Yemen, circulez, il n'y a rien à voir !

La population yéménite a déjà payé un lourd tribut aux drones assassins américains, pour l’excellente raison de la lutte contre Al-Qaïda. Aujourd’hui, elle subit les bombes des Saoudiens et de leurs voisins des pétro monarchies que le clergé médiatique nous présente comme une « coalition d’Etats arabes ». La bonne blague : recherchez les Irakiens, les Syriens, les Libyens, ces états ont été annihilés ! La coalition est celle de cinq des six pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG). Quant aux Marocains, Jordaniens, Egyptiens, Soudanais et Pakistanais, ils soutiennent l’intervention du bout des lèvres, certains ne voulant pas froisser leur principal créancier, d’autres obéissant aux USA qui approuvent et soutiennent les bombardements du CCG avec leur logistique et leurs renseignements.

Les souffrances des populations civiles, les drames qu’elles endurent (MSF vient de lancer un cri d’alarme), les destructions d’un patrimoine architectural unique au monde, ne suscitent guère de protestations. Et pourtant, il s’agit d’ingérences inadmissibles dans les affaires intérieures d’un état souverain, dont le gouvernement fait face à une nouvelle insurrection populaire. Qualifier cette dernière d’houtiste n’est qu’un reflet très partiel de la réalité, de larges fractions des populations de Sanaa (sunnites), du reste du Yémen et de l’armée (sunnite également) soutiennent cette révolte, ce qui explique ses succès et sa progression rapide vers le Sud.

Mais la règle qui prévaut est celle du profil bas devant l’ingérence saoudienne, les USA ayant approuvé, il serait de mauvais aloi de protester.

Il faut dire que ce sont nos amis qui bombardent allègrement. Ce sont de bons clients de notre économie. Cerise sur le gâteau, ils le font avec des armes françaises qui prouveront ainsi leur efficacité, pour la plus grande satisfaction de M. Le Drian, ci-devant représentant de commerce des marchands de canons.

Ensemble ! condamne sans réserve cette escalade guerrière. Une solution négociée doit être trouvée au conflit en cours. Les Nations unies doivent jouer leur rôle. La France devrait faire entendre sa voix. Il est vrai que le rôle de gendarme qu’elle s’est attribué en Afrique fait qu’elle n’est pas la mieux placée pour cela…

Christian Darceaux

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