoins temporaires ». Puisque le MEDEF, le gouvernement, les éditocrate économiques de médias, disent  le contraire la juge n’aurait pas du entendre les contre-arguments des syndicalistes qui se sont appuyés sur  d’autres experts y compris les études des services du ministères comme la DARES. Si l’on pousse jusqu’au bout  cette logique la justice n’aurait pas du condamner Servier, puisque les juges sont incompétents en médecine, et ne devraient pas condamner les violences policières parce qu’ils sont incompétents en matière du maintien de l’ordre (c’est d’ailleurs ce que dit Alliance).
On voit que leur affolement les conduit à mettre en cause la fonction même du droit et de la justice … c’est quand même le signe d’une défaite mal digérée.

Changement des discours

Ils tentent aussi de réduire la décision à des considérations conjoncturelles en oubliant que la décision établit clairement que ce texte est préjudiciable au seuls chômeur.euses « ces nouvelles
règles de calcul des allocations chômage pénaliseront de manière significative les salariés de ces secteurs, qui subissent plus qu’ils ne choisissent l’alternance entre périodes de travail et périodes d’inactivité » (souligné par moi). Les apologistes de la réforme ont oublié aujourd’hui ce qu’ils disaient hier : ils nous disaient que la réforme allait rétablir l’égalité entre les chômeur.euses en sanctionnant celles et ceux qui cherchaient à « optimiser » l’alternance travail-chômage : comme si toucher 1200€ puis  800€ (ou moins) permettait de se payer de fréquentes  vacances comme l’a encore dit cette semaine un éditocrate ! Bien sur, on ne peut pas demander à ces messieurs de comprendre que la majorité des allocations (en dessous de 1000€) ne permet pas de « mener la grande vie », que chercher du travail est un travail à plein temps pour ne pas subir les foudres de Pôle Emploi, que l’humiliation des contrôles tatillons, que  des demandes d’emploi restées sans réponses créent du découragement, que ces « optimisateurs » vont jusqu’à renoncer à leurs droits ( voir le pourcentage des non-recours, ce comportement si contraire à la logique  du comportement économique rationnel qu’on leur prête).
Au moins pourraient ils lire  toutes les études qui démontrent le contraire de cette thèse fumeuse de « l’optimisation » (seul 1 % des chômeurs indemnisés, dans des emplois bien particuliers, pourraient s’en rapprocher). Çà leur éviterait de dire que « l’explosion » des contrats courts est liée à des « améliorations » de l’assurance chômage, mais leur aveuglement idéologique les dispensent de la rigueur scientifique. Les masques tombent : o n découvre que ce sont tou.tes les précaires qui sont visés

Faire fi de l’égalité

Loin des prétentions égalitaires, limitées au partage de la misère, qu’ils affichaient,  ils nous ressortent tous les vieilles rengaines sur les patrons qui ont des emplois non-pourvus et sur la contrainte supplémentaires qu’il faudrait imposer aux précaires. Tout ce beau monde ferme les yeux sur les moyens de contrainte existants aujourd’hui pour « remettre au boulot » : contrôle, sanctions... considérablement aggravées par la loi Pénicaud et ses décrets sur l’assurance chômage.
Et tous de réclamer une réforme qui pourrait aller plus loin encore par la baisse des allocations.
La juge à noté le caractère de classe d’un décret qui impose aux chômeur.euses des obligation mais donne un délai pour celles des patrons : « différer au 1er septembre 2022 la mise en œuvre du système de bonus-malus pour les cotisations dues par les employeurs ». mais de ce choix là personne ne parle. Pas plus que les détenteurs de la parole publique ne mettent en discussion l’accroissement de la pauvreté avec l’insolente augmentation des profits et des fortunes. Les inégalités ne sont à combattre  que si elles concernent celles et ceux s’en bas qui doivent faire, entre eux, du partage de leur maigre part de richesse... et surtout laisser intacts dividendes, profits et patrimoines.

Et maintenant ?

La décision du Conseil d’Etat empêche le décret de rentrer en application le 1er juillet et contraint le gouvernement d’attendre une décision sur le fond dans quelques mois, c’est à dire dans un période préélectorale et dans une période de renégociation sociale.
Le gouvernement misait sur la période des vacances pour que sa réforme passe « sans bruit ». Les mobilisation de précaires, pour limitées qu’elle fussent, et sans grand soutien de la gauche, ont bloqué la mécanique : sans ces mobilisations ce débat sur le décret aurait il pu s’imposer ? Et réinterroger sur la croissance conjointe de la richesse et de la pauvreté à la faveur même de la crise sanitaire.
La contestation de la réforme a modifié le champ syndical et contraint les plus modérés comme laNote préalable : les femmes sont la moitié du ciel dit un proverbe chinois , elles sont plus de la moitié des précaires chômeurs, salariés pauvres et pauvres tout court.
De même la précarité touche largement les jeunes racisés des quartiers populaires, stigmatisés a l’embauche et dans l’organisation du travail...
La précarisation est une des formes, dans le domaine du travail, des discriminations qui sévissent dans cette société

CFDT à déposer un recours. Le sentiment de l’injustice de ces dispositions qui frappe les plus fragiles a, un peu, ébranlé le mur qui sépare chômeur.euses et précaires du reste des salarié.es. C’est dans cet espace ouvert qu’il faut agir, sous peine de reconstruire ce mur qui joue un rôle fondamental dans le rapport de force qu’impose le Capital.
La gauche syndicale associative et politique doit en faire un bataille centrale pour combattre les inégalités. Elle doit se réapproprier, en imposant le social comme centre du débat public, le lien avec ces personnes les plus victimes du capitalisme.
Ceci ne peut se faire qu’en opposant aux destructions de la protection social solidaires, non une simple défense des acquis ou des conquis, mais une alternative qui prenne en compte les évolutions sociales et redonnerait sens et concrétiserait  les déclarations des droits fondamentaux que l’évolution du Capital foule aux pieds.
Rappel d’extraits du  préambule de la constitution du 27 octobre 1946 à ne pas oublier comme le font les apologistes du Capital  :
« 1. Au lendemain de la victoire remportée par les peuples libres sur les régimes qui ont tenté d'asservir et de dégrader la personne humaine, le peuple français proclame à nouveau que tout être humain, sans distinction de race, de religion ni de croyance, possède des droits inaliénables et sacrés […] 2. Il proclame, en outre, comme particulièrement nécessaires à notre temps, les principes politiques, économiques et sociaux ci-après :
[…] 11. Tout être humain qui, en raison de son âge, de son état physique ou mental, de la situation économique, se trouve dans l'incapacité de travailler a le droit d'obtenir de la collectivité des moyens convenables d'existence.
 »
Une proclamation à réitérer, des droits à reconquérir.

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Auteur: 
Adanet